Édition internationale

LONG HORSE RIDE – De Chine en Angleterre à cheval

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 novembre 2012

A 63 ans, Megan Lewis a accompli ce que personne n'avait réalisé avant elle : galoper d'un bout à l'autre de la muraille de Chine puis trotter des confins de l'Asie jusqu'à Londres. Rencontre avec cette cavalière sans frontière

(Crédit : Elodie LLanusa)(Leg : Megan et Zorbee 3)

Megan nous accueille dans les écuries de Mount Mascal, à Bexley. D'un pas assuré, elle saute au bas de son camion et nous entraine vers le pré où deux chevaux savourent l'herbe de leur repos. Megan est mince, presque fragile, et derrière le sourire de celle qui a accompli un rêve, se lit la fatigue. Il faut dire qu'elle vient d'achever 3 mois de chevauchée depuis la Hongrie jusqu'à Londres. Mais l'histoire ne commence pas là.

Megan, originaire du Pays de Galles passe la meilleure partie de son enfance en Malaisie qu'elle quittera définitivement à 12 ans pour venir à Londres. Le virus du voyage s'est distillé dans ses veines, elle rêve de l'Asie et de périples dans ses contrées. Durant son adolescence, elle sent qu'elle ne "peut pas", que "c'est trop tôt et trop dangereux d'aller là-bas". A défaut, elle se lance dans l'enseignement de la géographie puis retourne dans le Pays de Galles pour élever des animaux dans une ferme, notamment des poneys. L'équitation est une passion depuis ses 11 ans. Le voyage de ses rêves se réalisera finalement bien des années plus tard, à sa retraite. Elle le mènera de bout en bout presque seule, financé par ses propres moyens. Hoof, une organisation qui tend à promouvoir l'équitation en Grande-Bretagne lui viendra en aide vers la fin et tentera de lui décrocher une reconnaissance du Comité d'organisation des Jeux Olympiques (LOCOG).

(Crédit : Megan Lewis)(Leg : Oasis du désert de Gobi)

Départ de Chine

Inspirée par les Jeux Olympiques, et décidée à accomplir un grand voyage en Asie centrale, elle se fixe comme objectif de créer un trait d'union ? à cheval ? entre les deux villes hôtes des JO. Son projet ambitieux démarre donc à la fin des Jeux d'été de Beijing, en octobre 2008. Elle a récupéré auprès du comité un "drapeau de meilleurs v?ux", qu'elle transportera de Chine jusqu'à Greenwich. Les débuts ne sont pas faciles, puisqu'une chute assez grave l'immobilise pendant 3 mois, et ce après seulement un mois de chevauchée en Chine. Megan a alors tout juste eu le temps de parcourir la Grande Muraille de son extrémité sud jusqu'à celle du nord. Une première, pour quelqu'un à cheval, et "des images inoubliables". Au printemps 2009, elle revient en Chine et par chance, obtient un partenariat avec l'organisation équestre chinoise qui lui donne 3 chevaux et deux aides. L'un d'eux, Peng, a tenu à accompagner Megan jusqu'à la fin. La Chine reflète pour Megan le meilleur de son épopée. A 18 ans, son père lui offre Le désert de Gobi, écrit par Mildred Cable et Francesca French, deux missionnaires britanniques. Elles y décrivent la "route de la soie", notamment celle empruntée au travers de la province de Xinjiang. Le livre est accompagné d'une carte détaillée de leur parcours, sur laquelle Megan s'appuiera cette fois pour organiser son voyage et non seulement le rêver. Sur place, notre cavalière note que beaucoup de choses ont changé comme les routes et les oasis mais certaines merveilles naturelles demeurent. C'est le cas des gorges près des montagnes Tangertag, un vrai dédale de roches blanches surgissant du sol. C'est le souvenir le plus "marquant" de Megan. Après deux fois 3 mois de balades (une pause de trois mois était nécessaire pour renouveler les visas), Megan atteint la frontière chinoise au printemps 2010.

(Crédit : Megan Lewis)

No man's land

Avant de quitter la Chine, Megan a dû rendre les chevaux prêtés car "aucun cheval chinois ne doit quitter la Chine". Elle entame la traversée du Kazakhstan dès octobre 2010 avec un nouveau cheval acheté sur place, zorbee 2, qu'elle conservera pendant toute sa chevauchée dans les steppes désolées des Kazakhs. Sa cousine, Rowena Gullend, la rejoint et achète deux chevaux : Petit et Grand Bolichak (le premier s'étant révélé malade) pour faire une partie du trajet avec elle. La nourriture est mauvaise pour les chevaux, les conditions météo difficiles. Peng doit suivre en camion afin de transporter des réserves alimentaires. Au printemps 2011, Megan atteindra le fleuve Oural, frontière entre le Kazaksthan et la Russie et doit à nouveau stopper là son voyage pour renouveler ses visas. Pendant son absence, elle apprend que son fidèle destrier, zorbee 2, est décédé des suites d'une maladie. La nouvelle est un choc, mais elle n'empêchera pas Megan de poursuivre son but. Elle utilise les Bolichaks pour passer en Russie puis en Ukraine. L'hiver est sur le point d'arriver. Le froid s'installe peu à peu. Et les problèmes aussi. Alors qu'elle vient de passer en Hongrie, elle apprend que les papiers des chevaux sont refusés par les autorités de l'Union Européenne. Elle tente donc de se replier en Ukraine, le temps de refaire les démarches nécessaires. Mais le pays lui coupe la route. Megan se retrouve alors coincée pendant 3 semaines dans un No man's land entre les deux pays. Par chance, la frontière hongroise est équipée de logements pour elle comme pour les chevaux. A force d'allers-retours, Megan réussit à trouver une ferme en Ukraine et un laisser passer. Malheureusement, le grand Bolichak aura un accident sur la glace pendant son absence et mourra là-bas alors qu'elle est au Pays de Galles pour Noël. "Une mort suspecte" selon elle, mais que faire ? Pour couronner le tout, le Locog fait la sourde oreille à ses demandes de reconnaissance.

(Crédit : Elodie LLanusa)(Leg : Petit Bolichak)

La dernière ligne droite

En mars 2012, Megan peut enfin entrer dans l'Union Européenne, mais Petit Bolichak doit entrer en quarantaine pendant un mois, une mesure obligatoire. Megan décide de continuer le chemin avec un Shagyan gris, Zorbee 3, qu'elle vient d'acquérir. Il la portera de Hongrie jusqu'à Londres et passe tranquillement à côté de nous pendant l'entretien. "Il est en bonne santé, meilleure qu'à son acquisition", confie Megan, toujours choquée par la perte des deux chevaux. Avec lui, elle passe en Autriche, en Allemagne, rejoint la France et s'arrête à Dieppe. Là, elle laisse Zorbee 3 ,le temps de récupérer en camion Petit Bolichak. Une fois réunis, ils traverseront ensemble la Manche ? Peng y compris, et remonteront l'Angleterre vers Londres. Son périple a pris fin dimanche, quand Megan a pu remettre le drapeau des JO chinois aux Counselors de Greenwich qui la recevaient aux Royal Artillery Barracks. Megan touche enfin son but.

Elle a trouvé la force de surmonter les épreuves, dans la neige ou le sable, l'herbe ou la pierre, de camper dans le froid ou chevaucher au soleil, grâce au second but qu'elle avait fixée à son entreprise : lever des fonds pour The Challenge Aid, une ?uvre de charité qui aide les enfants en difficultés à travers le sport et l'exercice. Elle tient à préciser "que tous les dons sont utilisés pour les enfants, les frais administratifs étant gérés via un moyen indépendant". Quand on lui demande comment elle a pu tenir physiquement, elle hausse vaguement les épaules et répond qu'elle était "habituée à l'endurance" équestre et qu'elle s'était "équipée de matériel performant et confortable". Jusqu'au bout de l'exploit, elle reste humble.

Megan retourne cette semaine auprès des siens au Pays de Galles mettre au vert Zorbee 3 et Petit Bolichak dans sa ferme galloise. Pour elle aussi, le repos sera bien mérité.

Elodie LLanusa (www.lepetitjournal.com/londres) mardi 24 juillet 2012

En savoir plus :

Le blog de Megan

Challenge Aid

Hoof

lepetitjournal.com londres
Publié le 24 juillet 2012, mis à jour le 20 novembre 2012
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