Édition internationale

La jeunesse francophone s’invite à l’ambassade belge pour le Prix Yourcenar

À l’ambassade de Belgique, le prix Marguerite Yourcenar a transformé, le temps d’une soirée, la langue française en scène vivante. La jeunesse francophone, issue des meilleurs lycées et universités de Londres, s’y est invitée pour célébrer et incarner la langue française. Récit d’une soirée où les mots ont pris tout leur sens : “La francophonie, ce n’est pas uniquement une langue, c’est une communauté de valeurs”, rappelle Jeroen Cooreman, ambassadeur de Belgique au Royaume-Uni.

Prix Marguerite Yourcenar, ambassade belgique (Susanna Borio - WB U)Prix Marguerite Yourcenar, ambassade belgique (Susanna Borio - WB U)
Les grands gagnants du Prix Marguerite Yourcenar (Susanna Borio - WB UK)
Écrit par Ewan Petris
Publié le 23 mars 2026

Il y a des soirs où Londres change littéralement de langue et le temps de quelques heures, le français s’est invité au cœur de l’ambassade de Belgique. Jeudi 19 mars, à l’occasion de la célébration de la francophonie, le rendez-vous du prix Marguerite Yourcenar était pris. Ce soir-là, l'ambassade a vu défiler un concours d’éloquence. Une scène où une jeunesse francophone, parfois déracinée, souvent hybride, est venue tester sa voix. 

 

Le concours d'éloquence à l'ambassade belge
Le concours, au coeur de l’ambassade de Belgique. (CP  : Susanna Borio - WB UK)


 

Un concours d’éloquence… mais pas seulement

 

L’événement s’inscrit dans une ambition plus large : former les orateurs de demain. Il y avait ainsi huit finalistes, quatre grands sujets, une vingtaine de diplomates et ambassadeurs et des invités français et britanniques réunis sous le même toit. 

 

Les candidats avaient une semaine pour préparer leur discours : “Au départ, j’ai écrit, c’était nul. J’ai tout effacé” , raconte Alice Baleston. “Puis j’ai recommencé, jusqu’à la veille du concours.” Ce processus, presque brutal, est partagé par beaucoup de jeunes ce soir . Matisse Lafond le confirme : “On se prépare tous les jours… jusqu’à la dernière seconde. On change un mot, une tournure, parce que là, ça compte vraiment.” Et puis, le moment où tout bascule. Celui où nous quittons les notes pour la scène : “Le meilleur, c'est de livrer le discours”, confie Alice. “Là, je sais exactement ce que je raconte. J’ai choisi mes mots.”

 

Alice concours marguerite yourcenar
Alice Baleston lors de son discours - (CP  : Susanna Borio - WB UK)


 

Parler français à Londres : une nécessité intime

 

Derrière les discours, transpire une autre réalité : celle d’un rapport presque charnel à la langue. La co-présidente du groupe, Tess Delepierre, nous en dit plus : “La Fédération francophone de Débat UK, est une fédération régionale de la FFD à Paris, créée il y a dix ans. Aujourd’hui, on a une communauté de 8000 personnes un peu partout dans le monde francophone.” À Londres, la branche existe depuis six ans. Et elle s’est construite autour d’un constat simple : la francophonie ne se limite pas à la France.

 

Tess prix marguerite yourcenar
Tess Delepierre, co-présidente de la FFD-UK - (CP  : Susanna Borio - WB UK)

 

“Nous avons beaucoup de francophones et de francophiles. Des anglophones, des hispanophones aussi, qui ont le français en deuxième langue. Et ça, c’est très important pour nous”, insiste Tess, “nous voulons mettre en avant les accents, les origines.” Dans ce contexte, organiser le concours à l’ambassade de Belgique prend tout son sens : “C’est la deuxième année que nous faisons le concours ici. Et ce partenariat fonctionne extrêmement bien. Marguerite Yourcenar est franco-belge, donc il s’agit-là d’un beau symbole”.


 

La FFD UK comme diffuseur de la langue française chez les jeunes

 

La soirée, rendue possible grâce à la Fédération francophone de Débat UK, illustre son rôle central dans la promotion de la langue française chez les jeunes : “C’est génial d’avoir accès à une fédération qui promeut la langue française à l’étranger.” Une langue que Tess défend aussi pour ce qu’elle représente : “Cet héritage a une valeur énorme, économique, diplomatique… et puis il s’agit d’une très belle langue, mine de rien !”

 

Mais cette vitalité cache aussi une inquiétude plus profonde : “On est une génération des réseaux sociaux… et nous perdons la capacité à formuler une phrase face à quelqu’un. On perd le lien humain.” L’éloquence intervient ainsi comme antidote. Un constat que partage, Pia de Vautibault, présidente de la fédération : “Mon rôle est d’organiser des compétitions entre les différentes universités : UCL, LSE, King’s, Oxford… et de créer du lien entre tous ces étudiants.” Car derrière les discours, il y a une communauté à faire vivre : “Les profils sont très variés, mais tous ont en commun l’amour du débat, de l’éloquence, de l’échange d’idées.”  Le défi est clair : préserver la langue, réapprendre à communiquer ,et si à Londres, la francophonie ne tient parfois qu’à un fil, celui-ci est bien décidé à ne pas rompre.


 

“Le débat est un espace où on peut dire ce qu’on ne dit pas ailleurs.”

 

Revenons au concours, car certains se demandent sûrement quelles sont les coulisses du monde de l’éloquence ? "La première question que je me pose après avoir lu le sujet est : comment être sincèrement moi dans un exercice où je dois m’offrir aux autres ?” interroge Matisse Lafond.

 

Matisse discours marguerite yourcenar
Matisse Lafond, lors de son discours  - (CP  : Susanna Borio - WB UK)

 

Trouver la bonne distance, le bon ton, le bon angle. Toucher, sans surjouer, le défi d’Alice : “Mon thème était ‘Faut-il croire à ce que l’on ne comprend plus ?’ Je ne voulais pas expliquer ce qu’est la croyance ou la compréhension. Je ne voulais pas faire un cours. Pour la première fois, je parlais de quelque chose de très personnel et ça a tout changé.”

 

Ce soir, l’éloquence dépasse largement le cadre académique. “Il y a quelque chose de cathartique”, confie Enzo Menestret-Siega : “Nous aimons les mots, nous aimons écrire. Et ici, nous avons une liberté incroyable.” Matisse renchérit : “C’est un espace où nous pouvons dire ce qu’on ne dit pas ailleurs.”

 

Une diplomatie des mots, pour la francophonie

 

Dans les salons de l’ambassade, le symbole est fort et n’échappe pas à Jeroen Cooreman, ambassadeur de Belgique au Royaume-Uni : “La francophonie, ce n’est pas uniquement une langue, c’est une communauté de valeurs.” Face à une salle comble, il se réjouit : “Je suis honoré par la présence de nombreux invités et surtout par l’enthousiasme de ces étudiants. Ils s’engagent pour travailler ensemble et affronter les défis du monde.”


À la fin de la soirée, après délibération des jurys, les trophées sont remis, mais personne ne semble vouloir conclure : “Ce n’est que le début”, glisse Matisse. “Il y a encore beaucoup à apprendre,” suggère Enzo. “La suite ? Écrire, écrire et écrire encore.” lancent les gagnants du soir, comme si, au fond, tout partait de là : des mots.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.