

Vous l'avez peut être fêtée, boudée ou négligée, mais vous n'avez pas pu passer à côté de la Journée Internationale des droits de la Femme que l'on célèbre comme chaque année le 8 mars. Reconnue officiellement par l'ONU en 1977, elle trouve pourtant ses racines dans le début du XXème siècle. Cette journée controversée fait souvent l'objet d'études retraçant la situation actuelle des femmes par rapport aux hommes, dans différents milieux. L'occasion pour nous de comparer les droits de la femme française à ceux de son homologue britannique.
(source photo : Ministère du Droit des Femmes français, et Organisation des Nations Unies)
Un combat (presque) parallèle
Il semble complexe de relater l'histoire des Droits de la Femme en France et en Angleterre, tant celle ci se déroule sur des terrains éloignés, et tant elle s'ancre dans une longue tradition de défense. Néanmoins, l'émergence de ces Droits se cristallise dans l'accès au droit de vote, et on peut dire le chemin vers ce dernier fut long. En Angleterre d'abord, vers 1866, puis en France, le mouvement des "suffragettes" manifeste pour que les femmes puissent participer aux élections. La branche française prendra son essor lors du ralliement du Conseil national des Femmes en 1906, mais restera plus modéré que son voisin britannique. Difficile de trouver là une justification au fait que l'Angleterre adoptera le droit de vote des Femmes plus tôt que l'Hexagone : en 1918, the Representation of the People Act autorise les femmes à voter à partir de 30 ans, avant que l'âge soit aligné sur celui des hommes, à 21 ans, en 1928. Une avancée qui inspire la France, puisqu'entre 1919 et 1940, de nombreux textes seront votés par la Chambre des Députés ? ancien nom de l'Assemblée nationale -, avant d'être bloqués par un Sénat plus conservateur. Les radicaux ont alors peur que la femme, sous l'influence de l'Eglise, devienne une réserve de voix pour la droite. Il faudra attendre 1944 pour que le Comité français de libération nationale ne décrète le Droit de vote des femmes, alors que la guerre n'est pas officiellement terminée. En 1945, la Charte des Nations Unies de San Francisco proclame l'égalité sexuelle comme droit fondamental de la personne humaine.
Depuis, la condition féminine a continué son combat, obtenant ce que l'on considère aujourd'hui comme des acquis. Point de comparaison, la loi Neuwirth de 1967 légalise la contraception en France. Dans un entretien au magasine l'Histoire, Lucien Neuwirth affirme que c'est un flirt avec une anglaise qui l'a mené sur la piste de la contraception, quand cette dernière lui a donné une plaquette de pilule. "L'Angleterre était alors incroyablement en avance dans ce domaine, avoue t-il, tandis qu'en France, on en était resté à la loi de 1920 qui assimilait la contraception à un crime !". Quelques années plus tard, en 1975, la loi Veil autorise (à l'essai) l'avortement, avant d'être mise officiellement en vigueur en 1979, alors que la loi est déjà en place en Angleterre depuis 1967. Des acquis, certes, mais qui se retrouvent ébranlés par la situation espagnole réhabilitant l'interdiction presque totale de l'avortement, dans un pays où la religion joue un rôle prépondérant.
La bataille des chiffres
Le but n'est pas de dire qui de l'Angleterre ou la France est le meilleur élève : à la vue des chiffres, il est évident que chacun est plus performant que l'autre dans un domaine spécifique. En plus d'étudier les faits, il convient donc de s'intéresser aux objectifs mis en ?uvre par chaque pays.

L'un des terrains les plus représentatifs de la parité homme-femme, c'est bien entendu celui de la politique, et des bancs du Parlement. La France compte aujourd'hui 26,1% de femmes élues au Parlement, contre 22,5% pour l'Angleterre, d'après les données de la banque mondiale. Pourtant, il y a trois ans à peine, la France était derrière son homologue britannique, avec seulement 18,9% de représentation féminine. La différence se joue aussi au niveau de l'école : pour un ratio femmes/hommes, la banque mondiale montre qu'il y a plus de femmes par rapport au nombre d'homme effectuant des études supérieures en Angleterre qu'en France. Enfin, un des plus grand sujet de controverse sur l'égalité homme-femme est la question du salaire : d'après l'Observatoire des Inégalités, l'écart de salaire entre un homme et une femme dans l'industrie et les services (hors administrations) est plus grand au pays de Sa Majesté qu'en Hexagone. En moyenne, une anglaise gagnera 38,6% de moins que son homologue masculin, contre 21,6% en France. Une situation peu rassurante, même si l'Observatoire note que cet écart diminue chez les jeunes générations. L'objectif étant qu'il disparaisse.
Nommé en 2012 par le Président François Hollande, le gouvernement Ayrault est le premier de la Vème République à respecter la parité, comme il avait été promis pendant la campagne électorale. Un bon début, qui cependant ne masque pas l'absence des femmes aux postes importants : seule Christiane Taubira accède à un ministère dit régalien, celui de la justice. Constat différent de l'autre côté de la Manche, puisque, d'après le site diplomatique de l'Elysée, on ne compte que 4 femmes sur 27 postes, soit 14,8% - on ira néanmoins jusqu'à 5 en rajoutant Sayeeda Warsi, secrétaire d'Etat senior aux affaires étrangères, que Diplomatie France n'a pas l'air de vouloir considérer. Quand on sait que l'Angleterre a connu à sa tête une femme Premier Ministre en la personne de Margaret Tatcher, le constat fait frémir ? à ne pas confondre avec le statut français de Premier Ministre, qu'Edith Cresson devient la première femme à remplir en 1991. Néanmoins, il est important de souligner l'importance de Theresa May comme ministre de l'Intérieur, un poste régalien et primordial.

Les attentes futures
Aujourd'hui, dans une grande majorité de pays, tout est mis en ?uvre pour la continuité de ces avancées. En Angleterre comme en France, il existe un ministère des Droits des Femmes, à la différence près que l'anglais est rattaché au Ministère de l'Intérieur, alors que le français est indépendant, même si Najat Vallaud-Belkacem possède aussi le titre de porte parole du gouvernement. La parité de ce gouvernement français semble être une note d'espoir, même si les rumeurs d'un prochain remaniement annoncent déjà la fin de cet équilibre au profit du sexe masculin. Cependant, cela n'a pas empêché l'Assemblée d'adopter fin janvier le projet de loi sur l'égalité femmes-hommes qui, entre autres, réaffirmait le droit à l'interruption volontaire de grossesse et la parité. Dans les deux pays, l'égalité et la défense des droits des femmes semblent être des objectifs essentiels, que les gouvernements souhaitent mettre en avant.
Depuis hier se tient au siège des Nations Unies à New York l'annuelle Commission de la condition de la femme, et ce jusqu'au 21 mars. A un an de l'échéance des Objectifs du Millénaire pour le développement, l'heure est au bilan et aux réponses. Jusqu'à l'année prochaine, pour de nouvelles questions.
Cindy Jaury (www.lepetitjournal.com/londres) mardi 11 mars 2014























