Édition internationale

La “special relationship” entre le Royaume-Uni et les États-Unis se fissure-t-elle ?

Entre divergences sur l’Iran et recomposition des équilibres occidentaux, le déplacement britannique du Roi Charles III à Washington marque un moment de clarification. Derrière les gestes et les discours convenus, Londres semble redéfinir sa relation avec les États-Unis. Une évolution qui interroge la réalité de la “special relationship”, puisque comme le Roi le souligne : “sans nous, vous parleriez français”.

Le déplacement britannique du Roi Charles III à Washington !Le déplacement britannique du Roi Charles III à Washington !
Le déplacement britannique du Roi Charles III à Washington en image.
Écrit par Ewan Petris
Publié le 6 mai 2026

Ces derniers jours ont été cruciaux dans l’équilibre des relations transatlantiques. Le climax de cet enjeu réside dans la visite, placée sous haute tension, du Roi Charles III à Washington. Nous le savons, le président américain Donald Trump noue une relation… conflictuelle avec Keir Starmer, Premier ministre britannique. Tel un dernier rempart, le souverain britannique a tenu à rencontrer le chef d’État américain, qui dit “admirer la monarchie britannique”. Ainsi, le roi Charles III est le dernier interlocuteur, avant une cassure définitive, des relations de la Special Relationship.

 

Officiellement, le message est clair : réaffirmer la solidité de la relation transatlantique. Cette visite intervient au cœur des divergences autour de la crise iranienne et, plus largement, de la stratégie occidentale au Proche-Orient. Washington reproche à Londres une position trop “prudente” et le président américain a multiplié les critiques publiques : “Malheureusement, Keir n’est pas Winston Churchill.” La rupture dépasse donc largement le cadre rhétorique.

 

Les relations britanniques/américaines au point mort

 

Deux séquences, en apparence anecdotiques, permettent en réalité d’entrer dans le cœur du message politique de cette visite. Lors du dîner d’État, Charles III s’est permis une pique restée très commentée : en réponse à une remarque de Donald Trump sur le rôle des États-Unis dans l’histoire européenne, il glisse que, sans les Britanniques, les Américains “parleraient français”

 

“Sans nous, vous parleriez français” : Charles III recadre avec humour Donald Trump

 

Autrement dit, le Roi rappelle que Londres n’est pas un partenaire secondaire, mais un coarchitecte historique de l’ordre occidental. Un symbole qui trouve un prolongement dans le déplacement du souverain au cœur d’un cimetière militaire américain, point d’orgue de la visite. 

 

Le roi Charles se rend dans un cimetière militaire américain au dernier jour de sa visite d'Etat

 

La fin de l’alignement automatique

 

Pour décrypter le message, Kristian Coates Ulrichsen, chercheur spécialisé dans le Moyen-Orient à l’Institut Baker et codirecteur de la Table ronde sur l’énergie au Moyen-Orient, utilise un levier différent : “L'influence du Royaume-Uni est aujourd’hui celle d'une puissance moyenne, même s'il est membre du Conseil de sécurité de l'ONU et co-rédacteur de résolutions sur des questions telles que le Yémen.”

 

Il ajoute, en parallèle de la gestion américaine : “Collaborer avec les États-Unis représente actuellement un défi pour n'importe quel pays, et le Royaume-Uni ne fait pas exception, même dans des cas comme la guerre avec l'Iran, où le Royaume-Uni a apporté un certain soutien aux opérations militaires américaines”

 

L’un des éléments importants est le refus britannique de s’engager dans une logique militaire ultra-offensive aux côtés des États-Unis. Historiquement, le Royaume-Uni a souvent fait le choix de l’alignement, y compris au prix de coûts politiques et militaires élevés. Keir Starmer rompt avec cette tradition, en privilégiant la désescalade et en refusant toute implication directe dans une opération militaire contre l’Iran. Le chercheur insiste sur ce point : la retenue britannique “relève d’un choix rationnel, inscrit dans l’intérêt national.”

 

Le roi comme instrument diplomatique

 

Comme le souligne Kristian Coates Ulrichsen, le Royaume-Uni “s'inscrit désormais dans une logique de puissance moyenne”, contrainte de privilégier le temps long et la stabilisation plutôt que l’influence directe. Ce recours à la monarchie révèle cependant une limite. Lorsque les leviers gouvernementaux peinent à peser sur les États-Unis, c’est l’institution la plus symbolique de l’État qui redevient le facteur principal d'influence. 

 

Le roi charles 3 et Donald Trump

 

Entre opération de charme et cache-misère

 

Les tabloïds britanniques illustrent cette tension entre apparence et réalité. D’un côté, certains mettent en avant l’ “opération de séduction”, insistant sur la capacité du roi à recréer un lien personnel avec Washington, en misant sur le charisme et la symbolique. De l’autre, des médias plus critiques soulignent le caractère superficiel de cette mise en scène, suggérant que la visite ne résout en rien les désaccords structurels.

 

La “special relationship” est aujourd’hui moins forte selon le chercheur, qui soutient : “les crises actuelles ouvrent un espace pour un rapprochement avec l’Union européenne.” Cette hypothèse, traduit une réalité stratégique : isolé de l’UE et distancié des États-Unis, le Royaume-Uni doit redéfinir ses ancrages. Le déplacement de Charles III peut ainsi être lu comme un geste à double destination. S’il vise à maintenir le lien avec Washington, il envoie aussi un signal indirect aux partenaires européens : celui d’un Royaume-Uni prêt à réinvestir des logiques de coopération plus étroites.

 

De la puissance d’influence à la puissance d’équilibre

 

Le constat dressé par Kristian Coates Ulrichsen est sans appel : le Royaume-Uni est devenu, et ce depuis longtemps, “un acteur secondaire, au Moyen-Orient - notamment vis-à-vis des États-Unis.”

 

Finalement, le déplacement de Charles III ne doit pas être interprété comme une démonstration de puissance, mais plutôt comme un exercice de gestion ! Comme si le Royaume-Uni acceptait d’être mis au second plan, en refusant de totalement disparaître du jeu…

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