Édition internationale

LE COIN DVD - Coffret Kenji MIZOGUCHI : Les années 40

Le coin DVD Par Gérard CAMY
Coffret Kenji MIZOGUCHI : Les années 40
3 DVD, 5 Films
Editions Carlotta 2007
 
Après le remarquable travail élaboré autour de Yasujiro Ozu, les éditions Carlotta continuent leur magnifique entreprise de réédition des chefs d'?uvre du cinéma japonais en proposant ce sublime coffret sur Kenji Mizoguchi (1898-1956), l'autre géant du Septième Art nippon.

Les cinq films retenus et parfaitement restaurés appartiennent tous à la période de l'immédiate après guerre entre 1945 et 1949. Si le premier (Cinq femmes autour d'Utamaro) est relativement connu, les quatre autres sont d'extraordinaires révélations qui nous permettent de découvrir un pan essentiel de la gigantesque filmographie du Maître.
Et puis ces 3 DVD contiennent des suppléments très nombreux et d'une rare qualité : cinq analyses d'une belle intelligence de l'indestructible Jean Douchet, trois entretiens profonds avec le critique et cinéaste japonais Kaneto Shindo, deux analyses stylistiques et historiques de l'illustrateur et peintre que fut Kitagawa Utamaro par Hélène Bayou, conservatrice du Musée Guimet, une réflexion impressionnante de pertinence autour de Kenji Mizoguchi dans le Japon des années d'après guerre.
Enfin pour couronner ce contenu éblouissant, un livret de 30 pages signé par Pascal Vincent, un des meilleurs spécialiste du cinéma japonais, regard d'une acuité précieuse sur la vie et l'?uvre du Maître japonais pendant cette période si particulière des années 40, explique clairement comment ces films, lumineux poèmes cinématographiques, si différents dans leur contexte d'écriture et de production, éclairent et annoncent l'immense ?uvre à venir du maître, de Mademoiselle Oyu (1951) à La Rue de la honte (1956) en passant par Les Contes de la lune vague après la pluie (1953) et L'Intendant Sansho (1954).

DVD 1 : Cinq femmes autour d'Utamaro (1946) avec Kinuyo Tanaka et Minosuke Bando.
Au 18ème siècle, Kitagawa Utamaro est un peintre considéré comme un spécialiste du portrait féminin. Il entretient avec ses différents modèles des rapports ambigus dans un tourbillon passionnel qui va bientôt le dépasser. Il est bientôt arrêté car ses tableaux sont jugés obscènes? Cette ?uvre est sans doute un des plus beaux films sur le monde de l'art, à la fois biographie romancée et métaphore sur les conditions de l'artiste à cette époque. Les actrices sont voluptueusement mises en scène, semblant émerger des véritables estampes du grand peintre, fascinantes et sensuelles. Mais l'ensemble dégage aussi une souffrance et une cruauté exprimées par la douleur d'Utamaro contraint de garder chez lui ses mains liées. Magistral !
Suppléments : Misère et grandeur de la beauté (22 mn) par Jean Douchet
Yoshiwara et le Monde Flottant (22 mn) par Hélène Bayou, conservatrice au musée Guimet
Images d'Utamaro (17 mn)
Kitagawa Utamaro en quelques estampes par Hélène Bayou
Entretien avec Kaneto Shindô (11 mn)

DVD 2 : L'Epée Bijomaru (1945) avec Shotaro Hanayagi et Isuzu Yamada
Sasae, fille d'un samouraï assassiné, décide de le venger. L'ouvrier armurier Kiyone lui forge une épée parfaite, qui avait fait défaut à son père quelques années auparavant. Insistant sur la nécessaire loyauté et la fidélité au clan, au maître et au père de substitution, L'Epée Bijomaru propose une réflexion critique fort habile sur la création, la spiritualité qui l'entoure et l'harmonie indispensable qui unit le corps et l'esprit. Dans ce film de Samourais méconnu, Mizoguchi, loin de l'exaltation fanatique du combat envisage l'épée comme une ?uvre d'art plutôt qu'en objet de mort. Le noir et blanc d'une grande beauté, signé Shigeto Miki (comme celui de Cinq femmes autour d'Utamaro et L'Amour de l'actrice Sumako), contribue à l'atmosphère féerique qui se dégage de la quête de Sasae.
L'Amour de l'actrice Sumako (1947) avec Kinuyo Tanaka et So Yamamura
Shimamura Hogetsu, jeune écrivain et professeur d'université, cherche l'actrice qui pourra interpréter le rôle principal de « La maison de poupée » d'Ibsen. Il rencontre alors Sumako et en tombe amoureux. Leurs rapports passionnés vont troubler les membres de la troupe.
Ce film marque l'incursion de Mizoguchi dans l'univers du théâtre et exprime son goût pour une modernité révolutionnaire qui dépasserait les pesanteurs des conventions, tout en les incorporant. Ainsi, le héros défend Ibsen contre le théâtre Kabuki. Mizoguchi réalise ici un très beau de femme, intimiste et subtil, qui lui permet d'exprimer avec sincérité sa passion pour toutes les formes d'art.
Suppléments : L'Épée Bijomaru par Jean Douchet (4 mn)
Entretien avec Kaneto Shindô (11 mn)
L'Amour de l'actrice Sumako par Jean Douchet (5 mn)
Kenji Mizoguchi de 1945 à 1949 (30 mn) par Charles Tesson

DVD 3 : Les Femmes de la nuit (1948) avec Kinuyo Tanaka et Sanae Takasugi
A Osaka, après la mort de son mari et de son bébé, Fusako, une secrétaire, maîtresse de son patron, retrouve, par hasard sa s?ur Natsuko. Cette dernière lui apprend le décès de leurs parents et lui avoue qu'elle est entraîneuse dans un cabaret. Un soir, Fusako rentre chez elle et trouve sa s?ur dans les bras de son patron. Elle décide de se prostituer?
Ce film rare, largement inspiré par le néoréalisme italien, élabore une représentation profondément pessismiste du sort réservé aux femmes dans le Japon d'après-guerre, exsangue économiquement. Les Femmes de la nuit étonne par la modernité de sa mise en scène et de son travail de caméra. Il annonce d'une certaine manière les oeuvres plus contestataires de comme L'Ange Ivre de Kurosawa mais offre une fois encore un splendide portrait de femme, à la fois tragique et impitoyable.
Flamme de mon amour (1949) avec Kinuyo Tanaka et Ichiro Kinuyo
Toshiko Kishida, une militante féministe, part en visite à Okayama où Eiko Hirayama a fondé une école. Cette dernière participe aux manifestations qui ont lieu dans la ville pour la défense des droits de la femme. Peu de temps après, l'école est fermée par les autorités et Eiko part pour Tokyo?
Ce film préfigure magnifiquement la vague de chefs d'?uvres qui parsèmera la filmographie de la décennie suivante. Véritable manifeste féministe, suite logique de La Victoire des femmes que Mizoguchi a réalisé trois ans avant, cette ?uvre lyrique et engagée laisse exploser une maîtrise incroyable du cadre qui enveloppe la mise en scène dans une délicatesse et une beauté rare. Flamme de mon Amour est sans conteste un des jalons les plus réussis qui parsème la route du cinéaste vers ses chefs d'?uvres des années 50.
Suppléments : Les Femmes de la nuit par Jean Douchet (5 mn)
Entretien avec Kaneto Shindô (14 mn)
Flamme de mon amour par Jean Douchet (5 mn)
Bonus caché (4 mn)
 

Gérard CAMY. (www.lepetitjournal.com - Monaco) 13 septembre 2007 
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