Édition internationale

ENTRETIEN – Laurent Burin des Roziers et Xavier Guérard, un duo culturel qui anime Londres

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

(BEST OF SPECIAL FETES) A l'occasion de l'arrivée de  Laurent Burin des Roziers nouveau directeur de l'Institut Français et Conseiller culturel de l'Ambassade de France, nous vous proposons d'y voir un peu plus clair sur la nature et les fonctions des institutions culturelles à l'étranger et de découvrir leur programme riche dans les domaines éducatif, artistiques, musicaux et culturels  

A gauche, Xavier Guérard et à droite Laurent Burin des Roziers [crédits photo: Justine Martin]

Lepetitjournal.com: Depuis trois semaines, vous occupez le poste de  Conseiller culturel de l'Ambassade française et Directeur de l'Institut français. Pourriez-vous nous parler de l'organisation de ces deux institutions et de leur mode de fonctionnement ?
Laurent Burin des Roziers : Mon champ d'activité couvre le domaine de compétence équivalant en France du ministère de la Culture et de la Communication et du ministère de l'Education nationale. Au Royaume-Uni, ces responsabilités s'exercent à travers différents instruments de l'Ambassade française, tels que le Service culturel et l'Institut Français du Royaume-Uni et de l'Ecosse ou à travers des partenaires français qui ont leur propre autonomie, comme la Maison d'Oxford, Institut français de recherche à l'étranger. Le fonctionnement de l'Alliance française est encore différent puisque c'est une institution britannique de droit local dirigée par un conseil d'administration également britannique qui est reliée avec le ministère des Affaires étrangères qui met à sa disposition un directeur et des moyens dans le cadre d'une convention. 

Une fusion est-elle envisagée entre l'Alliance Française et l'Institut Français?
Il n'est pas question d'une fusion entre les Alliances et l'Institut français mais d'un renforcement de la coopération ainsi que de la mise en commun d'un réseau. Il s'agit de mieux coordonner l'activité des Alliances et des services culturels. Il n'est pas question de fusionner les alliances avec le reste car elles doivent rester des institutions très locales.

Vous avez suivi pendant 5 ans les saisons étrangères en France puis vous avez occupé le poste de Commissaire général de la Saison culturelle européenne. Avez-vous été attiré par le caractère cosmopolite de la capitale britannique qui réunit en son sein de multiples communautés ?
Oui, entre autres. Londres constitue une grande ville de culture depuis toujours ; c'est une grande métropole cosmopolite dans laquelle la France occupe une place privilégiée avec une communauté française très importante.  On a également une très bonne coopération avec d'autres instituts culturels de différents pays européens à travers le réseau Unique. Par exemple, l'accueil du cinéma espagnol à l'Institut Français illustre cette démarche très européenne.

Quel rôle la France peut-elle jouer dans la politique culturelle européenne ?
Dans l'histoire, la culture arrive tardivement dans l'Union européenne avec le traité de Maastricht [ndl, signé en 1992, le traité de Maastricht évoque dans l'article 151 les politiques et actions culturelles de l'UE sur une base juridique, et souligne dans l'article 167 que "l'Union contribue à l'épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l'héritage culturel commun"]. Avant ce traité, il n'existait pas d'article définissant la culture comme un sujet d'intérêt commun. La France a donc joué un rôle pionnier en termes de projet d'initiative. Elle étend un réseau qui n'est comparable qu'à celui du Goethe et du British Council [les deux instituts chargés respectivement de la promotion de la culture germanophone et anglophone]. A Londres, un éventail de cultures très large est représenté. Au-delà de la capitale britannique, la France a la chance d'être présente dans les 27 pays européens dans plusieurs villes. Elle possède un réseau exceptionnellement dense qui lui permet de jouer un rôle de passeur et de relai particulièrement efficace entre les pays européens.

Le service culturel à Londres a t-il plus de travail que dans les autres capitales européennes, notamment avec la présence de la plus grosse communauté d'expats ?
La communauté française est utile car les gens qui ont réussi dans les affaires contribuent au rayonnement culturel français à travers le financement de l'art. De nombreux projets sont soutenus par cette communauté. Cependant le service culturel français de Londres s'adresse d'abord aux Britanniques et au public multiculturel de Londres. Il y a donc beaucoup de travail car Londres constitue une caisse de résonnance incroyable pour la musique, l'art, l'architecture et les musées. Par conséquent, si la France veut rester un foyer de création dans le domaine culturel et universitaire, elle se doit de travailler avec les institutions britanniques.

Le Royaume-Uni a t-il un réseau culturel comparable ?
Le British Council [l'institution gouvernementale britannique promouvant la langue et la culture anglaise dans le monde possède des affiliations dans 110 pays] est très développé dans le monde et son réseau est comparable à celui de la France. Nous réféchissons actuellement avec le directeur du British Council, Martin Davindson, à des échanges bilatéraux et à des actions dans le reste du monde.

Quels sont vos projets culturels à Londres ?
La majorité des projets culturels et éducatifs sont montés sur le long terme, depuis des mois ou des années.  Avant d'en formuler d'autres, le plus important est de consolider ces projets en court. Cette année, on est en plein dans la phase de célébration du centenaire de l'institut. A cette occasion, de nombreux évènements seront organisés, avec beaucoup de conférences, de venues d'écrivains etc? Par ailleurs, deux projets structurels sont en court de lancement concernant la musique contemporaine et l'art contemporain. Ces projets sont cofinancés par des Britanniques et des Français, par des partenaires publics et privés, pour renforcer les liens entre les deux pays et promouvoir de jeunes artistes et compositeurs. 
Dans le domaine éducatif un gros projet important pour la communauté française va voir le jour à la rentrée 2011. Le Lycée Charles De Gaulles étant victime de son succès, nous avons mis en place un partenariat pour créer un nouveau collège français dans le nord de Londres, effectif au 1er septembre prochain. Enfin, le projet culturethèque répond également au besoin de décentraliser la promotion de la culture française à Londres en l'élargissant au-delà du cercle restreint de South Kensington. L'institut Français possède une très belle et très riche bibliothèque mais tout le monde ne peut pas y accéder. Ainsi, la mise de ressources en ligne pour les francophones du Royaume-Uni permet pour l'instant gratuitement de lire et de regarder des films en français. Culturethèque pourrait  se développer considérablement dans les prochains mois en ajoutant diverses ressources piochées dans d'autres bibliothèques et des musées de France.

L'Etat français porte-t-il assez d'attention au service culturel à l'étranger ?
Une grande réforme est en cours avec une loi qui est passée en France l'été dernier sur la création de l'Institut Français général qui alimentera, coordonnera et donnera des moyens aux Instituts français de l'étranger. Cela est une très bonne chose, qui marque l'intérêt de l'Etat pour le développement de la culture.

Lepetitjournal.com : Xavier Guérard, vous êtes directeur adjoint de l'Institut Français et attaché audiovisuel. Pourriez-vous nous présenter le centre culturel de l'Institut Français et sa programmation ?
Xavier Guérard :
C'est un lieu divisé entre une partie éducation avec le Centre de Langue et une partie culture à l'Institut Français. C'est un lieu public, convivial et utile mettant en valeur les activités culturelles de la France. Au premier étage on trouve une médiathèque avec des livres, des DVD français sous titrés anglais, des centaines de disques classiques, pop, variété etc. On peut également y trouver des ouvrages de documentation sur la France en anglais. Environ 3.000 Londoniens y sont actuellement inscrits. Le projet Culturthèque, plateforme avec des livres, de la musique et des films français, permet l'accès à la culture française partout en Angleterre via Internet.
La salle de cinéma, particularité de cet Institut, accueille chaque année 250 films choisis parmi la production de cinéma d'art et d'essai française, britannique et internationale. Cet Institut est un lieu public ouvert à tous, aux Français comme aux Britanniques qui peuvent également accéder aux projections moyennant 5 livres pour les séances du lundi. Le café restaurant du rez-de-chaussée Le Bistrot constitue un lieu de convivial et chic où l'on peut grignoter avant ou après une séance.
Enfin, l'Institut organise de nombreuses activités diverses et variées. On peut assister pour quelques Livres à des talks où s'expriment des écrivains renommés tels qu'Emmanuel Carrère qui est invité à parler de son Roman russe le mercredi 29 septembre. Le scénariste, homme politique et écrivain Jorge Semprun prendra quant à lui la parole le 6 octobre prochain. Des café philo ont lieu tous les samedis et des cours d'oenologie ou wine testing sont pratiqués une semaine sur deux le lundi. Toutes ces activités s'adressent à un large public dans la langue du pays.

Propos recueillis par Justine Martin (www.lepetitjournal.com/londres) lundi 27 septembre 2010

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Publié le 21 décembre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
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