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Alexandre Holroyd, premier bilan après cinq mois de mandat

Par Lepetitjournal Londres | Publié le 04/12/2017 à 14:29 | Mis à jour le 05/12/2017 à 12:35
Photo : Très présent dans la circonscription, le député peut compter sur l’aide de ses collaborateurs, Mickaël Levy, Margot Provot, Salvatore Berger et sa suppléante Laure Philippon Maillard,pour traiter une cinquantaine de questions chaque jour.
Très présent dans la circonscription, le député peut compter sur l’aide de ses collaborateurs, Mickaël Levy, Margot Provot, Salvatore Berger et sa suppléante Laure Philippon Maillard,pour traiter une cinquantaine de questions chaque jour.

Que se passe-t-il dans votre tête à l’annonce des résultats du second tour ? 
Déjà, ce n’est pas une victoire individuelle, mais collective. Nous nous sommes battus avec En Marche pendant des mois. Le résultat de la présidentielle a été fabuleux et puis, dans la continuité, il y a eu les législatives, moment fort pour moi évidemment. Ce n’est pas le soir même que l’on prend vraiment la mesure des choses, mais plutôt lorsqu’on rentre au Palais Bourbon. En son temps, Tony Blair a très bien exprimé ce sentiment : «Tu sens la main de l’Histoire sur ton épaule». Pour moi, c’est à plus petite échelle évidemment, mais la responsabilité de tout ce que nous nous sommes engagés à faire pendant la campagne est bien là. 


On dit que vous avez pris le premier Eurostar pour Paris dès le lendemain matin ?

J’étais porté par la dynamique du moment. Je suis parti à 5h30 le lundi pour Paris. J’aurais pu partir le mardi ou le mercredi, c’était juste un peu de zèle de ma part (sourire), mais mon souhait était d’avoir le plus de temps possible pour prendre mes repères, une semaine avant mon entrée en fonction officielle. 


J’imagine ensuite que tout s’enchaîne 
très vite...

Effectivement, beaucoup de choses pratiques s’imposent immédiatement à vous, comme recruter des collaborateurs. Trois personnes travaillent avec moi aujourd’hui. Puis l’Assemblée se structure. Il faut élire le président, le vice-président, les présidents de groupes, de commissions... avec la volonté d’aller vite pour réformer le pays, de mettre en place notre programme et surtout de tenir nos engagements. Il y a déjà du concret avec les lois portant sur le rétablissement de la confiance dans la vie politique, la suppression de l’indemnité représentative de frais de mandat des parlementaires, des mesures contre les confits d’intérêts... De réelles avancées votées les deux premiers mois. Il en va de même pour la réforme du Code du travail. 

Alexandre Holroyd dans l'assemblée nationale


Depuis juin, vous n’avez donc pas trop eu
 le temps de vous ennuyer ?

Pas une seconde. D’autant plus que j’ai intégré la commission des Finances mais aussi celle des Affaires européennes. Travailler à la commission des finances est passionnant. Il s’agit de co-construire, avec le gouvernement, un budget, de mettre en place une vraie structure financière, l’architecture de notre programme. Le 21 novembre, nous avons adopté en première lecture notre budget pour 2018, qui met en place le nouveau prélèvement forfaitaire unique ou flat tax (prélèvement applicable aux revenus de l’épargne devant notamment améliorer la lisibilité de la fiscalité, ndlr). Un moment historique. Nous sommes le premier pays de l’Europe de l’Ouest à mettre cela en place. Via le rapport spécial que j’ai co-rédigé, je travaille aussi sur le diagnostic et le contrôle des dépenses de l’Etat avec une analyse précise du budget consacrée à certains de nos prestataires, comme la Banque de France. Mon rapport aura son importance. Nous nous sommes engagés à faire baisser les dépenses publiques sans réduire l’accès aux services publics. L’idée est d’indiquer où faire des économies, et de dire a contrario où il faut plus d’argent. 


Parlez-nous de votre investissement au sein 
de la commission des Affaires européennes... 
Comme je l’ai dit pendant la campagne, l’Europe est une partie essentielle de mon engagement. Cela me fascine et c’est aussi un sujet essentiel aux yeux du Président de la République. Je voulais absolument apporter ma contribution, participer au débat. Les commissions des Affaires européennes et des Finances constituent le cœur de mon travail parlementaire et les deux sujets sont souvent étroitement liés. Le 23 octobre, j’ai d’ailleurs présenté dans l’hémicycle, le prélèvement sur recette : la contribution française annuelle au budget européen. La sortie du Royaume-Uni de l’UE va tout remettre à plat. Ce pays est le deuxième contributeur net (15 milliards) au budget de l’UE. Il faut tout redessiner à l’horizon 2020, quand le prochain budget pluriannuel sera développé. Comment on collecte, comment on dépense...? On touche le cœur de l’avenir du projet européen. 


Avec cette charge de travail importante, avez-vous le temps de revenir dans la circonscription ?

Je reviens à Londres par exemple chaque semaine. Cela me permet de rester connecté au monde extérieur. C’est ici que j’ai grandi et c’est d’ailleurs un peu émouvant de réaliser cet entretien à l’Institut Français, le lieu où j’ai passé une partie de mon enfance à découvrir notre littérature et notre cinéma. Ma responsabilité en qualité de député est aussi d’expliquer ce qu’on est en train de faire en France, à différents publics, investisseurs, entrepreneurs, citoyens... Il est important que chacun comprenne les transformations en cours et que la France est le pays où l’on peut revenir investir. C’est la clé de voûte de notre réforme, faire en sorte que les gens ré-investissent dans l’économie française, qu’ils créent de l’emploi... Je veux souligner l’importance du travail de pédagogie qui manque depuis des années. Après, je m’étais engagé à créer des groupes de travail spécifiques sur certains sujets, le Brexit, la transition écologique... Ce sera chose faite au premier semestre 2018. Beaucoup de gens me demandent comment contribuer. Mon rôle est de fédérer ces énergies, de faire en sorte que ces personnes aient un cadre dans lequel travailler, et de faire remonter ensuite ces idées à l’Assemblée. 


Quelles sont les problématiques auxquelles vous êtes confronté, au Royaume-Uni, 
ou ailleurs ?

La scolarité des enfants des Français de l’étranger m’occupe beaucoup en ce moment. Les questions consulaires également : faciliter les démarches pour avoir un passeport, réformer le vote des Français de l’étranger. Sur ce dernier point, nous collaborons avec Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du numérique et avec Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur. Il est aussi question de la double imposition avec le Danemark. Depuis 2009, c’est l’un des rares pays avec qui nous n’avons plus de convention fiscale bilatérale. C’est très embêtant pour les entreprises de l’Hexagone qui veulent investir là-bas et vice et versa, et aussi pour les employés de ces sociétés. Je suis en relation avec le ministre des Finances, avec l’Ambassade, mes homologues danois pour faire avancer les choses et corriger cette anomalie. Mais le processus est long et technique. Quand on dit que la politique n’impacte pas du tout la vie des gens, je peux vraiment prouver le contraire. Ainsi, les mariages homosexuels prononcés sur le sol anglais depuis mars 2014 n’ont par exemple pas d’équivalence en France. L’état-civil ne permet pas la traduction de ce statut en mariage français. Cela pose un vrai problème pour une trentaine de couples. Nous collaborons avec la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, pour essayer de trouver un amendement ou un véhicule législatif permettant de résoudre ce problème. 

Commémorations du 11 novembre 2017. Alexandre Holroyd en compagnie du sénateur Olivier Cadic et d'élus consulaires.
Commémorations du 11 novembre 2017. Alexandre Holroyd en compagnie du sénateur Olivier Cadic et d'élus consulaires. 


Et de nombreuses questions au sujet du Brexit ? 
Oui, et souvent de la part de Français qui envisagent un retour dans l’Hexagone. L’angoisse née du Brexit existe, bien plus marquée chez les expatriés présents sur le sol britannique depuis longtemps, notamment pour celles et ceux dont les enfants sont nés ici ou dont le conjoint est parfois Anglais. L’émotion est vive. Mon rôle est bien évidemment d’apporter des réponses, mais aussi de relayer ces angoisses aux responsables politiques de notre pays. J’ai notamment échangé en juillet avec Michel Barnier, le négociateur en chef de l’Union européenne. Comme avec Philippe Etienne, conseiller diplomatique et Clément Beaune, conseiller Europe du Président. Mon rôle est de rappeler en permanence qu’il y a une communauté préoccupée par des sujets très concrets. Le droit à la retraite est souvent évoqué, mais j’ai aussi des questions plus complexes comme ces parents dont la fille est handicapée. Ils disposent d’aides au Royaume-Uni, qu’en sera-t-il lors de leur retour en France ? 


Le Brexit n’est-il pas une opportunité de ressouder les liens entre pays européens ?

Je ne vois pas les choses comme cela. Il ne faut jamais compter sur un effet exogène pour avancer. C’est une erreur de logique fondamentale que de dire qu’un événement extérieur à notre contrôle va générer la capacité en nous de développer un projet. L’effet salvateur ce n’est pas le Brexit, mais plutôt les défis que nous avons à relever au niveau européen. Je suis un europhile convaincu, mais il faut être critique. Aujourd’hui, il y a une vraie distance entre les institutions et les citoyens qu’il faut combler. Le sentiment de représentativité n’est pas assez fort. C’est pour cette raison que nous lançons des conventions démocratiques dans tous les pays de la zone euro. L’idée est de récolter des milliers de contributions pour arriver au cœur de ce que des gens attendent de l’Europe. A mon sens, nous n’avons pas encore la conception exacte de ce que les citoyens espèrent. A une époque nous le savions, c’était la paix. Aujourd’hui, les réponses sont différentes, des pays veulent être plus protégés, d’autres plus libres, notamment au niveau économique. C’est d’ailleurs le paradoxe éternel entre la France et l’Angleterre. Face à ces divergences et l’absence de cap européen, Emmanuel Macron affirme une vraie vision. 

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