À quelques jours de la sortie de son nouvel album Les Trompettes de Michel-Ange – Volume 2, le 12 juin, Ibrahim Maalouf enchaîne les projets à un rythme qui donnerait le vertige à la plupart des artistes. Une tournée nord-américaine qui débutera le 19 juin au mythique Troubadour de Los Angeles, un single avec Jason Derulo, un titre retenu pour la bande-son officielle de la Coupe du monde de la FIFA 2026 et l’annonce d’un concert événement à Paris La Défense Arena le 10 avril 2027. Le trompettiste franco-libanais continue de repousser les frontières de son art. Rencontre.


Souriant, pétillant et d'une énergie communicative, Ibrahim Maalouf nous donne rendez-vous un dimanche après-midi dans un café du quartier de Brentwood, à Los Angeles. Une parenthèse de sérénité avant une actualité particulièrement intense. Entre la sortie d'un nouvel album, une tournée mondiale et plusieurs projets d'envergure, le musicien remonte le fil de son parcours, dont les premiers chapitres se sont écrits bien loin des plus grandes scènes internationales.
Ses débuts
Né à Beyrouth en 1980, en pleine guerre civile libanaise, Ibrahim Maalouf quitte très jeune le Liban avec sa famille pour s’installer en France. Fils d’un trompettiste et d’une pianiste, tous deux professeurs de musique, il grandit dans un univers où la musique est omniprésente.
« J’ai eu la chance d’avoir une double éducation musicale », raconte-t-il. D’un côté, un apprentissage rigoureux de la trompette auprès de son père, qui lui transmettra notamment l’héritage de la trompette à quarts de ton qu’il a lui-même inventée. De l’autre, une liberté totale au piano grâce à sa mère. « Elle me disait simplement : amuse-toi. Et c’est grâce à ça que je suis devenu compositeur. »
Cette double approche façonnera toute son identité artistique : la discipline du classique et la spontanéité de l’improvisation.
Très jeune, Ibrahim Maalouf se distingue dans les concours internationaux de trompette. À 17 ans, il intègre le Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Pourtant, il hésite encore sur son avenir. « Je voulais être architecte », confie-t-il. C’est à l'âge de 22 ans qu’il décide de se consacrer entièrement à la musique.
Les rencontres qui feront la différence
Des rencontres décisives viendront confirmer son intuition. D’abord Maurice André, immense figure de la trompette classique, qui décèle immédiatement son potentiel. Puis Wynton Marsalis, l’une de ses idoles, avec qui il échange autour de sa trompette à quarts de ton. Viendront ensuite Quincy Jones, Sting, Matthieu Chedid ou encore Vincent Segal.
« Toutes ces rencontres m’ont donné confiance », explique-t-il. « Elles m’ont fait sentir qu’il y avait peut-être quelque chose à développer. »
Aujourd’hui encore, il aborde les collaborations avec le même enthousiasme que lorsqu’il était enfant. À l’époque, il passait des heures dans sa chambre à jouer de la trompette sur tout ce qu’il entendait à la radio, du jazz au rap en passant par le rock ou la musique classique. Une curiosité qui ne l’a jamais quittée.
L'énergie de Los Angeles
Los Angeles occupe d’ailleurs une place particulière dans son processus créatif. Habitué des séjours américains, il apprécie l’atmosphère de la côte Ouest, qu’il oppose volontiers à celle de New York ou de Paris.
« Ici, les artistes ont un rapport beaucoup plus détendu les uns avec les autres », observe-t-il. « Il y a moins de méfiance, plus de fluidité dans les échanges. »

Cette ouverture se retrouve dans son nouvel album, Les Trompettes de Michel-Ange – Volume 2, qui rassemble une impressionnante liste d’invités parmi lesquels Jon Batiste, Trombone Shorty, Richard Galliano, Pedrito Martinez, Hamilton de Holanda ou encore la chanteuse palestinienne Nai Barghouti.
« Ce sont des artistes que j’admire énormément », souligne-t-il. « Chacun apporte quelque chose d’unique à cette aventure musicale. »
À cette actualité déjà bien remplie s'ajoutent le single Sexy For Me, enregistré avec Jason Derulo, ainsi que Echo, retenu par la FIFA pour figurer sur la bande-son officielle de la Coupe du monde 2026, une première pour un artiste français.
Deux tournées internationales
L’album Les Trompettes de Michel-Ange – Volume 2 est suivi d’une vaste tournée internationale passant par les États-Unis, le Canada, l’Afrique du Sud, le Chili, le Maroc ou encore la Turquie, avec une première date le 19 juin au Troubadour de Los Angeles (les places sont à prendre ici). Quelques invités surprises devraient également rejoindre le trompettiste sur scène lors de cette tournée américaine, mais l'artiste entretient volontairement le mystère, bien décidé à ne rien dévoiler avant le lever de rideau. « Il faut garder les surprises comme des surprises », sourit-il.

Mais l’actualité d’Ibrahim Maalouf ne s’arrête pas là. Le musicien prépare également la sortie, le 18 septembre, de À la française, un album enregistré avec son épouse, la chanteuse libanaise Hiba Tawaji. Un projet particulièrement personnel qui célèbre la chanson française à travers des reprises revisitées avec l’Orchestre de la Garde républicaine, qui donnera lieu lui aussi à une tournée internationale dès la rentrée.
« C’est probablement le projet le plus humain que nous ayons réalisé », confie-t-il. « Nous avons passé des mois à discuter, débattre, chercher les bons arrangements. »
Au milieu de cette carrière internationale menée à un rythme effréné, Ibrahim Maalouf reste fidèle à la philosophie qui l'accompagne depuis ses débuts.
Lorsqu’on lui demande quel conseil il donnerait aux jeunes artistes, sa réponse est simple.
« Je ne sais pas pourquoi certaines carrières fonctionnent et d’autres non. Mais je sais une chose : j’ai toujours suivi mon cœur. Je n’ai jamais essayé d’être quelqu’un que je ne suis pas. »
Une sincérité qui, depuis plus de vingt ans, continue de résonner bien au-delà des frontières du jazz.
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