À l’approche des élections consulaires, nous donnons la parole aux têtes de liste candidates au Royaume-Uni. Avec dix listes en lice, les Français établis outre-Manche auront un large choix. Nina Yasmine Seron conduit la liste : "Royaume-Uni populaire, écologique et social". Elle nous présente les points clés de son programme.


Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?
Je suis Nina Yasmine Seron, candidate tête de la liste "Royaume-Uni populaire, écologique et social" soutenue par La France Insoumise et l'association des Français de l'étrangers la C.I.S.E (Confédération Internationale Solidaire et Ecologiste). Je suis actuellement doctorante en philosophie à l'université de York. Je suis spécialiste des philosophes de l'écologie politique, que j'essaie de mobiliser pour produire des cadres éthiques pour le développement de l'intelligence artificielle.
Je suis binationale franco-marocaine et j'ai grandi à Marrakech jusqu'à mes 18 ans. J'ai donc une connaissance de première main des problématiques à l'étranger, et j'ai observé de près la dégradation des lycées français de l'AEFE, les dysfonctionnements du privé sous contrat, les problématiques administratives courantes.
J'ai emménagé après le bac en France pour poursuivre mes études en hypokhâgne, et j'ai immédiatement commencé à militer. Mon engagement m'a amené à être attachée de Mathilde Panot. J'ai accompagné par mon travail l'inscription de l'IVG dans la constitution dont elle était à l'initiative, victoire feministe qui m'a empli d'une grande fierté.
Que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?
Je veux en finir avec l'idée répandue que le conseiller consulaire ne peut être qu'une représentation symbolique toute entendue dans un petit club de notables. Si, bien évidemment, l'impact du conseiller est limité lors du conseil consulaire lui-même, nous connaissons d'autres moyens pour mettre au jour une cause, faire pression, et obtenir des victoires. Le status quo n'est pas une option si on prend au sérieux cette mission républicaine. Nous nous consacrerons aux Français au-delà des missions consulaires, déjà en garantissant notre disponibilité à toutes celles et ceux qui souhaiterons nous saisir.
Nous fournirons un soutien à leurs démarches administratives et liées aux prérogatives consulaires. Mais nous ne nous arrêterons pas là. Nous serons à disposition de nos compatriotes quand ils rencontrent des problèmes de logement, la précarité (notamment chez les étudiants), les violences sexistes et sexuelles, homophobes, transphobes, racistes, des problèmes de tranquillité publique, ou d'accès aux soins, en santé mentale comme physique. Nous nous mettrons à la disposition des parents d'élèves, et des enseignants et agents de l'institut français, des alliances françaises, des familles monoparentales.
Nous engageons à notre élection, à organiser régulièrement sur tout le territoire un processus d'auditions citoyennes pour avoir une connaissance dynamique et concrète des réalités de la circonscription, recueillir les doléances et propositions, en plus de tenir une permanence régulière au consulat si cela nous est permis. Nous nous ne contenterons pas de consultations en ligne, nous allons vadrouiller le pays! Étant avant tout des militants, nous maîtrisons les rouages et le carnet d'adresse des associations, syndicats, élus britanniques et français… pour esquisser des solutions aux problèmes que rencontrent des individus ou des groupes, être des lanceurs d'alerte, informer sur les mesures existantes, et recueillir les attentes, notamment en matière de droits et citoyenneté. Nous commençons d'ores et déjà ce travail, en organisant une réunion citoyenne à Manchester le 23 avril, les inscriptions restent ouvertes!
Notre est renforcé par le lien constant avec nos députés qui poursuivent à leur échelon la défense de la cause, que ce soit par un projet de loi, un accompagnement juridique, ou en obtenant des réponses par courrier des ministres eux-mêmes. Le groupe d'amitié franco-britannique à l'Assemblée Nationale compte 6 députés insoumis aux prérogatives variées, donc je suis confiante que ce fonctionnement hybride sera transposable au rôle de conseillère consulaire. Danièle Obono s'investit déjà à nos côtés, et interviendra dans notre meeting de lancement du dimanche 19 avril à 14h à Pelican House et nous attendons la visite de Mathilde Panot en mai. Les détails seront communiqués sur notre Instagram ou Facebook.
Comment avez-vous constitué votre liste ?
Beaucoup l'ignorent mais la France insoumise est forte de 15 groupes d'actions seulement en Angleterre! Nous pouvons affirmer que la liste ne s'appelle pas "populaire" pour rien : nous avons cherché à représenter le peuple dans sa diversité sociale et culturelle.
- 4 de nos candidats sont étudiants
- 4 travaillent dans le domaine de l'écologie
- 3 travaillent dans la santé
- 4 travaillent dans le privé, dont l'un avec un statut précaire
- une du secteur créatif
- une juriste
- un syndicaliste du secondaire anglais
- une militante associative pour l'inclusion et l'éducation de XLP
- le reste sont des universitaires, agents de l’Institut Francais, et enseignants de l'AEFE
Nous avons des candidats de York, Manchester, Brighton, Exeter, et des quartiers et banlieues du nord, de l'ouest, de l'est et du sud de Londres, mais aussi de Bedford, Cambridge, Watford, Guildford et Reading.
Sur les autres listes, il y a sur-représentations des secteurs de la banque, de la finance, et de grands décideurs économiques. La diaspora française dépasse la City de Londres : il faut faire place à la jeunesse, aux travailleurs, aux syndicalistes, aux précaires, aux retraités, aux agents du service public. Surtout qu'on a vu que mettre un banquier à la tête de la France mène à la ruine : la dette accumulée depuis le début de l’ère Macron atteint plus de 1 200 milliards d’euros. Du jamais-vu.
Pourquoi est-il important pour les Français de l’étranger de prendre part à ces élections consulaires ?
Il est important de prendre part à cette élection pour un maximum de Français, car l'abstention fait le lit de l'inertie politique. Certains conseillers consulaires sont élus depuis 12 ans, certains plus de 25 ans à l'Assemblée des Français de l'étranger…Voter pour notre liste, c'est voter pour une revitalisation démocratique, avec un nouvel échelon participatif à explorer ensemble, avec des conseillers de combat, qui feront vivre l'esprit de la 6e République et la co-construction citoyenne de l'action politique. Contre le pouvoir facilement accaparé, monopolisé, nous voulons le partager, et nous engageons à un mandat tournant, pour exprimer la diversité de notre liste dans ses expériences, compétences et vécus dans la responsabilité d'être le porte-voix des Français dans leur diversité.
L'enjeu dépasse les affaires consulaires : les 9 conseillers et les 12 délégués sont de grands électeurs appelés à voter pour les 6 sénateurs des Français de l'étranger. Voter pour notre liste, c'est élire des conseillers fidèles – sans concession et sans interruption – au programme du Nouveau Front Populaire de 2024, et plus nous serons nombreux plus nous serons en mesure d'obtenir des sénateurs de la gauche de rupture, et ce pour la première fois. Notre présence dans cette chambre historiquement aristocratique est à conquérir d'urgence : le Sénat rejette les lois de progrès social (il avait rejeté la constitutionnalisation de l'IVG en première instance), valide toutes les horreurs macronistes et leur permet de gouverner même sans majorité, dont par exemple les coupes budgétaires de l'AEFE. Et c'est quand le Sénat ne surenchérit pas dans l'immondice : on leur doit le retour de la loi "Duplomb" qui ré-autorise les néonicotinoïdes tueurs d'abeilles, ou le durcissement de la loi Immigration de 2023, criminelle et anticonstitutionnelle.
Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?
Les Français de la circonscription ne sont pas confrontés à un seul problème. Comme partout, les Français ne sont pas une catégorie homogène : il y a des riches et des modestes, qui peuvent rencontrer aussi bien dans les deux cas le racisme, le sexisme, l'homophobie, la transphobie, l'islamophobie ou l'antisemitisme. Nous ne ferons justement pas une analyse simpliste pour aborder notre action politique, nous serons transversaux et à l'écoute de tous les publics, sans distinction.
Le néolibéralisme est à la source de beaucoup de préoccupation : dans son déploiement au Royaume-Uni, il cause l'incertitude, la peur de perdre son emploi, de tomber malade car les soins sont moins bien couverts qu'en France, et pour beaucoup d'entre nous, la galère des fins de mois. La montée du fascisme, qui n'est que le néolibéralisme radicalisé (il suffit de voir comment le RN et les macronistes votent toujours ensemble contre le progrès social!) est source de préoccupation, quand il attaque ici les droits des personnes trans en instance suprême, criminalise le mouvement de solidarité pour la Palestine avec PalAction, et nous rend vulnérables en tant qu’immigrés, sans compter les milliers d'euros de visa à notre charge.
Le néolibéralisme à la française est tout aussi problématique pour nous : comme Macron donne tout l'argent aux milliardaires, il y a total désengagement de l'Etat, donc austérité pour l'AEFE, moins de postes consulaires pour les français en dehors de Londres, moins de moyens humains partout, et aucune politique ambitieuse pour le rayonnement culturel, la francophonie, ou pour faire des ambassades et consulats des vrais relais de la République. Sous Macron, le réseau diplomatique français perd deux places au classement et est maintenant devancé par le Japon et la Turquie.
À la France insoumise nous savons comment faire différemment : là où les autres listes proposent d'attaquer les retraites des profs de l'AEFE, ou d'en passer plus en contrat local, nous n'attaquerons pas les conquis sociaux. Il n'y a pas besoin de niveler par le bas. La France se permet de flécher 20 millions pour l’organisation du sommet du G7. Ces crédits devraient servir les Français de l'étranger, qui eux participent réellement à l'action de la France dans le monde, plutôt que le G7, acquis à l'idéologie de la croissance infinie mortifère, en concurrençant avec l'ONU et les autres instances internationales.
Pouvez-vous nous détailler les grands axes de votre programme pour ces élections ?
Ces dernières années, à l’Assemblée nationale, les députés insoumis ont été les seuls à se battre pour les français de l'étranger. Nous avons déposé des amendements pour :
- le renforcement des effectifs consulaires avec la création de 100 postes
- l’augmentation des crédits pour les bourses scolaires ;
- des moyens supplémentaires pour l’AEFE et contre la coupe budgétaire de 58,9 millions d’euros.
- un financement renforcé de la protection sociale avec 25 millions d'euros d'augmentation pour la seule caisse de sécurité sociale pour les français de l’étranger, ces propositions ont été rejetées par la Macronie et le reste de la droite !
Plus généralement, conformément à notre programme, nous défendrons autant que possible l'ambition de la gratuité universelle et de la mixité sociale dans l’enseignement français, l'amélioration du système de bourses et nous nous mobiliserons face à des enveloppes inférieures aux besoins ou si les critères financiers sont inadaptés au coût réel de la vie.
Nous voulons des moyens. Des moyens pour la simplification administrative, développer la dématérialisation sans rogner pour autant sur les effectifs humains. Comme nos députés, nous nous opposerons aux suppressions de poste, et inciterons à la réalisation des tournées consulaires dans les villes où il n'y a pas de consulat général. Il faut impérativement plus de bureaux de vote : il n'est plus possible que voter prenne toute la journée, ce qui décourage les citoyens du devoir civique.
À notre niveau, nous porterons que les consulats deviennent et assurent le rôle d’antenne régionale des caisses de retraites pour éviter les suspensions, accompagner la bonne comptabilisation des trimestres au Royaume-Uni et pour globalement un meilleur accès à la sécurité sociale pour tous et toutes. Nous porterons une grande attention à accroître la solidarité pour les Français-es les plus vulnérables, par exemple par la réforme du mode de calcul du montant des aides sociales consulaires.
Nous défendrons la mise en oeuvre de la bifurcation écologique dans les ambassades et consulats, ou bâtiments liés à la France (lycées français, alliances françaises) : bilan énergétique et réduction de la consommation d’énergie, rénovation verte, favoriser les contrats avec des fournisseurs d’énergie propre, favoriser les produits bio et les circuits courts pour les cantines scolaires.
Nous pensons que les ambassades et consulats devraient être investis comme opportunité de faire vivre notre projet social : comme dans les mairies, pourquoi pas avoir une cellule psychologiques pour les femmes victimes de VSS, les personnes en situation de handicap, pour les victimes de discrimination , ou pour les personnes isolées, comme les jeunes filles au pair ? Pourquoi pas mettre des référents insertion à l'emploi, et des permanences juridiques comme dans les mairies. L'associatif, essentiel au Royaume-Uni et valeureux, ne peut pas répondre à toute la demande !

































