Sorti le 17 juillet 2026 aux États-Unis, L’Odyssée, le péplum-fleuve de Christopher Nolan, cartonne des deux côtés de l'Atlantique, séduit la critique française, hérisse « The Economist », et se retrouve, bien malgré lui, en résonance troublante avec l'actualité internationale. Bilan avec Claude Budin-Juteau.


Dans « L’Odyssée », il aura fallu 10 ans à Ulysse pour rentrer à la maison, mais un seul week-end à Christopher Nolan pour rentrer dans les caisses d'Universal 117 millions de dollars au lancement américain, 123,5 millions cumulés en Amérique du Nord et près de 364 millions dans le monde — le troisième plus gros démarrage domestique de l'année, derrière « Toy Story 5 » et le dernier « Super Mario ». Performance d'autant plus notable qu'il s'agit d'un film classé R aux Etats-Unis (donc interdit aux moins de 12 ans), sur un marché dominé par les licences familiales.
La recette Nolan
Du concret, pas du pixel. Tourné intégralement en caméras IMAX, en décors réels en Méditerranée, avec des effets spéciaux pratiques — jusqu'au Cyclope, fabriqué en animatronique. La presse française salue ce choix comme un choc visuel rare, et note que malgré ses 2h52, le film ne donne jamais l'impression de traîner. Le casting, lui, ne fait pas naufrage. Matt Damon incarne un Ulysse rusé et rongé par la culpabilité, déjà cité pour les Oscars. Robert Pattinson campe un Antinoüs aussi inquiétant que fascinant. Tom Holland et Anne Hathaway, en Télémaque et Pénélope, apportent la finesse émotionnelle du foyer qu'Ulysse met dix ans à retrouver. Petite curiosité au passage : en anglais, le héros garde son nom grec d'origine, Odysseus. En français, on dit Ulysse, simple francisation du latin Ulixes, issu d'un glissement du « d » grec vers un « l » dans les dialectes italiques anciens. Même bonhomme, deux langues, un accident de prononciation vieux de deux mille ans.

Modernisation, mais pas que dans les dialogues. La presse française insiste : Nolan ne se contente pas de faire parler ses personnages comme des contemporains, il réécrit la psychologie du héros, en fait un vétéran hanté plutôt qu'un aventurier glorieux. Les Français adorent, quelques Américains grincent. Si la critique hexagonale dans son ensemble multiplie les superlatifs, « The Economist » fait bande à part. Le magazine juge le film « emblematic of its time », mais pas comme un compliment : il lui reproche d'aplatir les défauts du héros antique en victime moderne, sa mauvaise conduite étant systématiquement excusée par la drogue ou un syndrome post-traumatique suggéré — signe, ironise-t-il, que même Ulysse n'échappe plus au surdiagnostic contemporain.
Cet Ulysse abîmé par la guerre, incapable de rentrer indemne, qui finit par porter un message anti-guerre, entre en écho avec une actualité où les tambours résonnent à nouveau, guerre en Iran en tête. Trois mille ans après Troie, on n'a toujours pas fini d'apprendre la leçon d'Homère — mais on la regarde désormais en IMAX 70mm.
C.B.J.
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