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Les « Verticales » : le nouveau format série qui fait tourner Hollywood

Les productions des séries pour téléphones portables sont-elles en train de sauver Los Angeles ? C’est ce que semblent indiquer les données sur le volume de tournages en cours dans la cité des anges. Le Petit Journal a demandé leur avis à des Français dans la profession. Par Sarah Jean.

Illustration des séries verticales © DRIllustration des séries verticales © DR
Illustration des séries verticales © DR
Écrit par Sarah Jean
Publié le 1 septembre 2026

Lire l’article en anglais ici.

 

Encore assez méconnu en Europe, le format des verticales est en train de prendre une ampleur considérable aux États-Unis, au point d’être au centre d’un film qui sort en salle aujourd’hui mardi 1er septembre. Sortir un film sur les verticaux quand nous on commence seulement à découvrir leur existence, c'est fou (et délicieusement meta). Ils sont forts nos angelenos !

 

 

Alors que la Chine a été pionnière du marché, les grands studios Hollywoodiens ont tous annoncé investir dans ce nouveau type de production qui devrait rapporter 150 milliards de dollars cette année. Walt Disney Co. vient ainsi de signer un nouveau partenariat avec TikTok qui permettra à davantage de vidéos verticales réalisées par des créateurs d'apparaître sur l'application de streaming Disney+. Netflix préparerait à son tour son entrée sur ce marché, déjà en retard sur WME, Showtime, NBCUniversalou encore Miramax.

Les verticales : qu’est-ce que c’est ?

Le principe est simple : des séries tournées en format portrait, pensées pour le smartphone, avec des épisodes d’une à trois minutes et des intrigues construites autour de cliffhangers successifs. Après quelques épisodes gratuits, le spectateur doit regarder des publicités ou souscrire un abonnement pour poursuivre.

Côté producteur français, on n’est pas encore séduits. Pour Martine Melloul, productrice française basée à Los Angeles : « Il y a un côté très exagéré des drames qui me donne l’impression que c’est du bas de gamme, du comestible… »

Mais si l’investissement séduit les grands studios, c’est moins pour l’originalité des productions que pour sa rentabilité. Dans le milieu des verticales le mot d’ordre est clair : produire plus, plus vite. Et donc moins cher. Une série complète peut être tournée en six à huit jours. Avec des décors réduits, des équipes resserrées et un cadre très rapproché des comédiens, les tournages sont particulièrement efficaces.

« Tout est très, très rapide », confirme l’actrice française Adrianna Vecchioli. Autrice et coproductrice de films, jouer reste sa principale vocation. Et depuis un an, elle a, peu à peu, vu les annonces pour des verticales prendre d’assaut les plateformes de casting ; alors elle a tenté sa chance. Si elle a d’abord fait chou blanc, elle a ensuite sû apprivoiser le format et ses codes, enchaînant aujourd’hui les tournages. Elle est depuislors apparue dans plus de 40 productions et se félicite du nouveau souffle économique que ce marché offre à Hollywood.

Un marché qui explose

Côté bénéfices, les chiffres donnent le tournis. Selon The Hollywood Reporter, les téléchargements mondiaux d’applications dédiées ont explosé en 2025. Celle du géant chinois ReelShort, pionnier du secteur, a été téléchargée 100 millions de fois ces douze derniers mois, dont 37 millions de téléchargement aux États-Unis. 

Six ans après la pandémie de Covid qui a d’abord vu exploser ce contenu en Chine, le marché a pesé 3 milliards de dollars dans le monde en 2025, entre abonnements et publicité selon une étude du cabinet Owl & Co. dirigé par Hernan Lopez, qui fut, en d’autres temps, le CEO de Fox International Channels. Certaines productions connaissent un succès spectaculaire, à l’image de La double vie de mon mari milliardaire, qui aurait généré plus de 4 millions de dollars. L’intrigue ? Une belle jeune fille sans le sou est acculée par les factures médicales de sa mère à se tourner vers son père, un riche homme d'affaires. Remarié à une marâtre, celle-ci refuse qu’il lui vienne en aide. À moins, bien sûr, qu’elle n’épouse le fils illégitime d’un autre riche homme d'affaires à la place de sa demi-sœur, qui ne veut pas de cet inconnu déchu. Sans surprise, le vilain petit canard est en fait un beau jeune homme richissime et puissant. Il va tomber sous le charme de la demoiselle en détresse et régler tous ses problèmes. Pour le vent de fraîcheur narratif, on repassera... 

Quand l’IA s’en mêle

Ce schéma de romance très normé qui est réducteur pour les personnages féminins (quand il n’est pas carrément misogyne, voire dégradant) est poussé à l’extrême dans un genre très particulier, celui des AI fruits slops. Des vidéos verticales aux scénarios générés par l’intelligence artificielle. Le terme « slop » désigne l’ensemble des vidéos inutiles et absurdes qui sont générées par IA et inondent les réseaux sociaux : « C’est la formule parfaite, c’est absurde, ça abrutit, c’est un format contagieux » déclarait récemment l’expert en tendances digitales californien Fana Yohannes à Radio Canada.  Dans les AI fruits slops, les héros sont des personnages d’animation humanoïdes avec des têtes de fruit.

Martine Melloul a « entendu dire que les productions de verticales tournées à LA pourraient bientôt elles aussi écrites par l’intelligence artificielle. » Mais pour l’actrice Adrianna Vecchioli, la bataille de l’IA prend un autre visage : le sien. Alors que des comédiens ont vu leur image ou leur voix réutilisées pour des contenus animés ou générés par IA sans rémunération supplémentaire, elle explique être prudente. Elle a d’ailleurs décliné certains rôles après que des plateformes ont refusé d'intégrer des clauses encadrant l'utilisation de son image et de sa voix.

Pour elle, le véritable pouvoir des acteurs reste finalement leur capacité à dire non. Un privilège encore réservé à une minorité : « Les acteurs qui ont les moyens de négocier, ce sont ceux qui ont vraiment réussi, qui ont su s'installer, et créer une communauté de fans. »

Pour ceux-là, les premiers rôles peuvent être rémunérés jusqu’à 2,000 dollars par jour, selon l’expérience et le succès des productions précédentes. Une aubaine, donc, dans une industrie encore marquée par le ralentissement des productions après les grèves de 2023. Ce qui permet à certaines boîtes de production peu scrupuleuses de bâcler des tournages où les rémunérations peuvent descendre sous la barre des 250 dollars pour une journée de douze heures.

Comme les héroïnes de ses verticales, Hollywood rêve d’être sauvée par ce nouveau format, plus rapide et profitable. Mais derrière la promesse de produire plus vite et moins cher se dessine une question qui hante Los Angeles depuis l’explosion du streaming : jusqu'où peut-on réduire les coûts sans perdre en crédibilité sur le long terme ?

S. J.

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