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BELEM - Les exploits londoniens d'un voilier d'exception

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 21 novembre 2012

Le Trois-mâts Belem, l'un des plus anciens grands voiliers naviguant au monde, a vécu une année 2012 rythmée par l'actualité britannique. D'abord présent à Londres pour la grande parade en l'honneur de la reine Elizabeth II lors de son Jubilé, il a ensuite jeté l'encre dans la Tamise pendant toute la durée des Jeux Olympiques. Retour sur les aventures d'un navire au destin extraordinaire

 

(Crédit : Simon Gleize)

C'est l'histoire d'un miraculé. Tempêtes, incendie, éruption volcanique ou encore bombardements, le Belem ne s'avoue jamais vaincu. Navire marchand, yacht de plaisance puis navire école, ce voilier, fierté de la marine française, a vécu plusieurs vies et surtout survécu à l'impossible. En 2012, comme une récompense à sa ténacité, le Belem a enfin reçu tous les honneurs qui lui reviennent.

Le transport de cacao
Début juin, alors que toute la Grande-Bretagne célèbre en grande pompe les soixante ans de règne de sa reine, le plus ancien trois-mâts en Europe en état de navigation, est invité à défiler sur la Tamise en l'honneur d'Elizabeth II. En compagnie de 1 000 autres embarcations, il découvre Londres pour la première fois et est le seul représentant français de ce moment clé des célébrations. Pourquoi tant d'honneur de la part de la Perfide Albion ? Tout simplement parce que dans sa longue histoire mouvementée, le voilier lui a appartenu.
Fabriqué à Nantes en 1896, le trois-mâts débute sa carrière d'exception comme navire marchand pour le compte du chocolatier Menier. Il est affecté à la flotte des "Antillais" et a pour mission de transporter du cacao principalement via le comptoir commercial de Belem au Brésil, d'où il tire son nom. Dès sa première campagne, le voilier connaitra l'enfer. Un violent incendie détruit sa cargaison et le navire est renvoyé en réparation au chantier. Six ans plus tard, alors qu'il doit mouiller dans le port de St Pierre de la Martinique, l'entrée lui est refusée pour manque de place. Le navire jette alors l'encre de l'autre côté de l'île. Le lendemain matin, la montagne Pelée entre en éruption. En 90 secondes, la ville, ses 30 000 habitants et tous les navires de la rade sont détruits. Le Belem vient par miracle de survivre à un destin tragique.

(Crédit : Simon Gleize)

Le Belem sous pavillon britannique
33 campagnes plus tard, le navire-marchand change de vie, direction la Grande-Bretagne. Pour 3 000 livres sterling, le duc de Westminster devient propriétaire du Belem en 1914. Pour le chef d'une des familles les plus fortunés des Iles Britanniques, pas question de transporter du cacao évidemment. Il transforme le voilier en un yacht de plaisance pouvant accueillir jusqu'à 40 passagers. Pour le plaisir de son nouveau propriétaire, celui-ci subit donc de nombreux travaux et le luxe s'empare de sa cale, son pont et ses nouveaux moteurs. Escalier à double révolution, salon vitrée, acajou de Cuba, balustrade de colonnettes blanches entourant le pont arrière, rien n'est trop beau pour le nouveau jouet du duc qui l'utilise pourtant assez peu.
Le navire de croisière fait des envieux. En 1921, le richissime brasseur anglo-irlandais Sir Arthur Ernest Guinness convainc le duc de Westminster de le lui vendre. Rebaptisé Fantôme II, le voilier fait alors le tour de la planète échappant notamment de justesse à un tremblement de terre dans le port de Yokohama. Au main de ce fou de navigation, l'ex navire marchand connait une existence dorée, célébrant même le couronnement de Georges VI en 1938 à Montréal. En 1939, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale force le Fantôme II à rester à quai dans l'île de Wight. Le navire devient le siège du commandement des vedettes rapides des Forces françaises libres et échappe là encore par miracle aux bombardements allemands. Il  reprend la mer en 1947 pour quelques croisières en Irlande, mais la mort de Sir Ernest Guinness en 1949 marque la fin des voyages du navire sous les couleurs britanniques.

L'exploit de l'agence FairPlay Conseil
Après être passé entre les mains italiennes de la famille Cini (1951-1979), le Belem redevient enfin français. Mis en vente par les chantiers de Venise, ce sont les Caisses d'Epargne qui misent sur le voilier et le remettent, avec l'aide du Ministère de la Défense, à la Marine Nationale française. Depuis, c'est la Fondation Belem qui assure l'entretien du navire et la promotion du passé maritime de la France, toujours sponsorisé par la Caisse d'Épargne. Mais 40 ans d'appartenance britannique ne s'oublie pas comme ça?Il n'en fallait pas plus pour que le fameux trois-mâts se voit invité à défiler le 3 juin dernier avec à son bord l'entourage de la famille royale. Un honneur que l'équipage du bateau n'est pas prêt d'oublier?

Mieux encore, profitant de l'occasion et de connaissances bien placées, l'agence de marketing sportif et culturel FairPlay Conseil, prestataire du groupe bancaire, a négocié avec le secrétariat privé de la reine un emplacement de rêve, sur la Tamise, pour toute la durée des Jeux Olympiques. Objectif : mettre en avant le mécénat de la Caisse d'Épargne et héberger les familles des 19 athlètes parrainés par le groupe bancaire. Les membres de la Team Caisse d'Épargne, notamment le nageur Fabien Gilot, sont également venus fêter leurs médailles. Amarré sur la Tamise devant Tower Bridge et à quelques mètres du Club France, le Belem ne pouvait pas être mieux situé. À tel point que ses voiles étaient pile dans l'axe des caméras de France Télévisions pendant toute la durée des Jeux. Les téléspectateurs français n'ont pas pu le manquer?De quoi embarrasser quelques peu le groupe audiovisuel public qui aurait tenté de faire déplacer le bateau pour avoir vue sur les anneaux olympiques. Mais pour cela, c'est au secrétariat privé de la reine qu'il fallait s'adresser. Un privilège qui n'est pas offert à tout le monde. Le Belem, lui, l'a eu et a même réussi, chose impensable cet été à Londres, à faire de l'ombre aux anneaux olympiques.

Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) jeudi 6 septembre 2012

Visite virtuelle du Belem ICI

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Publié le 6 septembre 2012, mis à jour le 21 novembre 2012
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