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« Nuremberg », un film aussi puissant que dérangeant

Dans « Nuremberg », sorti en France le 28 janvier, Russel Crowe interprète un Hermann Göring terrifiant. Le film de James Vanderbilt met en garde contre les dérives des régimes dominés par des figures mégalomanes et rappelle la fragilité des institutions face à l’abus de pouvoir.

Nuremberg Sony Pictures ClassicNuremberg Sony Pictures Classic
Nuremberg est le deuxième long-métrage de James Vanderbilt. © Sony Pictures Classic
Écrit par Claude Budin-Juteau
Publié le 31 janvier 2026

 

Avec « Nuremberg », James Vanderbilt signe son deuxième long-métrage après « Truth : Le Prix de la Vérité » (2016) - où Robert Redford jouait un journaliste déchu (Dan Rather) - confirmant un intérêt marqué pour les récits historiques où la vérité se heurte au pouvoir. Cette fois, le réalisateur s’attaque à l’un des épisodes les plus décisifs du XXᵉ siècle : les procès de Nuremberg, qui se sont tenus entre novembre 1945 et octobre 1946. Loin de proposer une relecture classique à la manière de « Jugement à Nuremberg » de Stanley Kramer (1961), le réalisateur choisit une approche plus resserrée, presque clinique, centrée sur les figures clés du procès et, en particulier, sur Hermann Göring, interprété par un Russell Crowe terrifiant.

Les films consacrés aux procès de criminels de guerre occupent une place particulière dans l’histoire du cinéma. Ils sont souvent perçus comme des œuvres nécessaires, à la fois pédagogiques et morales, destinées à rappeler l’ampleur des crimes commis et la nécessité de la justice. « Nuremberg » s’inscrit pleinement dans cette tradition, tout en cherchant à en renouveler la perspective. Bien que le film n’ait pas été considéré par l’Academy of Motion Pictures, Arts and Sciences pour un Oscar, il a néanmoins obtenu plusieurs nominations importantes dans d’autres « Awards », notamment la « New York Film Critics » qui l’a nominé dans la catégorie « Meilleur film ». 

 

Un Göring mégalomane, manipulateur, mais indéniablement humain

 

Pour ce second long-métrage, James Vanderbilt adapte The Nazi and the Psychiatrist de Jack El-Hai. Le récit se concentre sur le Dr Douglas Kelley, psychiatre militaire américain chargé d’évaluer psychologiquement plusieurs hauts dignitaires nazis détenus dans une prison improvisée au Luxembourg. Très vite, celui-ci développe une fascination troublante pour ses sujets, et plus particulièrement pour Göring, figure centrale du régime hitlérien. Cette relation professionnelle glisse peu à peu vers une proximité ambiguë : Kelley accepte de faire passer des lettres entre Göring et sa famille, découvrant un homme à la fois mégalomane, manipulateur, mais indéniablement humain.

 

 

L’un des partis pris les plus forts du film réside précisément dans cette humanisation dérangeante. « Nuremberg » rappelle que les architectes de l’horreur nazie n’étaient pas des monstres mythologiques, mais des êtres humains capables de cruauté extrême. Cette idée traverse le film et culmine dans plusieurs séquences glaçantes, lorsque les personnages - et le spectateur - sont confrontés aux images et témoignages des camps de concentration. Face à cette réalité, le film affirme néanmoins la possibilité de la justice, incarnée par le juge Robert Jackson, campé avec rigueur par Michael Shannon, qui refuse que les obstacles politiques ou logistiques compromettent la portée morale du procès.

 

Un film qui résonne avec les événements actuels à Minneapolis

 

La performance de Russell Crowe domine largement le film. Son Göring impose une présence presque magnétique, oscillant entre arrogance, séduction et menace latente. Michael Shannon, en contrepoint, apporte à Jackson une gravité inflexible. Rami Malek, dans le rôle de Kelley, propose une interprétation plus instable, volontairement fragile, qui crée une dynamique parfois déséquilibrée mais cohérente avec la trajectoire du personnage.

Enfin, « Nuremberg » dépasse le cadre strictement historique pour résonner avec des préoccupations contemporaines, avec notamment ce qui se passe en ce moment à Minneapolis. Sans jamais forcer le parallèle, le film met en garde contre les dérives des régimes dominés par des figures mégalomanes et rappelle la fragilité des institutions face à l’abus de pouvoir. Une œuvre dense et nécessaire, qui interroge autant notre passé que notre présent.

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