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THÉÂTRE - "Madame Pipi", une comédie à la croisée des vies

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 24 octobre 2013

 

Comédienne et auteure, Emilie Perraudeau met en scène sa propre pièce pour la première fois. L'histoire d'une Mme Pipi qui joue la psy de substitution pour des dizaines d'inconnus par jour dans les toilettes d'un aéroport. À découvrir sur scène les 28, 29 et 30 septembre prochains

Lepetitjournal.com - Comment est née la pièce ?

Emilie Perraudeau - Il y a pas mal d'années, avec un ami à Paris, on avait eu l'idée d'une pièce qui se déroulerait dans des toilettes parce que c'est un endroit où il se passe finalement plein de choses. Quand je suis arrivée à Londres il y a presque quatre ans, j'ai commencé à écrire. Au départ, comme je ne connaissais pas beaucoup de monde, c'était surtout pour passer le temps. Au fur et à mesure, plein d'histoires me sont venues en tête. Un jour, j'ai fait lire la pièce à une amie comédienne qui m'a dit : "Écoute Emilie, je n'ai pas pu m'arrêter de le lire. Il faut que tu continues!". C'est ce que j'ai fait et après trois ans d'écriture, j'ai fini par la terminer.

Pourquoi avoir choisi les toilettes d'un aéroport ?

Je ne voulais pas le faire dans une boite de nuit parce que le champ est trop limité. Tout aurait tourné autour de gens alcoolisés?J'ai pensé à la gare parce que j'ai travaillé pendant longtemps à Montparnasse donc c'est un univers que je connais bien. Mais il y a une auteure que j'adore, Denise Bonal, qui a écrit une pièce dans un hall de gare avec des scènettes où les gens se croisent. Je ne voulais pas qu'on compare ma pièce à la sienne. Du coup, l'aéroport était le bon endroit. Il y a le côté international que l'on retrouve dans la ville de Londres et c'est le symbole de ces vies qui se croisent.


Qu'est ce qui vous a touché dans ce métier de Mme Pipi au point de lui consacrer une pièce ?



C'est la personne que l'on voit tous les jours et à qui on ne prête jamais attention. Je ne voulais pas trop tomber dans le cliché et utiliser le côté "concierge" qu'il peut y avoir dans les sketchs d'Elie Semoun par exemple. Beaucoup qui ont lu ma pièce m'ont d'ailleurs dit que j'étais féministe. Il y a une partie où effectivement je défends cette cause. Mme Pipi fait tout et personne ne lui dit jamais "merci". Je voulais montrer que cette femme là faisait ce métier depuis 20 ans, qu'elle aurait pu arrêter mais qu'elle continue parce qu'elle aime les gens et les rencontres. Je voulais un côté plus humain qu'humoristique. C'est certes une comédie mais ce n'est pas du théâtre de boulevard. On rit car les personnages sont drôles mais c'est plus que ça.

C'est à dire ?

Il y a beaucoup de moi dans cette pièce. Quand j'étais ado, j'ai toujours cru, comme pas mal de gens à cet âge là, que personne ne me regardait. J'ai remis tout ça dans la pièce. C'est un peu mon exutoire dans lequel je lâche tout. C'est une pièce très personnelle. Chez Exchange Theatre, la compagnie avec laquelle je travaille depuis 4 ans, on m'appelle "la maman". J'ai tendance à m'occuper d'un peu tout le monde et de tout organiser. Je suis aussi souvent celle à qui on se confie. Comme Mme Pipi?

Vous êtes aussi comédienne. Pourquoi ne pas avoir voulu interpréter le personnage principal de la pièce ?


Certaines personnes m'ont dit qu'il fallait absolument que je joue le rôle car c'était vraiment moi. Mais j'aurais eu moins de recul. C'est plus facile de demander à quelqu'un de s'approprier le rôle comme lui le voit. C'est ma première mise en scène à Londres avec mon propre texte. Je ne voulais pas tout mélanger. J'admire les metteurs en scène qui peuvent faire les deux mais je pense qu'il faut avoir un assistant et peut-être plus de temps aussi.
Il y a certaines fois pendant les répétitions où je suis vraiment ému par les scènes et je n'ai pas le recul nécessaire pour vraiment faire attention à la performance. Ce serait sans doute encore plus dur si je devais jouer le rôle. C'est nouveau pour moi. J'apprend vraiment tout les jours sur moi-même et mon rapport aux autres. C'est ce que j'aime au théâtre.

Comment avez-vous commencé à écrire ?


Comme pas mal de filles, j'avais mon journal intime quand j'étais adolescente. Mais Je crois que c'est vraiment l'arrivée à Londres qui m'a servit de déclic. En un an, j'ai commencé quatre pièces. Notamment celle-ci qui est déjà publiée et une autre presque finie que j'espère monter l'année prochaine. J'écris aussi des nouvelles et je tiens désormais un blog. À côté de tout ça, j'écris aussi de très courtes pièces dont une en anglais qui a été jouée à Berlin.
J'écris n'importe où. Beaucoup dans le métro par exemple mais aussi pendant ma pause déjeuner en "open space" sur mon lieu de travail. Par contre, pour la phase de relecture, j'ai besoin de lire à voix haute. C'est important pour le rythme. Je ne peux donc faire ça qu'à la maison, sur ma grande table de cuisine. Il y a des choses qui sonnent bien à l'écrit mais qui ne passeront pas forcément à l'oral.

Vous retravaillez donc constamment vos textes...

Même pendant les répétitions, il y a des choses qui ont changé. Parfois, c'est le comédien qui me dit qu'il préférerait dire ça de telle ou telle manière. Si l'idée de départ est conservée, il n'y a aucun problème. Le comédien apporte beaucoup de lui-même, donc en jouant il crée des choses auxquelles je n'ai pas forcément pensé mais qui peuvent aussi être très bien. De toute façon, même dans l'écriture, tu n'as jamais vraiment terminé. Si tu ne te fixes pas une limite, tu veux toujours changer, enlever ou ajouter quelque chose. C'est aussi ça la création au théâtre. Un soir une scène sera jouée d'une telle façon, et le lendemain d'une autre. Une mise en scène figée ne sert à rien. Les comédiens comme les spectateurs s'ennuieraient.

Parlez-nous un peu de vos comédiens ?

J'ai la chance d'avoir beaucoup d'amis comédiens autour de moi, notamment grâce à la troupe Exchange Théâtre donc le casting a été assez facile. Ils sont 14 à jouer dans la pièce et se sont tous donnés à fond tout l'été pour les répétitions. Ils étaient dès le début très emballés par la pièce donc tout s'est très bien passé même si, pour moi, au début, c'était parfois difficile de diriger des amis sans avoir peur de les heurter. C'est finalement eux qui m'ont dit de ne pas hésiter à les reprendre et à leur donner des consignes. C'est extraordinaire de voir ses personnages commencer à prendre vie grâce à tes comédiens qui sont en plus tes amis. C'est jubilatoire !

Propos recueillis par Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) vendredi 14 septembre 2012

Pitch : Madame Pipi travaille sans relâches depuis 25 ans dans les toilettes d'un aéroport. Elle en a croisé du monde : des actrices tristes, des mamans dépressives, des amants, des touristes japonais... Jusque là elle supportait plutôt bien son rôle de psy de substitution mais aujourd'hui c'est la goutte qui fait déborder le vase.

Sur scène vendredi 28 septembre et Samedi 29 septembre à 21h30, Dimanche 30 septembre à 20h30,

265 Camden High Street NW1 7BU

Entrée £8. En français. Infos : theartfabric@gmail.com

Retrouvez Émilie et ses comédiens le Mercredi 19 Septembre à 19h, à l'European Bookshop, pour un avant-goût de la pièce :
http://www.europeanbookshop.com/

La pièce a été publiée pour la 1ère fois aux Editions Kirographaires en Mars 2012
http://www.edkiro.fr/Calogue-general-Fictions/madame-pipi.html

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Publié le 14 septembre 2012, mis à jour le 24 octobre 2013
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