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ELECTRO DELUXE - "Cela étonne les gens de voir autant de cuivres"

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 juin 2014

Pour sa première scène à Londres, Electro Deluxe a fait une entrée remarquée au Barfly, ce mardi 10 juin. Ce groupe étonnant et atypique a enflammé la salle, à l'occasion de la sortie anglaise de son dernier album, Home. Entre salle de concert et café, où nous avons eu la chance de les rencontrer, suivez l'itinéraire d'un ensemble pas comme les autres.

(source photo : Electro Deluxe)

Mardi soir, au c?ur de Camden, c'est au Barfly que se passe l'action. Le public se presse au devant de la scène, et les quelques uns qui trainaient près du bar se rapprochent à l'apparition du groupe. Alors que les sept membres envahissent la scène, on se dit, en les regardant de plus près, qu'il s'agit là d'une formation bien atypique.

Un groupe à la formation originale
C'est dans un café à deux pas du Barfly, avant les balances, que nous les avons rencontrés. Nous sommes alors à quatre heures du concert. Electro Deluxe, ce sont eux : le chanteur, James Coplay, est le seul anglophone natif de la bande. Gaël Cadoux est au clavier, tandis que Jérémie Coke s'empare de la basse. Habituellement, c'est Arnaud Renaville qui s'installe à la batterie, mais ce soir, Mathieu Gramoli donne le rythme. La surprise, elle est surtout du côté des cuivres : Thomas Faure au saxophone, Vincent Payen à la trompette, et Bertrand Luzignant au trombone composent un trio des plus ébouriffants. C'est notamment cette formation si particulière qui donne à Electro Deluxe ce son distinct. Les membres du groupe reconnaissent aisément qu'il est de plus en plus rare de voir une formation de cuivre au sein d'un groupe, surtout quand ce dernier comporte le mot Electro dans son nom. "Au printemps de bourges, on était le seul groupe avec un basse-batterie", nous raconte le groupe amusé, avant d'ajouter que "cela étonne les gens de voir autant de cuivres (...) Ils venaient nous voir pendant l'échauffement". 

Au départ, ils n'étaient que trois : Jérémie à la basse, Gaël au clavier, et Thomas au saxophone. Et puis, en 13 ans, la troupe s'est agrandie. "L'intégration des nouveaux s'est un peu imposée parce qu'on est tombé sur des gens qui correspondaient parfaitement au groupe", explique Thomas. "C'est très dur de monter un groupe, et sept ans après, d'intégrer un chanteur à plein temps. Ce sont des chances inouies que nous avons eues". Il n'y a qu'à les entendre parler entre eux à la fin de l'interview pour comprendre qu'ils regorgent d'expériences, ensemble ou chacun de leur côté. Ce sont notamment de ces rencontres personnelles qu'émergent des collaborations avec Ben l'Oncle Soul, Nina Attal, C2C, et tant d'autres. "C'est bien de toujours mettre un peu de sang neuf dans le groupe".

 

sources photos : concert du Barfly, CJ)

Un style en constante évolution
Justement, d'après eux, c'est ce sang neuf qui explique le décalage entre le nom Electro Deluxe, et l'image qu'ils renvoient. "Au début, notre style musical était un peu plus electro-jazz que maintenant, mais cela fait dix ans qu'on a ce nom, et il était difficile de changer en cours de route. L'appelation Electro Deluxe nous faisait marrer, ça n'était pas dans l'idée de mettre notre style dans notre nom". Au fil des années, l'électro s'est dont fait plus discret, à mesure que le groupe avançait : "on a évolué, on a muri, et la musique s'en ressent. On essaye de ne pas faire tout le temps les mêmes morceaux, et de se renouveler". Et si on leur demande quel serait leur style musical à présent, sur ce cinquième album ? "On rencontre des journalistes pour qu'ils définissent notre style à notre place", explique Thomas en riant. C'est pour autant le mélange soul-jazz-funk qui ressort de la question. Pour Gaël, cette évolution provient aussi de l'agrandissement de l'équipe : "nous étions un collectif, ce qui nous a permis de faire de belles collaborations. Depuis l'arrivée de James dans le groupe, il a été intégré tant au niveau de la composition qu'à l'image d'Electro Deluxe. Ca a fortement changé le style du dernier album par rapport aux anciens". Thomas complète en ajoutant que "depuis que le groupe s'est étoffé, on a moins besoin d'utiliser des samples (?) La couleur générale du dernier album est très old school par rapport au premier, assez funky dans les instruments, mais qui tire vers le pop-rock dans la partie chantée".

Et cela se ressent sur la scène du Barfly. James, le chanteur, a cette puissante à la fois vocale et charismatique, qui entraine le public dans son jeu : à chaque mouvement, il est rapidement imité par l'ensemble de la salle, qui commence à ressentir la chaleur ambiante. Chaque membre du groupe n'hésitera pas à montrer de quoi il est capable à travers plusieurs solos, qui ne manqueront pas de faire réagir l'audience. Comme l'a si bien dit James dans un anglais parfait, "il faut que le reste de l'immeuble, mais aussi la rue, nous entendent". Pari tenu, il me semble.

Le processus de création
Si son anglais est si parfait, c'est bien parce que James est anglophone, ce qui influe en même temps sur les chansons du groupe. "Comme il écrit les textes, on lui laisse la main sur ce qu'il veut raconter. Quand on travaillait avec des auteurs français, on les laissait écrire de la même façon". Pourtant, ce jour là, le groupe a eu bien des frayeurs, puisque James a bien failli ne pas passer la frontière, ce qui aurait eu pour conséquence l'annulation du concert. Heureusement pour Electro Deluxe et l'ensemble de la salle, ce ne fut qu'un contretemps qui restera sûrement comme l'anecdote principale de ce premier concert à Londres.

Pendant les presque deux heures du concert (un temps remarquablement long quand on voit l'énergie déployée par l'ensemble du groupe), Electro Deluxe se sera fait un malin plaisir à surprendre ceux qui découvraient le groupe, mais aussi les habitués. Avec une reprise de Staying Alive, par exemple, déjà faite lors de précédents concerts, mais aussi avec une version acoustique piano-voix de Rise Up, s'éloignant ainsi fortement de celle de l'album. Et puisqu'on parle de composition, nous avons cherché à découvrir au cours de notre entretien comment se déroulait le processus d'écriture au sein du groupe. "Il y a un compositeur qui compose le morceau quasiment en entier. La structure bouge beaucoup, mais c'est déjà bien avancé. Il joue ensuite le rôle d'arbitre quant aux idées des autres". Cela sous entend que le compositeur "pense le morceau en entier", selon une expression de Thomas, et qu'il ait donc des compétences musicales qui dépassent la sphère de son propre instrument.

Prochain rendez vous ?
Il semblerait donc qu'Electro Deluxe ait conquis le c?ur des Londoniens ? et c'est amplement mérité. "Le public anglais doit être assez exigeant. On l'est aussi donc ça tombe bien, on va bien s'entendre", disait Thomas avant le concert. C'est réussi ! On ne peut à présent qu'espérer un retour rapide du groupe sur le sol de la capitale. Et pour ceux qui s'en voudraient d'avoir raté ça, de nombreuses dates sont à venir. Celle à ne pas manquer, c'est sûrement l'Olympia, le 16 octobre. D'ici là, l'album Home est notamment en vente sur les plateformes de téléchargement légal. Ici, ça fait trois heures qu'on l'écoute en boucle, dans cette ambiance estivale. Et vous ?

Cindy Jaury (www.lepetitjournal.com/londres) vendredi 13 juin 2014

lepetitjournal.com londres
Publié le 12 juin 2014, mis à jour le 13 juin 2014
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