

Après la cession de Price Minister, la co-fondatrice du site, Nathalie Gaveau, s'est fixée un nouveau challenge dans l'univers si particulier et en constante évolution du Web 2.0. Partons à la rencontre de Shopcade et de sa CEO
(Nathalie Gaveau, CEO et fondatrice de Shopcade)
Nathalie Gaveau n'est pas vraiment du genre à se complaire dans ses habitudes. Une dizaine d'années de carrière, et quel chemin parcouru : diplômée d'HEC Paris, un bref passage en banque d'affaires, une première expérience réussie dans l'entreprenariat avec le lancement de Price Minister avec des copains de promotion, dont Pierre Kosciusko-Morizet. Enrichie de quelques années passées dans le monde des affaires en Asie (Hong Kong et Singapour), la jeune femme est de retour en Europe en 2010, suite à la cession du site de ventes en ligne (200 millions d'euros). Elle pose ses valises à Londres, bel et bien décidée à voler de ses propres ailes. Nathalie Gaveau, 36 ans, fondatrice de Shopcade revient pour nous sur son aventure entrepreneuriale.
Lepetitjournal.com - À l'ère des réseaux sociaux, pouvez-vous nous présenter Shopcade, comme un tweet, en 140 caractères ?
Nathalie Gaveau - Shopcade, c'est la nouvelle plateforme sociale pour le shopping. C'est comme si vous alliez faire des courses avec vos amis.
Comment ça marche ?
C'est vraiment comme si vous rentriez dans un mall avec vos amis où se côtoient, après seulement quelques mois, 50 millions de produits et 23 000 marques. Vous rejoignez « Shopcade » via sa page Facebook. Une fois l'application téléchargée, vous êtes face à votre espace. Dès lors, vous êtes libres d'acheter en ligne ou de faire des recommandations sur des produits. L'aspect ludique est que vous voyez les tendances de vos amis (musique, vêtements,...), ce qu'ils ont, ce qu'ils recommandent, et vice-versa. Il est également possible de faire des listes de souhaits pour un anniversaire, un mariage ou une naissance par exemple.
Pourquoi ce projet ? Quel a été le déclic ?
Un ensemble de choses. Pour beaucoup, mes années passées en Asie. Là bas, tout le monde ouvre des magasins. On y trouve des rues bien organisées, dans l'électronique, dans la mode, etc. De retour à Londres, j'ai pensé que c'était le moment de démarrer un nouveau business et de surfer sur la vague importante des réseaux sociaux.
Du social network au social shopping network donc? combien comptez vous d'utilisateurs aujourd'hui ?
Pour le moment, Shopcade est disponible en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. Après le lancement en fin d'année dernière, une grosse opération marketing se prépare. Concernant les utilisateurs, nous sommes bien positionnés chez les plus de 35 ans. C'est une bonne chose, puisqu'ils ont le plus gros pouvoir d'achat... et cette catégorie ne cesse de grossir. Aussi, nous ciblons les moins de 35 ans, pour créer le buzz, pour le partage.

Pour l'heure, Shopcade est opérationnel en Grande Bretagne et aux Etats-Unis seulement. Pourquoi avoir choisi de démarrer sur les marchés anglo-saxons uniquement ?
Pour l'aspect international. Certes, la France est un marché clé en Europe pour le e-commerce. Mais, après mon aventure à l'étranger, j'ai préféré lancer directement ce projet sur ces marchés.
Comment envisagez vous le futur de Shopcade ?
Tout d'abord, il est important de le faire grossir sur les marchés principaux, de développer le produit. Nous sommes attentifs au retour de nos utilisateurs. Il s'agit d'un site web, il est donc essentiel de rester proche de nos clients, de comprendre ce qu'ils aiment. Nous faisons grandir le site avec nos propres utilisateurs en partie. Si nous arrivons à être suffisamment gros sur ces marchés, dès lors, nous serons prêts à nous déployer en France et sur un certain nombre de marchés jugés prioritaires. Shopcade, né peu après Price Minister, c'est aussi une envie de développer un modèle simple à adapter.
A maintes reprises, vous évoquez Price Minister. En quoi cette expérience vous a aidé dans votre nouvelle aventure ?
Sur la façon de structurer la nouvelle société, sur l'importance d'avoir une équipe avec des compétences variées et qui travaille bien. De plus, certains actionnaires de Price Minister m'ont suivi. J'ai fait l'apprentissage de ce qui a marché ou pas. Avoir une expérience positive par le passé est toujours un plus. C'était une aventure fantastique. Mais, je me suis questionnée sur la façon d'avoir un modèle plus international et comment aller plus vite. Price Minister a pris des années. C'est pour cela que j'utilise aujourd'hui les réseaux sociaux. Facebook a un tel potentiel d'accélération.
Quels conseils donneriez-vous à certains de nos lecteurs qui hésitent à se lancer ?
Ne pas se lancer sur un coup de tête. Les bases : réfléchir au projet, au modèle économique, savoir sur quels types de revenus comptés. N'hésitez pas à faire des tests avec des clients potentiels, pour voir si l'idée est viable. Je ne crois pas qu'il faille un long business plan. Il est essentiel de confronter son idée à la réalité, de demander à des gens s'ils utiliseraient, s'ils achèteraient le service. A ce propos, il existe un courant de pensée Line Startup, développée dans la Sillicon Valley sur le développement produit. Il inclut le retour client, le plus tôt possible dans le processus. Une façon de potentiellement diminuer l'échec. Autre étape : trouver une équipe. Se lancer seul n'est pas forcément une bonne idée. Il faut miser sur la complémentarité des compétences. Si on est plutôt technique, il faut un vendeur. Si on est un très bon vendeur, il faut des gens pour aider à monter le projet. Mon conseil, c'est vraiment d'être vigilant sur la manière dont l'on structure le projet. Aussi, il ne faut pas que les entrepreneurs partent en se disant qu'ils ne vont pas arriver à obtenir le coup de pouce financier nécessaire. Pas mal de moyens de trouver des fonds se développent aujourd'hui.
Quelles sont les clés du succès selon vous ?
Le mélange de l'idée et de la mise en ?uvre. Une bonne idée mal exécutée ne prendra pas. Au fond, Myspace et Facebook, c'est du pareil au même. Ce qui fait la différence, c'est la rapidité d'exécution, les moyens que l'on met dernière. Finalement aujourd'hui, certaines sociétés font plus ou moins les mêmes choses?

Alors pourquoi une est-elle bien meilleure qu'une autre ?
On peut l'expliquer par l'exécution, un meilleur marketing, un bon produit, une bonne expérience utilisateur? En technologie, le plus est de vraiment « comprendre son marché ». Il y a trois ans, certains disaient qu'Apple était surévalué. Pourtant, trois ans plus tard, la marque à la pomme coûte trois fois plus. Il y a dix ans, on avait tous des Nokia. Aujourd'hui, il existe des produits complexes, comme l'Iphone, et on les rend le plus simple possible pour l'utilisateur. Il faut comprendre l'évolution du marché et innover !
Finalement, qu'est ce qui s'est avéré plus facile que prévu ? Plus difficile aussi dans votre parcours d'entrepreneur ?
Plus difficile : tout le recrutement. Au moment où l'on pense que tout est stable, une personne annonce son départ, pour l'Australie par exemple. Les aléas de la vie. Le recrutement, c'est le nerf de la guerre. Il s'agit d'un milieu très compétitif en Grande-Bretagne et aux Etats Unis. Dès qu'une nouvelle startup voit le jour, les gens veulent y travailler. Au delà du recrutement, il y a aussi la fidélisation : comment garder les talents ? C'est plus difficile dans des petites boîtes, que dans des grosses sociétés. Plus facile : le fait d'évoluer dans un secteur en plein développement. Avoir 50 millions de produits a été plus facile qu'imaginé. La plupart des marchands n'ont pas envie d'investir dans leur propre shop sur Facebook, car cela implique des coûts. Et nous, nous proposons un modèle avec tous les prix, les produits? et ça ne leur coûte que s'ils vendent.
Pour finir, quelle est la citation qui vous motive le plus au quotidien ?
"Ce qui ne te tue pas, te rend plus fort" c'est ce que je me dis face aux difficultés. Surtout, ne baissez pas les bras ! Comprendre, s'adapter et persévérer. Si c'était facile, plein de gens le feraient.
Eternelle optimiste, de nature persévérante, consciente d'être privilégiée par rapport à beaucoup de gens dans un climat de crise ambiant ? les mots ne manquent pas pour qualifier la fondatrice de Shopcade. ?C'est la crise' répèteront certains? Oui, et alors ?! Plus les marchés sont difficiles, plus il y a d'opportunités. En conclusion, retenons que tout est dans la façon de voir les choses, de se projeter. Il n'y a pas de problèmes, seulement des solutions !
























