Édition internationale

Anish Kapoor, le célèbre plasticien britannique investit Southbank

Anish Kapoor, plasticien britannique de renommée mondiale, s’empare de la Hayward Gallery du centre d’art de Southbank du 16 juin au 18 octobre 2026, avec ses œuvres colossales. Connu pour le Sky Mirror ou le Cloud Gate, aussi appelé The Bean, à Chicago, il propose cette fois un art liminal.

Exposition d'Anish Kapoor à SouthbankExposition d'Anish Kapoor à Southbank
Écrit par Louise Lys
Publié le 20 juillet 2026, mis à jour le 23 juillet 2026

Dans la Hayward Gallery, au sein du Southbank Centre, Anish Kapoor se joue du public en livrant une exposition qui sème le trouble. Comme à son habitude, le plasticien britannique propose des œuvres démesurées, envahissant l’espace et créant une sensation d’écrasement. Face à All of Nothing, la plus grande sculpture jamais exposée à la Hayward Gallery, prenant la forme d’un grand ballon rouge, d’une tomate géante ou d’un organe, nous ne pouvons que remettre en question notre perception et notre position dans un espace restreint. Les sculptures d’Anish Kapoor, souvent monstrueuses ou organiques, s’imposent à nous comme des êtres vivants mystérieux. Dans cette première salle, une tension palpable se fait ressentir, que cache cette œuvre ? Que renferme-t-elle ?

 

Le vide intérieur face au vide extérieur

 

C’est face à cette interrogation sur la nature de l’espace et de la présence, que survient irrémédiablement la question du vide. Qui suis-je dans cet espace ? Quelle est ma place face à ces formes ? L’occupation d’un espace vide, de l’espace qui reste, entre par conséquent en corrélation avec la notion de vide intérieur. C’est ce que l’artiste tente de provoquer dans cette exposition en se servant de ce vide comme fil conducteur. À l’aide d’une nanotechnologie, le Vantablack, une peinture noire plus noire que noir, il propose de tester nos capacités à discerner le vide. Cette peinture qui absorbe toute la lumière visible, offre une ambiguïté troublante où l’on se retrouve incapable de différencier les contours et les reliefs.

S'annonçant comme un véritable jeu, on entend régulièrement le public poser la question “is it a hole?” – “est-ce un trou ?”. Quand certaines œuvres sont pourvues de creux ou de formes apposées, d’autres ne le sont pas, défiant toujours notre capacité à percevoir la réalité, offrant toujours la vue d’un vide infini imperceptible. Par sa dimension réflexive et métaphysique, Anish Kapoor nous incite à nous interroger sur notre capacité à identifier le vide intérieur, celui que l’on ressent face au vide extérieur. D’après Kapoor : “Peut-être que le noir le plus sombre est celui que nous portons en nous-mêmes”. Ces œuvres contemplatives expriment, au-delà de leur caractère ludique, l’idée que le plus grand vide résiderait en soi, et en cette incapacité à définir l’espace qui nous entoure.

 

Anish Kapoor

 

Anish Kapoor, le viscéral et le sacrifice

 

Le voyage dans les entrailles de la psychologie humaine se poursuit dans une nouvelle salle présentant des sculptures gigantesques évoquant le rituel du sacrifice. Largement inspiré d’un épisode biblique, le plasticien nous confronte à une montagne rouge sanguine inversée. Insistant avec l’idée que la sculpture représente plus qu’une rencontre avec un objet physique, il nous propose de faire l’expérience de ses œuvres presque vivantes, qui nous reflètent toujours ce qui nous habitent. Entre le merveilleux et l’horreur, cette montagne volcanique fait référence au Mont Moriah, où elle est décrite comme l’endroit où Dieu a commandé à Abraham le sacrifice de son fils Isaac dans l’Ancien Testament. Néanmoins, au moment où Abraham leva le couteau, Dieu fit apparaître un bélier pour être sacrifié à la place de l’enfant. La sculpture suggère alors un monde en déséquilibre, la peinture à l’huile évoquant le sang coulant d’une blessure. 

À côté de la montagne inversée, on rencontre de grandes masses organiques surplombantes, enfermées, voire comprimées, dans du film plastique. Elles sont toujours recouvertes de traces de peinture rouge sang et semblent asphyxiées derrière le plastique qui les montre mais qui ne leur permet pas d’exister vraiment. Réfléchissant au lien qui unit l’homme aux rituels sacrés, Kapoor observe : “Je crois profondément que nous sommes des êtres religieux, que nous portons en nous le mystère, la peur masquée qui se cache derrière le rituel : la peur de la mort.” 

 

Anish Kapoor

 

Une expérience interactive à Londres 

 

Nous finissons notre ascension au dernier étage par un paysage monumental en roche rouge, qui semble être venu d’un autre monde. Il est inspiré par Uluru, un monolithe de grès situé au centre de l'Australie, qu'il a décrit comme l'endroit le plus sacré où il se soit jamais rendu. Son titre, Ha Makom, provient d’une expression hébraïque signifiant « Le Lieu », utilisée pour exprimer la présence universelle du divin à travers l’espace et le temps. Anish Kapoor nous dirige donc vers un chemin spirituel invoquant le vide et le sacrifice. Ils sont réunis dans sa création finale, où l’on découvre en son sommet une ouverture rectangulaire, une porte vers l’inconnu, vers le vide, ou encore le sacrifice de soi. En contournant cette roche rouge, le lieu pourtant inanimé prend vie et force l’intimidation dans un silence religieux. Objet de fascination, on ne peut que se laisser absorber par sa grâce. Le rouge envahit tout l’espace.

L’ambiance évolue dans les salles, le public est parfois curieux, intrigué, impressionné peut-être, plus silencieux en montant les étages. Longtemps pratiqué dans le monde antique, le sacrifice peut être compris comme une confrontation avec les aspects les plus sombres de notre conscience collective, notamment la peur, l’horreur et le dégoût. Cette confrontation à l’œuvre procure alors au spectateur un sentiment accru d’être en vie. Comme le fait remarquer Kapoor : “Le rouge du sang est violent, mais c’est aussi la substance même de la vie.”

 

Anish Kapoor

 

Une exposition à découvrir au Southbank Centre

 

À travers son travail immersif, Anish Kapoor questionne le rapport au vrai et au faux, au réel et à l’irréel, au visible et à l’invisible. En contemplant ses œuvres, le spectateur n’est pas un simple observateur mais toujours acteur en interagissant avec celles-ci. Ses célèbres miroirs, répartis tout au long de l’exposition, agissent comme un rappel que notre conception du monde et de nous-mêmes est toujours altérée. 

La dernière exposition d’Anish Kapoor est à découvrir jusqu’au 18 octobre 2026 près de la Tamise, au Southbank Centre, dans son grand bâtiment brutaliste coloré où la culture prend lieu dans toutes ses formes.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.