La Jamaïque a officiellement déposé, lundi 7 septembre, une pétition auprès du roi Charles III sur la question de l’héritage de l’esclavage. Kingston demandait que trois questions portant sur la légalité de l’asservissement des Africains dans l’île et sur une éventuelle obligation britannique de réparation soient examinées par le Comité judiciaire du Conseil privé. Le gouvernement britannique a toutefois rejeté toute perspective de réparations.


Ce lundi 7 septembre, une délégation conduite par la ministre de la Culture jamaïquaine Olivia Grange, a déposé à Londres une pétition adressée à Charles III, chef d'État du territoire caribéen. Ce texte ne constituait pas une demande financière directe : il demandait au souverain le renvoi de trois questions au Comité judiciaire du Conseil privé, la plus haute juridiction d’appel de la Jamaïque.
Kingston cherchait notamment à savoir si l’esclavage subi par les Africains en Jamaïque à partir du XVIIe siècle était légal au regard du droit anglais, s’il constituait une violation du droit international et si le Royaume-Uni est aujourd’hui juridiquement tenu d’accorder une réparation. Selon le gouvernement jamaïcain, cette procédure constituait une première pour un État du Commonwealth dans le cadre de sa campagne en faveur de la justice réparatrice.
Réparations pour l’esclavage : Le Royaume-Uni face à son passé colonial
Londres refuse toute réparation
La réponse britannique ne s’est pas fait attendre. Downing Street a affirmé ce lundi 7 septembre que le Royaume-Uni ne verserait aucune réparation. Le gouvernement reconnaît que la traite transatlantique des esclaves était « odieuse » et estime nécessaire de reconnaître les injustices du passé, mais affirme vouloir “regarder vers l’avenir” plutôt que s’engager dans une politique de réparations.
Cette question du passé colonial n’est pas nouvelle au Royaume-Uni. Charles III a régulièrement appelé à mieux comprendre les conséquences historiques de l’esclavage et à réfléchir aux moyens de réparer les injustices héritées du passé.
Le sujet est d’autant plus sensible que, lors de l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique, ce sont les propriétaires d’esclaves qui ont été indemnisés. En 1833, le Parlement britannique avait prévu 20 millions de livres de compensation pour les esclavagistes, une somme considérable pour l'époque. Les personnes réduites en esclavage, elles, n'ont reçu aucune indemnisation.
Dans ce dossier avec la Jamaïque, le palais de Buckingham souligne toutefois le rôle constitutionnel du roi : la décision sur le fond de la question ne lui appartient pas politiquement.
La Jamaïque, une île profondément marquée par l’esclavage Après la prise de contrôle de la Jamaïque par les Britanniques en 1655, l’île devient un centre majeur de l’économie sucrière fondée sur le travail forcé. Des centaines de milliers d’Africains y sont déportés et réduits en esclavage dans les plantations. Le système donne lieu à de nombreuses résistances et révoltes, avec notamment les deux guerres des Marrons (1729-1739 et 1795-1796). En 1833, le Parlement britannique vote l’abolition de l’esclavage. C’est en 1838 que celle-ci devient pleinement effective.






























