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Ces restaurants français qui ont fermé à Los Angeles en 2025

Crise de l’industrie du cinéma, incendies, tourisme en berne, hausse du coût de la main-d’œuvre… L’année 2025 a été une année noire pour la scène gastronomique dans la Cité des Anges, et les restaurants français n’ont pas été épargnés. Alors que des adresses emblématiques ont dû fermer et d’autres se réinventer, deux restaurateurs français se confient au Petit Journal.

Thomas Fuks Amour fermetureThomas Fuks Amour fermeture
Thomas Fuks a dû se résoudre à fermer sa table française gastronomique de West Hollywood, Amour, en 2025, pour ouvrir un restaurant italien à la place. © Agnès Chareton
Écrit par Agnès Chareton
Publié le 6 février 2026, mis à jour le 7 février 2026

 

C’est une liste qui donne le vertige. Le 31 décembre dernier, le Los Angeles Times a publié un article sur les 100 restaurants qui ont dû tirer le rideau dans la Cité des Anges en 2025, du fast-food à la table étoilée en passant par le restaurant de quartier. L’année a été particulièrement éprouvante pour le secteur, entre la crise de l’industrie hollywoodienne, les incendies, la hausse du coût de la main-d’œuvre et le tourisme en berne, dans le contexte de la fin des aides du Covid. Parmi eux, plusieurs adresses françaises de LA ont dû fermer, la mort dans l’âme, ou se réinventer, parfois après avoir encaissé de lourdes pertes. 

À West Hollywood, Amour, de Thomas Fuks, a dû fermer 5 mois avant de rouvrir sous un autre concept. Le Petit Paris, le bistrot très apprécié de David et Fanny Rolland, à Downtown LA, a fermé définitivement en octobre après dix ans d’existence. Le Petit Four d’Alexandre Morgenthaler, véritable institution française de Sunset Plaza, a tiré le rideau en mars, 44 ans après sa fondation. Mama Shelters a fermé à Hollywood en février et devrait ouvrir prochainement à DTLA. Dans le Art District, House of Cocotte, le coworking et restaurant ouvert par Philippe Nodet de Lamotte et Philippe Caudroy en 2023, a aussi cessé son activité.

 

«  En 2025, j’ai touché le fond »

 

Pour Thomas Fuks, entrepreneur français bien connu de la scène nocturne et gastronomique de LA, 2025 restera comme  « l’année la plus dure » de sa carrière. Il a dû se résoudre à fermer sa table française chic Amour (inaugurée en décembre 2023) pendant 5 mois, avant d’ouvrir Scarlett, un restaurant italien, à la même adresse. Quant à Members, son night-club-restaurant, il a également souffert. «  J’ai touché le fond. J’ai perdu énormément d’argent. Sans un peu de trésorerie mise de côté, on aurait fermé définitivement » confie-t-il. 

 

Amour Thomas Fuks Los Angeles
Musique lounge, service impeccable et déco raffinée... Avec Amour, Thomas Fuks voulait faire voyager les Angelenos à Paris, le temps d'un dîner. © Agnès Chareton

 

Un échec qu’il impute à une conjonction de crises qui se sont accumulées à LA en 2025. «  L’industrie du cinéma meurt petit à petit depuis trois ans maintenant, souligne-t-il. Les studios vont tourner à New York ou à l’étranger. Tous les gens qui bossent dans l’industrie du cinéma ne sont plus à LA. Les avant-premières, les soirées, les sorties, il n’y en a plus. On en paie le prix.» À cela s’ajoute la fin des aides que les restaurateurs ont perçues pendant le Covid. « Plein de restaurants ne peuvent pas les rembourser et sont obligés de fermer », observe-t-il.


 

L’absence d’aides publiques pour les petits commerçant en Californie


 

Dans ce climat déjà dégradé, les incendies de janvier 2025 ont mis un coup d’arrêt supplémentaire à l’économie de LA. « Quand les feux sont arrivés, on a été vides pendant 2 mois, lâche-t-il. Ça a tué la vibe et le mood. Les gens n’avaient pas envie de sortir et de dépenser de l’argent. Et pendant ce temps, il fallait payer les loyers et les managers. On perdait des centaines de milliers de dollars par mois.»

L’entrepreneur pointe enfin l’augmentation du coût des produits, qu’il met en lien avec l’entrée en vigueur des tarifs douaniers imposés par Donald Trump, la hausse du salaire minimum en Californie, et les normes drastiques imposées aux restaurateurs par la ville de West Hollywood. Face à cette série noire, il déplore l’absence totale d’aides, de la ville, de l’Etat de Californie ou des banques.

 

Le Petit Four Los Angeles
Grandes tablées, convivialité et bonne cuisine française... Avec la fermeture du  Petit Four, c'est une page de l'histoire de LA qui se tourne. © Capture d'écran Instagram Le Petit Four

 

Alexandre Morgenthaler, propriétaire du Petit Four pendant 26 ans, dresse le même constat. Originaire de Cannes, il est retourné vivre en France avec sa famille, après avoir fait l’essentiel de sa carrière à LA, non sans amertume. En mars 2025, il a dû se résoudre à fermer son établissement de Sunset Plaza, après 44 ans d’existence. Un restaurant iconique où se croisaient stars hollywoodiennes, habitués et touristes, mais fragilisé ces dernières années par la baisse de la fréquentation. « Sunset était un endroit très vivant, comme les Champs Elysée ou la Croisette à Cannes, rappelle-t-il. Il y a 15 ans, on faisait 800 couverts par jour. Aujourd’hui, c’est mort.»

 

«  Los Angeles a perdu sa magie »


 

En cause ? Des « problèmes de sécurité » apparus après le mouvement Black Lives Matter en 2013, une hausse du coût des opérations et une baisse de la fréquentation touristique après le Covid, l’augmentation du salaire minimum de 30% en 5 ans, l’augmentation du loyer… « En 26 ans, beaucoup de choses se sont passées. Mais là, c’était trop. Personne ne nous a aidés » déplore Alexandre Morgenthaler. « Los Angeles a perdu sa magie » répète le patron, évoquant le souvenir du LA des années 1980, où tout était possible, selon lui.

De son côté, Thomas Fuks est déjà prêt à rebondir. Il a tiré les leçons de l’échec d’Amour : « Le restaurant français, ce n’est pas pour LA. On est trop loin de l’Europe ici ». Il vient d’ouvrir Mutsu à West Hollywood, un petit restaurant japonais de 10 couverts où l'on déguste « le meilleur poisson de LA », dans « un décor de film ». Un projet sur lequel il travaillait depuis deux ans. Mais dans le futur, s’il entend « structurer » ses activités à LA, hors de question de continuer à se développer en Californie, un État où l’on met trop de bâtons dans les roues des restaurateurs, selon lui. C’est vers Miami ou le Texas que le Français tourne désormais son regard.

 



La scène gastronomique française n’a pas dit son dernier mot à Los Angeles. Malgré ce contexte difficile, la Cité des Anges continue d’attirer les chefs et les boulangers français. «  Monsieur Dior », la table de la cheffe étoilée Dominique Crenn, a été inaugurée en octobre 2025 à Beverly Hills (nous vous en parlions ici). En novembre dernier, le chef David Fricaud a pris les rênes de « La Monique », nouveau restaurant gastronomique en plein Santa Monica (lire notre article ici). La scène gastronomique française à LA est dynamique. Dans une vidéo publiée sur Instagram, le Consulat général de France à Los Angeles a répertorié les restaurants qui participent à l’opération « Dine LA », avec des menus à prix fixe à découvrir jusqu’au 6 février. Les restaurants et bars participants sont : A food Affair, Cafe Bizou, Compagnon Wine Bistro, Deux Bistro, l’Appart, Loulou, Meet in Paris, The Wine Station.

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