2026 est son année. Dans « I Want Your Sex », le nouveau film pop et sulfureux de Gregg Araki, qui sort le 29 juillet en France et le 31 juillet aux USA, Olivia Wilde incarne une artiste toute-puissante qui entraîne son jeune employé dans une relation abusive. Ce mardi 28 juillet, sur le tapis rouge de la Directors Guild of America, à Los Angeles, l'actrice et cinéaste s'est confiée à Anaïs Maquiné Denecker sur l’âge, l'expérience et les leçons de sexualité qu'elle aimerait emprunter aux Françaises.


Les flashs crépitent sur le tapis rouge à l'entrée de la Directors Guild of America. Sur Sunset Boulevard, la première de I Want Your Sex réunit toute la famille de ce film dont le titre semble déjà promettre quelques nuits agitées. Gregg Araki n'en est pas à sa première secousse. De The Doom Generation à Nowhere, de Mysterious Skin à Kaboom, le cinéaste américain ausculte, depuis près de quarante ans, les pulsions, les identités mouvantes et les corps qui refusent de rester à la place que la société leur assigne.
Olivia Wilde traverse le tapis rouge, s'arrête devant notre micro. Dans quelques instants, les invités découvriront Erika Tracy, l'artiste contemporaine qu'elle incarne à l'écran; une maîtresse femme, souveraine dans sa galerie comme dans sa sexualité, qui fait de son jeune employé l'objet d'un jeu de séduction, d'emprise et de domination.
Naturelle, coiffée de deux tresses angéliques et le sourire radieux, l'actrice, est loin de la prédatrice froide et sophistiquée qu’elle incarne dans le film. Et, lorsqu'on lui demande ce que les Américaines auraient à apprendre des Françaises en matière de sexe, elle ne cherche pas longtemps sa réponse :
« Tout ! Nous essayons d'apprendre des Françaises depuis toujours et je ne pense pas que nous ayons encore suffisamment assimilé. Nous n'avons probablement pas été assez attentives. Personnellement, l'une des leçons que j'ai retenues des femmes françaises, c'est que l'on devient meilleure en vieillissant. L'idée que la sagesse est sexy, que l'expérience est sexy est trèsprésente dans ce film. Et c'est quelque chose que j'ai moi-même découvert et considère comme profondément vrai. »
Dans une industrie qui traite encore trop souvent l'âge des actrices comme une date de péremption, la formule a des airs de manifeste. À 42 ans, Olivia Wilde ne demande plus à Hollywood l'autorisation d'exister. Elle occupe tous les écrans et choisit cette année deux projets qui explorent le désir sous des angles radicalement opposés.

Dans I Want Your Sex, son personnage, Erika Tracy, impose ses règles à Elliot, son jeune assistant fasciné, incarné par Cooper Hoffman. Révélé dans Licorice Pizza, le fils du regretté Philip Seymour Hoffman possède déjà cette présence inquiète, cette manière de laisser affleurer la vulnérabilité sans jamais la surjouer. Face à lui, Mason Gooding, fils de Cuba Gooding Jr complète ce trio. Tous deux n’ont pas seulement hérité du talent de leur pères, ils l'aiguisent.
Avec son esthétique Queer, le réalisateur Gregg Araki épouse les codes du thriller érotique, les sature de couleurs, d'humour et de provocation, puis déplace progressivement le regard. Le sexe n'y est jamais seulement une affaire de corps, il devient une monnaie d'échange, un instrument de pouvoir et le révélateur de personnages incapables de distinguer clairement ce qu'ils désirent de ce qu'ils acceptent. Olivia Wilde y voit surtout une reflexion sur ce que chacun projette sur l'autre dans une relation : « Erika et son employé, Elliot, ne sont pas simplement dans une relation de domination et de soumission, ils ont une indéniable alchimie. Ils se révèlent l'un à l'autre; Chacun découvre à travers cette relation une part de lui-même qu'il ignorait. C'est tout l’enjeu ! »
À l'opposé, dans le film The Invite / L’Invitation (déjà sorti aux États-Unis le 26 juin 2026 et attendu dans les salles françaises le 16 septembre prochain), dont Olivia Wilde est aussi réalisatrice, elle choisit de raconter un couple confronté à l'usure du désir. Angela, son personnage d’épouse enfermée dans la routine avec son mari incarné par Seth Rogen questionne l’évolution du désir au fil du temps ?
Pour préparer ce film Olivia Wilde s'est appuyée sur sa propre psychothérapeute, Esther Perel « Sa manière d'envisager les relations m'a complètement bouleversée. J'ai grandi avec l'idée qu'il fallait avant tout trouver quelqu'un avec qui vivre, plutôt que de se demander qui l'on est vraiment et quelle place on souhaite occuper dans une relation. Pendant longtemps, je n'ai sans doute pas compris ce qu'Esther Perel voulait dire. Puis j'ai traversé vingt années de vie, d'histoires d'amour, avant de réaliser ce film. Et là, tout a pris sens. J'ai compris qu'on ne cherche pas un partenaire pour combler un manque. Il faut d'abord devenir une personne à part entière avant de construire une relation avec quelqu'un d'autre. ». Elle s’appuie notammentsur un passage du film dans lequel Joe (Seth Rogen) s’adresse à elle « Quand il dit : "Tu es censée être attirée par moi. Tu es censée me désirer. Tu es ma femme", on voit les veines sortir de mon cou. Je me disais : non ! J'avais l'impression que cette phrase contenait tout ce qui dysfonctionne dans notre manière de concevoir le couple. Comme si l'autre était supposé nous désirer pour toujours, sans que nous ayons besoin d'y contribuer, sans même avoir à entretenir ce désir. On ne parle pas assez de sexualité avec la personne avec laquelle on vit. On considère simplement que ce désir nous est dû. »

D'un film à l'autre, Olivia Wilde inverse les rapports de force. Si dans I Want Your Sex, Erika maîtrise le désir et s'en sert pour contrôler un homme plus jeune. Angela dans L’Invitation, cherche, elle, à comprendre pourquoi ce désir s'est éteint. Deux personnages aux antipodes qui racontent pourtant la même chose : le désir n'est jamais acquis.
Avant de quitter le tapis rouge, Olivia Wilde revient une dernière fois sur cette idée du temps qui passe, loin des injonctions d'Hollywood : « En vieillissant, on comprend surtout qu'on ne sait presque rien. C'est peut-être ça, la vraie sagesse. On devient plus humble, plus empathique. On accepte enfin l'idée que l'on peut avoir tort. »
Celle qu’on a découvert dans la série Docteur House a fait un sacré chemin. À l’apogée de sa carrière d’actrice, Olivia Wilde choisit désormais les histoires qu'elle veut raconter et d’incarner des femmes complexes, profondes et torturées qui désirent, manipulent, doutent, vieillissent et surtout refusent de disparaître.
A.M.D.


















