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L’hôpital colonial de San Andrés à Lima, un site oublié

Par Le Petit Journal LIMA | Publié le 07/04/2021 à 08:00 | Mis à jour le 07/04/2021 à 14:58
Photo : @ Pablo Solórzano
Hôpital colonial de San Andrés à Lima

Fondé en 1538 par les Espagnols, l’hôpital de San Andrés qui est l’un des plus anciens d'Amérique du Sud, résume une grande partie de l'histoire de la médecine péruvienne.

Depuis le début de la période coloniale au Pérou, la couronne espagnole a fondé des hôpitaux à Lima et c'est pourquoi cette ville en compte parmi les plus anciens d'Amérique du Sud. Ces hôpitaux ont été construits sur les hauteurs de la ville (« Barrios Altos » de Lima) pour éviter le transfert de germes et de bactéries que les patients pouvaient avoir, vers le centre de la ville.

Il y avait des hôpitaux pour chaque groupe de la société : celui de Santa Ana (qui n'existe plus) était destiné aux autochtones, le Real Hospital de San Andrés était pour les Espagnols et le San Bartolomé pour les esclaves africains.

 

L’hôpital San Andrés, un joyau secret de la médecine péruvienne

Des milliers de personnes passent chaque jour devant les portes de cet ancien hôpital, ignorant tout de son histoire de plus de 400 ans. L'hôpital a été fondé en 1538, il était l'un des plus grands de son époque et possédait également son propre cimetière.

Les patients s’y rendaient dans l'espoir d'y avoir une bonne mort grâce à l'aide spirituelle chrétienne. C'est pourquoi chaque hôpital colonial avait une chapelle. Celle de San Andrés est très belle malgré sa situation d'abandon dans laquelle elle se trouve. À l’entrée, un carreau de marbre sur le sol est marqué d’une inscription en latin : « Canet tuba et mortui resurgent incorrupti » (La trompette sonnera et les morts ressusciteront sans corruption).

 

Hôpital San Andrés de Lima
@ Pablo Solórzano

 

La chapelle possède également un beau baptistère décoré de céramiques sur lesquelles il est possible de lire les noms des bienfaiteurs quand San Andrés fonctionnait comme une école pour enfants pauvres à la fin du XIXe siècle. Parmi les noms figurent ceux d'Augusto B. Leguía, président du Pérou, et même celui du Tsar Nicolas II lui-même, dernier empereur de Russie.

 

Hôpital San Andrés de Lima
@ Pablo Solórzano

 

Avant le début de l'attention moderne aux problèmes de santé mentale, les soi-disant « fous » étaient entassés dans la cour de l'hôpital de San Andrés, ce qui permet de le considérer comme le premier « asile » au Pérou et en Amérique du Sud. Malheureusement, les personnes atteintes de maladie mentale restaient enchaînées et étaient traitées sans pitié. Du moins jusque dans les années 1850, date à laquelle les choses changent grâce au Dr José Casimiro Ulloa (le premier psychiatre péruvien), qui a étudié en France où il a suivi les enseignements du Dr Trousseau et du Dr Claude Bernard. Ulloa fonda en 1859 l’hôpital de la Miséricorde, le premier asile officiel de Lima et y accueillit les malades mentaux.

 

Hôpital San Andrés de Lima
@ Pablo Solórzano

 

Des Incas à San Andrés ?

Diverses sources indiquent que dans l'un des patios de l'hôpital ont été enterrées les momies des Incas Huayna Cápac ou Pachacútec. Des momies qui ont été trouvées à Cusco par l'Espagnol Polo de Ondegardo et déplacées à Lima pour empêcher d’être une cause de culte pour les indigènes. Les chroniqueurs espagnols Antonio de la Calancha et José de Acosta ont déclaré avoir vu ces momies à San Andrés.

En 1937, des fouilles ont été faites sur le site par le polygraphe péruvien José de la Riva Agüero. Certains anciens employés de l'hôpital l'informèrent qu'en 1878, l'aumônier et certaines des religieuses françaises installées ici avaient trouvé des momies. Au vu de leurs vêtements et de leurs cheveux, ils ont compris qu’il s’agissait « d'Indiens » et les ont envoyés dans la fosse commune du cimetière général de Lima. Serait-ce les restes des puissants Incas Pachacutec et Huayna Cápac ?

 

Hôpital San Andrés de Lima
@ Pablo Solórzano

 

Le collège de médecine San Fernando et l’influence scientifique française

Le Collège de médecine et de chirurgie de San Fernando a été fondé sur le terrain de l'hôpital de San Andrés en 1811, grâce à l'initiative de Hipólito Unanue, un Péruvien éclairé qui a été influencé par les idées des scientifiques français de l'époque. Bien que le lieu n'existe plus, car à sa place se trouve désormais l'école « Héroes del Cenepa », son histoire est importante puisque c’est ici que fut construit le premier amphithéâtre anatomique du Pérou, l'un des plus anciens du continent.

En 1843, le docteur péruvien Cayetano Heredia, directeur de ce collège, envoya des étudiants boursiers en France pour parfaire leurs connaissances et à leur retour, ils devinrent professeurs à la faculté de médecine. Ainsi, le panorama de la médecine au Pérou a été radicalement changé. La brillante Laura Rodríguez qui a étudié dans cette école, est devenue en 1900 la première chirurgienne au Pérou malgré tous les obstacles qu’elle a dû affronter en raison de sa condition de femme.

L'Hôpital de San Andrés résume une grande partie de l'histoire de la médecine péruvienne, il est donc dommage qu'il soit fermé au public et que certains de ses espaces soient à l’abandon. Cependant, s’y trouve aujourd'hui un atelier de la municipalité de Lima pour restaurer les anciens balcons de la ville. Il existe également un projet d'ouverture d'un musée de l'histoire de la médecine péruvienne.

 

Hôpital San Andrés de Lima
@ Pablo Solórzano

 

Rédacteur : Pablo Solórzano - Guide touristique

 

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