

Ils sont 3.000, peut-être 4.000. Les Français de Birmingham sont tout l'opposé des Français de Londres. Ils n'ont pas d'Alliance Française, pas de lycée français, ne vivent pas vraiment en communauté ou dans un quartier spécifique. Pourtant, ils sont là, un peu partout. A travers les portraits dressés par Elise Comarteau, journaliste française installée à "Brum", des parcours de vie se dévoilent
Sous ses airs de beau gosse, Paul-Edouard est un grand timide. Pourtant, il accepte de nous raconter son expérience à Birmingham après son traditionnel match de tennis du samedi matin. Ses deux enfants prennent des cours dans un petit club à Solihull, il en profite pour échanger quelques balles avec un autre papa, ou tout autre partenaire qui accepterait de jouer dehors en plein mois de janvier.
Transhumance
Les week-end humides et froids anglais, l'ingénieur connait bien. Il a passé 3 ans et demi à Manchester, avant d'accepter un poste à Birmingham en janvier 2010. "On a fait la transhumance vers le sud ! Tous les quatre, on avait eu une très bonne expérience à Manchester, on était très heureux en Angleterre, et on s'est dit que ça serai sympa de connaitre quelque chose de nouveau ensemble, pourquoi pas une autre partie du pays, et du coup, hop direction les Midlands."
La petite famille était déjà venue à Birmingham pour visiter la ville. "On avait fait l'heure et demi de route pour passer une journée dans les rues piétonnes du centre. C'est difficile de se rappeler précisément de ce que j'avais ressenti mais on avait trouvé ça plutôt agréable de se balader le long de canaux et de voir ces quartiers anciens mélangés avec les quartiers modernes. On s'est peut-être dit que certains endroits étaient un peu délabrés et que c'était pas très riche en termes de choses à visiter, mais rien de repoussant. Une nouvelle aventure pouvait commencer."
Solihull
Coup de bol, coup du sort ou hasard? La jeune fille au pair anglaise de Mirabelle, sa femme, avait habité elle aussi successivement à Manchester puis à Birmingham. "Quinze ans avant nous, elle avait tracé la même route. Elle habitait Solihull, c'est là qu'on s'est installé. On s'est dit que c'était le bon endroit, dans le même style que là où on habitait à Manchester. Beaucoup de personnes nous avaient recommandé le coin. C'était décrit comme le quartier sympa, pratique pour aller à l'aéroport, du bon coté pour être en 1h30 à Londres. Et puis, pour moi à 30 minutes du boulot, ça compte !"
Avant même de savoir que beaucoup d'expatriés, dont un certain nombre de Français, seraient leurs voisins; la famille se trouve une jolie maisonnette avec un jardin. Pour Paul-Edouard, même en venant simplement de la grande ville voisine, il fallait tout recommencer à zéro. "On n'avait pas réussi à avoir des contacts avant de venir, nos enfants étaient plus âgés, on a mis un peu de temps à rencontrer des gens."
Nord/sud ?
"En France, on dit parfois que les gens du nord sont plus chaleureux, plus accueillant. Peut-être que c'est la même chose ici ?" Pour Paul-Edouard, ce n'est pas forcément à cause de la ville en elle-même, mais le couple ne réussit pas vraiment à s'intégrer aussi bien qu'à Manchester. "On s'était fait des vrais potes anglais. Je pense tout de suite à 2 ou 3 familles qu'on gardera comme amis à vie. Mirabelle a de très bonnes copines qu'elle continue à voir. C'est moins vrai ici. On a vu moins d'Anglais et on s'est fait quelques amis français mais très peu. Je n'ai pas d'explication rationnelle, peut-être que ça s'est trop bien passé dans le nord !" ajoute-t-il en souriant.
Vie de célibataire
A son arrivée deux ans auparavant, le jeune cadre passe d'abord six mois tout seul dans la ville. "Je commençais mon nouveau boulot en janvier et ma femme et mes deux enfants ne sont venus me rejoindre qu'en été. Du coup, j'ai d'abord habité à l'hôtel sur Broad Street, une à deux nuits par semaine. Le reste du temps, je faisais les allers-retours à Manchester."
"J'ai trouvé cette expérience super enrichissante parce ce que le centre ville est très animé le soir. J'avais de grosses journées avec mon nouveau boulot mais j'étais content d'aller au pub ou au restaurant en sortant. Je me souviens surtout d'un indien qui venait d'ouvrir, qui était très trendy et chez qui je dinais parfois avec des collègues. Très sympa."
Multiculturalisme
Paul-Edouard en profite alors pour nous souligner la principale richesse de la ville. "Il y a énormément de communautés étrangères à Birmingham. C'est vrai aussi pour Manchester ou même pour beaucoup d'agglomérations anglaises mais ici les ratios sont plus importants. Surtout les Indiens et les Pakistanais. Toutes les nationalités sont présentes. Ils sont complètement intégrés. Je suis content par exemple de voir mes enfants à l'école avec autant de camarades différents d'eux."
Cette ouverture sur l'autre, les petits vont vite en avoir besoin. "On doit déménager en Arabie Saoudite dans peu de temps. J'ai presque envie de dire aux enfants : ?Venez on va se balader dans certains quartiers ici pour qu'ils voient à quoi ça va ressembler !' Les genres de commerces, les femmes voilées, ce que proposent les boutiques? Quand je vais de Solihull à mon boulot, je passe dans des rues où on peut vraiment se sentir dans un tout autre pays en fait."
Touristes
De ses deux ans passés dans les Midlands, Paul-Edouard retiendra surtout ses week-ends à la campagne autour de Birmingham. Dès son arrivée en Angleterre, la famille a adhéré au National Trust, l'association qui gère une grande partie du patrimoine britannique. "Il y a des supers visites à faire. Tout a été extrêmement bien sauvegardé. Comme ils n'ont jamais vraiment eu de guerre chez eux, c'est un pays très préservé avec beaucoup de châteaux, des manoirs? En plus, les Anglais sont très forts pour maintenir les traditions, traduire et illustrer ce qui se passait à l'époque."
Avec leurs enfants de 8 et 10 ans, le couple s'est attaché à faire découvrir tous les lieux culturels de la ville. "La muséographie et la pédagogie est de manière générale excellente ici. Nous avons été le week-end dernier au Black Country Museum. Bon, il vaut mieux le faire quand il y a un peu de soleil mais sinon c'était passionnant. C'est ça que je retiendrai de Birmingham, c'est une histoire industrielle unique au monde. C'était un peu fou de découvrir tout ça"
Rêve de cottage
A quelques semaines d'un nouveau déménagement, une certaine nostalgie envahit le grand timide. "Je suis un peu triste de quitter l'Angleterre, et ça comprend aussi Birmingham. Mon rêve, c'est de revenir un jour dans ce pays, et même de m'installer dans la vraie campagne anglaise. Les jardins sont toujours jolis, il y a toujours de belles balades à faire. J'aurais une traditionnelle ?english home', un pub à walking distance, et là je serai bien. J'aime la culture anglaise, les Anglais, leurs traditions?"
Mais le romantique est aussi un fin gourmet. "Attention, depuis mon cottage, il faudra que je puisse aussi rentrer en France ! Retrouver mon bon vin, mon bon fromage, le Cognac et la bonne bouffe en général. Il y a des choses qui manquent cruellement ici quand même. J'aime être à Noel avec ma famille. Il faut pouvoir faire les deux."
Un bon mélange
Fin du cours de tennis pour les enfants, ils reviennent vers le père en se disputant en anglais. "On essaye de les inscrire en scolarité britannique pour notre prochaine expatriation en Arabie Saoudite, c'est un très bon système, meilleur que le français ou l'international là-bas. Mais ça ne veut pas dire que nous nous détachons complètement de la culture française. J'aimerais qu'un jour ils passent leur bac français quand même. On a encore quelques années devant nous."
Les trois sportifs montent dans la voiture. La radio se met en route, des éclats de rires et des voix françaises? Paul-Edouard se retourne en souriant. "C'est les podcasts de Laurent Gerra et Canteloup. J'écoute ça tous les matins en allant au boulot. Génial hein ?"
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Présentation de l'auteure :
Oh rien de très original, j'ai suivi mon mari pour son travail. Après Sciences Po à Lille et un Mastère Médias à l'ESCP, j'ai travaillé à Public Sénat, LCI et France Bleu. En France, j'ai laissé mes piges, ma famille, mes amis? mais pas mon besoin d'interviews, de rencontres, de contacts avec les gens. Touchée et émue par mes compatriotes en manque de reconnaissance dans cette ville, j'ai décidé de les présenter pour les faire "un peu" exister. C'est ainsi qu'est né le projet "French in Brum" Retrouvez en intégralité mes entretiens sur le blog http://frenchinbrum.wordpress.com Pour quelques quelques photos insolites de la ville RDV aussi sur http://birmstreet.wordpress.com/ N'hésitez pas à me contacter, et bonne lecture à tous. |























