

Dix ans après l'engagement des troupes britanniques en Afghanistan, des activistes pacifistes voulaient marquer le coup. Rassemblés sur Trafalgar Square, ils ont marchés jusqu'à Downing Street pour demander à ce que le gouvernement mette fin à une guerre sanglante
Samedi 8 Octobre, à Trafalgar square, on dénote une activité inhabituelle. Grand écran, une scène où des porte-paroles se succèdent, mais surtout des centaines de personnes réunies, pancartes au poing, pour crier un seul message : la Grande-Bretagne doit ordonner le retrait des troupes d'Afghanistan. Entre applaudissements enthousiastes, cris de colères et vives approbations aux différentes allocutions, des citoyens de tous âges ont donné de la voix pour se faire entendre du gouvernement.
"Cut war not welfare"
C'est pour commémorer les dix ans d'engagement de leur pays dans cette guerre qui a couté près de 40.000 vies humaines, principalement afghanes, qu'ils se sont réunis pour dire "Stop!": stop à la tuerie, stop au gouffre financier, stop à la privation de liberté et stop aux mensonges.
L'organisme militant Stop the war coalition a invité pour l'occasion de nombreux porte-paroles à venir s'exprimer sur scène : bloggeur, journaliste engagé, membre du parti politique les Verts, mais aussi des simples citoyens venus témoigner la douleur de la perte d'un enfant.
Plus qu'un rassemblement pour demander la paix dans le monde, les différents interlocuteurs ont été très critiques envers leur gouvernement - même si ce n'est pas le gouvernement de David Cameron, mais celui de Tony Blair qui a lancé la guerre en Afghanistan. Comment peut-on dépenser autant d'argent pour faire la guerre, quand les services de santé et d'éducation souffrent de restrictions budgétaires ? demandent-ils.
"La paix commence par la vérité" pour Julian Assange
Parmi tous ces passionnés engagés qui sont venus s'exprimer devant cette foule d'indignés, un était particulièrement attendu. Julian Assange, le fondateur de Wikileaks assigné à résidence depuis décembre, a été plus que chaleureusement accueilli. Présenté comme le défenseur de la vérité qui a permis une révolution dans la façon de traiter l'information, il n'a pas détonné dans ce rôle.
Pendant les 5 minutes où il s'est adressé à ceux venus dénoncer la guerre en Afghanistan, il a très vivement critiqué la malhonnêteté des gouvernements. La Seconde guerre mondiale, comme la guerre du Vietnam, ou encore la guerre en Irak, ne sont que "les résultats des mensonges des Etats". "Margaret Thatcher avait raison. Il n'y a plus de société. Ce qu'il reste, ce n'est qu'une élite mondiale obsédée par la sécurité". Mais, Julian Assange ne s'arrête pas à la simple dénonciation des dérives de l'Etat. Les médias ont pour lui un rôle crucial à jouer dans la recherche et la diffusion de la vérité. Or, s'il y a guerre, c'est qu'il y a eu mensonges et que donc les journalistes ont échoué dans leur mission. "Combien de morts peut-on attribuer à chaque journaliste ?", dit-il dans son allocution de manière provocatrice. En étant complaisant avec les gouvernements, les journalistes deviennent responsables de la propagation de leurs mensonges, et Julian Assange les qualifie alors de "criminels de guerre".
Les mots lancés sont durs, mais pas tellement étonnants sortis de la bouche de Julian Assange. Ne se définissant lui-même pas comme journaliste, il n'a jamais porté dans son c?ur cette profession. Mais en utilisant des expressions aussi fortes, Julian Assange a le mérite de faire réfléchir. Qui sont les véritables garde-fous des journalistes si ce n'est d'autres personnes également passionnées par l'information et non enrôlées dans son traitement quotidien.
Laurène Sénéchal (www.lepetitjournal.com/londres) mardi 11 octobre 2011
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