Photographe iconique de notre époque depuis près de 30 ans, Martin Parr est connu pour ses clichés hauts en couleurs ; ils illustrent de façon satirique les loisirs, la consommation et la globalisation de nos sociétés. Dans l'exposition ouverte mercredi 16 mars à l'Art Gallery du Barbican Center, le photographe britannique passe de l'autre côté du miroir et devient commissaire de « Strange and familiar : Britain as revealed by international photographers »
23 photographes internationaux pour revisiter l'identité britannique
Jane Alison, Directrice des Arts Visuels au Barbican Center est enthousiaste : « c'est formidable d'accueillir ce géant de la photo, 14 ans après la rétrospective consacrée à son ?uvre. Comme commissaire d'exposition, il apporte un discernement photographique, sa fascination pour les gens et la culture britanniques, sans compter son expertise et son appréciation de la photographie internationale. Cette exposition riche et variée apporte une vision inattendue et décalée de notre pays ». Les Rencontres d'Arles (2004), New York Photo Festival (2008) et Brighton Photo Biennial (2010)... Il faut dire que Martin Parr n'en est pas à son coup d'essai en tant que commissaire d'exposition. Pour faire découvrir en images l'identité britannique (culturelle, sociale, politique) au XXème siècle, il a sélectionné des clichés pris depuis les années 1930 par 23 photographes du monde entier. Il retrace ainsi l'évolution de la société britannique à travers un kaléidoscope de styles et de regards distinctifs : « l'exposition révèle des angles de vue sur la vie britannique très différents de ceux produits par des photographes anglais. Le résultat est à la fois familier et étrange » et c'est en tous les cas une véritable invitation au voyage !
Un voyage au fil du XX° siècle?
Tout commence dans les années 1930, avec les photos d'Edith Tudor Hath, une
communiste autrichienne émigrée à Londres de l'entre-deux-guerres : inégalités sociales, classes ouvrières sont les thèmes qu'elle aborde en noir et blanc pour des magazines comme le
Weekly Illustrator, le
Pictures Post ou le
Lilliput. De salle en salle, le visiteur avance dans le XX
ème siècle jusqu'à la photographie conceptuelle du Néerlandais
Hans Eijkelboom, qui donne son point de vue sur l'Angleterre d'aujourd'hui dans sa série
The Street and Modern life. Pour en arriver là, on découvrira l'esprit de célébration qui anime la foule venue assister au couronnement du Roi Georges VI en 1937, saisi par « l'?il du siècle »,
Henri Cartier-Bresson, l'après-guerre vue par le photographe suisse
Robert Frank, l'hiver 1958-1959 à Londres photographié par le « modern-day
flâneur » chilien
Sergio Larrain, ou les portraits tendres et humoristiques d'
Evelyn Hofer, qui capture en 1962 les chauffeurs de taxis londoniens en congrégation à leur kiosque à café, un boucher à Smithfield Market, une vendeuse de sucettes ou le personnel très huppé du Garrick Club. Le travail de l'Allemand
Frank Habicht illustre l'euphorie des Swinging Sixties et du mouvement pacifique de 1968, un thème repris par l'Italien
Gian Butturini, qui dévoile aussi le revers de la médaille avec de beaux portraits de marginaux. C'est aussi l'occasion de découvrir pour la première fois en Angleterre les clichés poétiques et surréalistes du Japonais
Shinro Ohtake, pris à Londres en 1977.
?et à travers tout le Royaume-Uni !
L'exposition s'attache essentiellement à Londres, mais l'on découvre aussi le pays de Galles, et par exemple le village de Caeran, photographié entre 1951 et 1953 par Robert Frank. Il y dévoile le quotidien des mineurs de charbon, du travail souterrain aux ablutions du soir dans de grandes bassines en métal. L'Américain
Paul Strand nous entraîne dans les îles écossaises des années 1955, au mode de vie traditionnel, humbles demeures au toit de chaume, paysages de bord de mer immuables, moutons sur les landes...Voitures en flammes, familles franchissant des barbelés, manifestants en lutte avec les forces de l'ordre, c'est une autre histoire en Irlande du Nord : la violence au quotidien des émeutes dans les années 1960 explose dans les clichés pris par le Japonais
Akihiko Okamura. A la même époque, le nord de l'Angleterre semble plus tranquille à en croire l'Allemande
Candida Höfer qui montre les lieux de prédilection des poètes et musiciens du groupe The Liverpool Scene. Pour The Queen's magazine, l'Américain
Bruce Davidson se concentre sur le détail des codes vestimentaires, les attitudes corporelles et les expressions faciales
anglais des années 1960, dans un reportage quasi anthropologique baptisé « Seing ourselves as an American sees us ; a picture essay on Britain ». Retour en Ecosse en 1980, avec
Raymond Depardon, qui s'attache au quotidien urbain pour The Sunday Times : la ville de Glasgow en déclin industriel, est alors synonyme de pauvreté et de violence, mais l'on sent déjà la transition vers des jours meilleurs, qui la verront devenir capitale européenne de la culture en 1990. L'Américain
Jim Dow, dans sa série Corner Shops of Britain, capture quant à lui l'identité british et son évolution par le biais de ses vitrines de 1980 à 1994. Portraits encore, mais plus classiques, de la Néerlandaise
Rineke Dijkstra, qui dans les années 1990, s'intéresse aux adolescentes du Buzz club, à Liverpool, vulnérables et naïves, en mini jupes ou petites robes noires malgré le froid de l'hiver, tandis que
Tina Barney s'attache à l'aristocratie britannique, mélancolique et touchante ; à l'extrême opposé,
Bruce Gilden présente des gros plans et des portraits rudes et ultra réalistes de la classe ouvrière du Middlesex (2011) et du Black Country (2014).
Amateurs de grands photographes ou simplement anthropologues en herbe explorant l'identité britannique, cette exposition est faite pour vous, dépaysement et découverte garanties !
Exposition « Strange and Familiar : Britain as revealed by international photographers » curated by Martin Parr, du 16 mars au 19 juin 2016.
Barbican Center, Art Gallery (level 3), Silk St, London EC2Y 8DS
Tube station : Barbican
Elodie Boissard, Angélica Tarnowska (www.lepetitjournal.com/londres), le 31 mars 2016