Édition internationale

LE THÉ AU ROYAUME-UNI - Des implications politiques majeures (2/3)

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

 

Le thé, le plus souvent dégusté en sachet au Royaume-Uni et machinalement jeté au fond d'une tasse, a fait l'objet au cours des siècles d'une concurrence acharnée entre puissances européennes et de tractations les plus invraisemblables. Eclairage sur les implications économiques et politiques qui ont marqué son histoire

(© Corbis)

Au 17ème et 18ème siècle, le thé devient l'enjeu d'une compétition féroce entre les Britanniques et les Hollandais. Au début du 17ème siècle, les Pays-Bas ont la mainmise sur le négoce des produits rares en provenance de l'Orient. Cette suprématie est rapidement remise en cause par les Anglais qui fondent en 1600 la Compagnie anglaise des Indes orientales (British East India Company), puissante entreprise qui se targue du monopole du commerce du thé jusqu'en 1834.

Thé contre opium

En 1638, le Japon ferme ses portes à l'Occident pour plus de deux siècles. La Chine devient la principale source d'approvisionnement en thé. Au début du 18ème siècle, la Compagnie anglaise des Indes Orientales établit un comptoir à Canton, en Chine, pour échanger du thé contre de l'argent. Cependant, un décret de la dynastie Quing déclarant illégal l'échange des biens d'exportation contre autre chose que de l'argent, crée pour la Compagnie un déficit commercial. Un système triangulaire tout à son avantage est alors imaginé. Transformant en opium le pavot produit dans ses colonies indiennes, la Compagnie échange celui-ci contre du thé en Chine, qui sera, à son tour, vendu sur le marché européen. La Chine tente rapidement de s'opposer à l'importation de l'opium. Dès 1729, l'Empereur Yongzheng promulgue l'interdiction du trafic d'opium. En 1839, alors que plus de deux millions de Chinois sont des consommateurs réguliers d'opium indien, la Chine légifère que toute importation d'opium sera punissable de la peine de mort et demande officiellement à la Reine Victoria de cesser le commerce de l'opium.

(© Beau Lark/Corbis)

Première et seconde guerre de l'opium

En juin 1839, les autorités chinoises détruisent 200 000 caisses d'opium. L'Angleterre répond par le bombardement des ports et vaisseaux chinois, événements passés à la postérité sous le nom de première guerre de l'opium (1839-1842). C'est notamment suite au traité de Nankin en 1842, que Hong Kong sera cédé aux Britanniques. Suite à une seconde guerre de l'opium (1856-1860), la Chine se plie aux volontés des nations anglaises et françaises : le traité de Tientsin légalise, entre autre, l'importation d'opium en Chine. Dès lors, le commerce reprend largement en faveur de l'Angleterre et le thé continue sa route vers l'Occident. Ironiquement, c'est suite à la naissance de la production massive de l'opium en Chine, que le Royaume-Uni devra à son tour lutter contre le fléau de la drogue.

Amérique : la Boston tea party

De l'autre côté du globe, le thé eut lui aussi quelques implications politiques majeures. Au début du 18ème siècle, le thé arrive en Amérique du Nord et devient une boisson populaire. A New York et Boston notamment, des salons de thé voient le jour, sur le modèle des tea-houses londoniennes. Quand l'Empire britannique et la toute puissante Compagnie Orientale des Indes décident de lourdement taxer les cargaisons de thé destinées à ses colonies nord-américaines, les colons décident de boycotter le produit, aux conditions de vente exorbitantes, et empêchent les navires de décharger leurs biens. L'événement le plus connu, baptisé la Boston Tea Party, a lieu le 16 décembre 1773. Des colons américains déguisés en Indiens  jettent dans l'eau du port de Boston, 342 caisses de thé de trois navires anglais, le Dartsmouth, l'Eleanor et le Beever. En représailles, le roi George III décide de fermer le port de Boston en attendant que toute la marchandise soit remboursée. Cette rébellion, symptôme du malaise entre la couronne britannique et ses 13 colonies, préfigure la Guerre d'indépendance des Etats-Unis.

Nadège Druzkowski (www.lepetitjournal.com/londres) Mardi 12 juin 2012

La série sur le thé :

LE THÉ AU ROYAUME-UNI - Une histoire de longue date (1/3)
Qu'il s'agisse d'une rapide cuppa (cup of tea) ou du cérémoniel five o'clock tea, le thé semble inscrit dans les gènes des Britanniques. Selon une étude commandée par Cravendale Milk en 2011, ils en  consomment plus de 165 millions de tasses chaque jour, soit 60.2 milliards par an. Cette boisson aujourd'hui si populaire est née d'une longue histoire aux péripéties parfois surprenantes

Retrouvez les traditions culinaires britanniques :

SANDWICH - Des origines aristocratiques à nos jours
Jambon-beurre, crudités-fromage, BLT... Les sandwiches font aujourd'hui partie de notre quotidien. C'est probablement l'un des casse-croûtes les plus populaires lors de la pause-déjeuner : pratique, il permet de se restaurer rapidement et n'a pas besoin d'être réchauffé. Savez-vous pourtant que cette spécialité alimentaire tire son nom d'un aristocrate et homme politique anglais du 18ème siècle?

LE PLOUGHMAN'S LUNCH - Un en-cas typiquement British
Le ploughman's lunch, ou déjeuner du laboureur, est un incontournable de la carte des pubs anglais. Mais que se cache-t-il derrière ce plat simple et rustique aux consonances d'antan ?

ICE CREAM VAN - Tradition glacée des Anglais
(BEST OF DE L'ETE) Un petit tintement cristallin que l'on entend au loin, des rires et des cris d'enfants courant... ça y est, le camion de glace est arrivé! Alors que le soleil et la chaleur propagent leurs bienfaits chez les Anglais, la crème glacée devient un besoin vital

LE CHUTNEY - Les Indes à la table des Anglais
Une sorte de marmelade sucrée ? Le chutney, qui trône immanquablement dans les rayons des supermarchés anglais est bien plus que cela. Originaire des Indes, il est aujourd'hui devenu un incontournable de la cuisine britannique. Explications

DRINKS ? Sherry chéri
Les Anglais ne penchent pas que pour le Pimm's ou les bières brunes. Le sherry garde une place particulière dans leur c?ur, symbole de célébrations familiales. Laissé de côté ces deux dernières décennies pour des boissons plus fortes et les vins du nouveau monde, il revient en force auprès des gourmets

CRACKERS AND CHEESE - Le plateau de fromage à l'anglaise
Le Royaume-Uni s'enorgueillit non pas de 246 variétés de fromages selon le mot du général de Gaulle à propos de l'impossibilité de gouverner un pays avec autant de spécialités fromagères... mais de plus de 700 selon le British Cheese Board. Si les supermarchés ne reflètent guère cette diversité culinaire, fromagers et marchés fermiers favorisent néanmoins d'agréables découvertes

lepetitjournal.com londres
Publié le 12 juin 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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