

A l'initiative de l'association d'entrepreneurs francophones Les Franc-Risqueurs, Jean-Luc Lachaut a passé le flambeau avant l'été à une nouvelle équipe dirigeante, qui sera en charge de continuer à développer ce réseau d'entraide. Il revient sur la genèse de l'association et ses raisons d'être, mais aussi sur sa vision de l'entrepreneuriat en Espagne.
Lepetitjournal.com : Revenons aux bases : pourquoi avoir créé l'association Les Franc-risqueurs ?
Jean Luc Lachaut (photo DR): Dans le panorama institutionnel de Madrid, les créateurs d'entreprises n'avaient pas leur espace propre. Au mieux, ils étaient regroupés avec des salariés (quelle que soit leur fonction) de grandes et petites entreprises. Et il y a une grande différence entre recevoir un salaire chaque mois ou le construire au jour le jour avec tous les risques que suppose la création d'entreprise quant aux capitaux engagés, à l'engagement personnel, à l'implication des conjoints, etc. Les cauchemars ne sont pas les mêmes à la fin du mois quand il faut payer les fournisseurs, les salaires, ou négocier avec son banquier. Donc les entrepreneurs et surtout les auto-entrepreneurs se sentaient isolés, bien que partageant les mêmes problèmes. Et s'ils partageaient des problèmes communs, ils étaient riches également d'expériences, de savoir-faire, de connaissances diverses propres aux créateurs d'entreprise qu'ils pouvaient mettre en commun. Je pense aux aspects fiscaux, de comptabilité, de transport, de page web, de localisation etc. Il me paraissait évident qu'il devait exister une plateforme de partages gratuits, pouvant parfaitement coexister avec des relations d'affaires.
Vous quittez l'association après avoir assuré pendant plusieurs années sa présidence. Quelles sont les raisons de votre départ ?
En 2013 j'ai fait valoir mes droits à la retraite pour les années où j'ai cotisé en France. Même si ma pension française est symbolique, je ne me sentais en porte à faux avec les autres membres ; être "rentier" et franc-risqueur, compte-tenu de la différence que j'ai souligné précédemment entre "salarié" et franc-risqueur, ne me semblait pas possible. J'ai donc informé les membres de l'association en octobre 2013, que je laissais la présidence.
Et puis, en allant plus loin dans les raisons, je suis convaincu qu'une fonction ne peut être assurée au-delà de 3 à 5 ans. C'est mauvais pour la fonction et mauvais pour la personne qui l'assume. Une personne ne peut avoir toutes les qualités pour assurer une présidence éternellement. L'usure existe dans beaucoup de domaine et celui-là ne fait pas exception. J'ai initié un processus, à d'autres de le faire mûrir, et à moi de m'aventurer vers d'autres projets, d'autres risques.
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Association espagnole de chefs d'entreprises et travailleurs indépendants francophones, qui s'entraident et accueillent de futurs créateurs d'entreprises. A relire: |
Quels regards portez-vous sur le travail effectué au sein de l'association pendant ces années de présidence ? Comment évaluez-vous le chemin parcouru ?
Je dois d'abord rappeler que nous avons démarré en 2007 comme club d'entrepreneurs et ce n'est qu'en 2010 que nous avons décidé de nous transformer en association. Si cela n'a rien changé dans notre fonctionnement, le statut juridique nous a ouvert une légitimité que nous n'avions pas préalablement auprès des grandes institutions, notamment francophones. Donc il fallait constituer un bureau pour répondre aux obligations légales. Mais comme vous le savez, nous sommes une entité qui rassemble des créateurs d'entreprise, donc des personnes qui sont leur propre chef et n'acceptent que difficilement toute forme de hiérarchie. Donc Le travail effectué est le travail que nous avons tous ensemble effectué. L'art de la présidence de ce genre d'association réside, à mon avis, à trouver toute sa place, à égalité avec tous les membres mais sans jamais prendre l'ascendant. Bien entendu le travail de président oblige des fonctions de représentation et je me suis attaché à faire connaître l'association auprès de toutes les institutions francophones présentes à Madrid, notamment auprès des ambassades. Quant à évaluer le chemin parcouru, je dirais simplement que l'idée que j'ai porté en 2007, qu'en se rassemblant on pouvait faire mieux et plus vite, cette idée s'est concrétisée et l'association est aujourd'hui bien présente tant auprès des entrepreneurs qui y trouvent des réponses à leurs problèmes, que des institutions qui aident à son développement. Elle est aujourd'hui à même de poursuivre sa route, de changer de présidence? et ça, c'est un acte de maturité incontestable.
Quels sont vos principales réussites ? Vos échecs ?
À première vue, on ne voit que des échecs. On se dit toujours qu'on aurait pu faire plus et mieux. On voit toujours les terrains à exploiter qui sont toujours en jachère. Et ceux qui vous le rappellent sont les premiers à vouloir partager les succès? Une grande partie du travail a été d'entrainer, convaincre, limer les aspérités, être bienveillant tout en sachant dire non? Et puis on se dit que tout compte fait, l'idée de créer cette association était bonne, que nous avons convaincu des organismes prestigieux comme l'Assemblée Nationale ou le Sénat français, ou encore l'OIF, voire les ambassades francophones présentes à Madrid. Une telle reconnaissance ne tient pas du hasard. Tous les membres, anciens et récents, tous ensembles, nous avons créé de la matière tangible.
Quelle place tient aujourd'hui l'association au sein de la communauté française en Espagne ?
Je n'en sais rien ! Mon sentiment est que, bien que nous nous dirigions à tous les entrepreneurs francophones en Espagne, nous sommes bien connus des Français d'Espagne et Lepetitjournal.com y est pour beaucoup. Quant aux institutions françaises présentes à Madrid, elles nous reconnaissent, même si nous ne faisons pas partie (encore) de leur environnement habituel. Mais nos réseaux sociaux fonctionnent de mieux en mieux, preuve en est les déjeuners mensuels ouverts à tous, qui rassemblent de très nombreux convives intéressés par la démarche de la création d'entreprise.
Quels sont les principaux défis de la nouvelle équipe dirigeante ?
Il faudra leur poser la question ! Mais je dirais plutôt : quels sont les défis de la cinquantaine de membres qui compose l'association ? D'abord être convaincu qu'une communauté de créateurs d'entreprise qui partage des idées, des expériences, des savoir-faire est extrêmement forte et peut ainsi mieux répondre à tous les problèmes qui naissent chaque jour. Et je crois sincèrement qu'il faudra maintenir ce paradoxe entre le créateur d'entreprise libre et sans contrainte pour développer son affaire mais qui ose partager avec d'autres créateurs pour mieux asseoir ses bases et aller de l'avant. Ensuite il faudra essaimer quelle qu'en soit la forme, pour trouver de nouveaux réseaux d'affaires.
Quid du Salon Virtuel de l'Économie Francophone (SVEF) ?
Cette idée d'un de nos membres, Jean-François Sauré, de créer un espace virtuel rassemblant des entreprises à travers le monde francophone pendant un laps de temps court correspondant à un salon normal, a été très bien accueillie par les responsables de grandes institutions prestigieuses comme l'OIF, l'Assemblée Nationale ou le Sénat français qui soutiennent financièrement le projet. Il est vrai également que le public n'est pas encore réceptif à ce genre d'initiative? qui semble trop abstraite. Mais si tout va bien le projet devrait être annoncé au prochain Sommet de la Francophonie à Dakar, fin novembre. Enfin ce sera aux personnes en charges de ce projet d'en décider.
Comment allez-vous assurer la transmission du témoin ?
Être présent à la demande de chacun tout en me retirant, en faisant disparaître l'image que je peux avoir auprès des membres de l'Association. Mais la vitesse de croisière est pleinement assurée ; chacun a sa place notamment dans toutes les commissions, page web, newsletter, SVEF, incubateurs, déjeuners mensuels, etc. et la partie plus administrative et légale correspondant au nouveau bureau. C'est une machine qui roule et qui s'inclinera vers de nouvelles orientations en fonction de ses membres et des temps qui courent.
Entreprendre aujourd'hui en Espagne, une parodie de Don Quichotte ?
Le créateur d'entreprise n'a pas de frontière ou s'il en a une, il lui faut augmenter ses idées, ses initiatives, ses performances. Entreprendre est une attitude dans la vie. C'est rêver et mettre en oeuvre les moyens pour concrétiser ses rêves. Don Quichotte est universel et ses luttes oniriques n'ont, elles non plus, pas de frontière. Que les choses soient difficiles ici, certes, mais nous avons démarré avec la crise ; beaucoup de nos membres ont dû se reconvertir, quitter l'Espagne. D'autres sont arrivés et ont créé leur entreprise avec succès.
Quels sont vos conseils pour les nouveaux entrepreneurs ?
J'insisterai sur un point : l'attitude. Il faut développer la pleine conscience (mindfulness) à toutes les étapes du processus de création d'entreprise, savoir à chaque instant pourquoi on fait une chose, qu'est-ce que l'on vise, qui écouter etc. et surtout ne pas se perdre dans les méandres de la sur-information, les rumeurs, les opinions les plus diverses, l'apparence, l'instantané, l'effet d'annonce, etc. Il faut lutter pour ne pas être robotisé à petit feu, garder sa pleine conscience pour conserver toutes les chances du succès.
Un dernier mot ?
Oui, profiter de cette interview pour remercier chaleureusement tous ceux qui ont été présents de près ou de loin tout au long de cette aventure qui a 7 ans maintenant. C'est grâce à la bienveillance dont l'association a bénéficié au cours de ces années que nous avons pu progresser et ouvrir de nouvelles perspectives à de nombreux entrepreneurs francophones présents en Espagne.
Propos recueillis par Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mardi 9 septembre 2014
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