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CORSES DE LONDRES - "On est toujours corse dans l'âme"

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Depuis environ 25 ans, les Corses ont leur association à Londres. Désormais appelée Association des Corses du Royaume-Uni Pasquale Paoli, elle a pour but d'entretenir un esprit de communauté; l'évènement majeur de l'association étant une commémoration début février en l'honneur de l'amiral et philosophe corse Pasquale Paoli à l'abbaye de Westminster. La présidente, Gabrielle Mulas-Thorogood, nous explique ce que c'est qu'être corse à Londres

 

(Crédits: Simon Gleize)


LePetitJournal.com : Qui sont les Corses de Londres ?

Gabrielle Mulas-Thorogood :
Il y a différentes façons d'être corse à Londres. Il y a les jeunes qui viennent pour apprendre l'anglais. Ils viennent travailler et veulent sortir de l'île pour se diversifier et apprendre des choses nouvelles. Ils restent six mois ou un an et peuvent rentrer en Corse avec un bon niveau d'anglais. Londres permet aussi de s'épanouir au niveau culturel. Au niveau de l'enrichissement personnel,l c'est une très belle expérience. Ces jeunes rencontrent énormément de personnes de différentes nationalités en venant ici.
Il y a aussi les expatriés qui ont été recrutés ici et qui en général gagnent très bien leur vie. Ces gens voyagent beaucoup mais restent corses. On est toujours corse dans l'âme. Ils ont en plus souvent un point d'attache sur l'île c'est à dire de la famille ou une maison et retournent au moins une fois par an en Corse. Le Corse s'intègre bien à la culture des autres. Il aime bien s'ouvrir, discuter. C'est une île qui a eu l'habitude d'avoir des envahisseurs en permanence donc les gens essayent de se protéger mais d'un autre côté, ils sont toujours à l'affût de découvrir une autre culture.

Parvient-on à garder un fort attachement à la Corse malgré la distance?


Absolument. C'est quelque chose d'indéfinissable mais très fort. Il y a un côté "famille". Cette île est merveilleuse, on y apprend plein de choses. Mes enfants par exemple sont nés à Londres mais si je ne les amène pas en Corse au moins une fois par an, ils sont malades. Il y a sur cette île un sentiment de liberté, avec la mer, la famille, les repas tous ensemble, une vie beaucoup plus tranquille, une richesse naturelle exceptionnelle. Sur cette petite île, il y a vraiment tout pour tous les âges.

Comment fait-on pour entretenir ce lien ?


Tout dépend si on a vécu longtemps en Corse. Mais la nourriture par exemple a toujours ce côté "nostalgique". Même si on n'a pas toujours tous les produits, on essaye. Et ce n'est pas toujours évident? Je me souviens de mon frère un Noël à Londres, qui essayait de faire un figatellu sur le barbecue dehors. Il faisait tellement froid que, au fur et à mesure que la saucisse cuisait, la graisse gelait?

Il y a aussi la musique. J'écoute par exemple la radio Corse sur internet. C'est quelque chose qu'on n' avait pas avant. Aujourd'hui c'est plus facile. On entend les nouvelles, on discute entre nous de ce qui se passe sur l'île. Il y a aussi le journal Corse Matin en ligne.

(Crédits: Simon Gleize)

Être Corse à Londres permet-il d'avoir un réseau, des facilités ?

On essaye de s'ouvrir sur les autres associations françaises de Londres. Le fait de pouvoir échanger entre les différentes structures crée un réseau. Les gens ne sont plus enfermés dans le réseau Corse mais peuvent découvrir autre chose et faire des rencontres qui peuvent par exemple faciliter l'accès à un emploi. Aujourd'hui c'est vrai que le marché de l'emploi fonctionne beaucoup par les contacts, le réseau.
Quand les jeunes arrivent et cherchent un travail, je leur dis de mentionner qu'ils viennent de la part de l'association Corse. L'employeur va réfléchir à deux fois avant d'arnaquer cette personne. Tout ce que je veux c'est que ces jeunes soient protégés. Avec l'association on a des contacts au niveau légal si jamais un employeur abuse.

Le fait d'être loin renforce t-il le sentiment d'appartenance à son île d'origine ?

Je pense. Au niveau psychologique il y a ce côté nostalgique. Plus on est parti longtemps et donc plus le monde a changé, plus on reste sur ce qu'on connaissait il y a dix, vingt ou trente ans. "C'était bien", "Il y avait si ou ça", "On chantait"?
Internet a changé beaucoup de choses. Aujourd'hui on est loin sans être loin. Avec les emails, Facebook, la webcam, on n'a pas l'impression d'être coupé au début. Par contre, au bout d'un moment, les gens ont besoin de contact humain. C'est aussi à ça que servent nos permanences. Les jeunes aiment bien savoir qu'on est là. Ils viennent boire un café, discuter, parfois pleurer. Ils disent : "C'est sympa, c'est comme chez Tata sur l'île". On sert un peu de filet de sécurité et ça rassure aussi les parents.   
Et puis il y a une vraie solidarité entre les Corses. Un peu moins aujourd'hui chez les jeunes mais toujours chez les gens de plus de 40 ans. Quand deux Corses se rencontrent à l'étranger, ils sont comme frères.

Les Corses et les Britanniques sont-ils faits pour s'entendre ?


Les Corses et les Anglais s'entendent très bien. Le fait que ce soit deux îles doit jouer. Ils partagent la fierté de leur identité. En plus, l'Anglais est respectueux et le Corse aime se sentir respecté. La politesse britannique, cette forme d'humilité, ouvre très vite le coeur des Corses. Les Écossais aussi s'entendent très bien avec les Corses. Comme nous, ce sont des gens avec un fort caractère, terre à terre, qui aiment parler de choses concrètes. Ils comprennent aussi le combat des Corses pour que leur identité soit reconnue. Ils sont un peu dans la même situation avec l'Angleterre.

Propos recueillis par Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) lundi 31 octobre 2011

Site web des Corses de Londres : http://paoli.org.uk/

Autres associations communautaires à Londres :

Les associations "Auvergnats de Grande-Bretagne" et "Alsaciens de Grande-Bretagne" sont aussi très actives à Londres. Elles participent à la promotion de leur territoire, organisent des évènements et permettent aux expatriés de ces régions de se retrouver.

Contacts :        Auvergne : 020 8868 44 59                          Alsace : http://www.alsace-gb.com/

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Publié le 1 août 2012, mis à jour le 14 novembre 2012
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