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ENA - Mexind, promotion Winston Churchill

Par Lepetitjournal Jakarta | Publié le 28/02/2018 à 23:30 | Mis à jour le 28/02/2018 à 23:30
Photo : Mexind Suko Utomo
ENA - Mexind, promotion Winston Churchill/ENA/AIRBUS/Indonésie/Paris

Une chemise en batik conventionelle, le regard pétillant, la gentillesse et l’ouverture d’esprit affichées sur le visage, le premier contact avec Mexind est très agréable, la conversation qui s’en suit confirme les premières impressions. Mexind est indonésien, il a 27 ans et il sort de l’ENA. Aujourd’hui, il travaille chez Airbus à Jakarta, en charge des Affaires Publiques. Mexind nous raconte son parcours déjà hors norme avec simplicité. 

Comment se retrouve-t-on élève de l’ENA en venant d’Indonésie ?

Je me suis retrouvé à l’ENA après avoir dû renoncer à Sciences Po. J’ai été admis académiquement mais pas financièrement et nous n’avons pas trouvé de solution. Puis, l’Ambassade de France en Indonésie m’a proposé de préparer le concours de l’ENA. La proposition m’a paru saugrenue parce que pour moi c’est l’école des Présidents Français et je n’avais pas l’intention d’être Président de la France ! Mais je me suis lancé, j’ai préparé le concours des élèves étrangers en 6 mois là où il en faut 12 normalement et j’ai été admis : promotion Winston Churchill (2014-2015). Je suis le 2ème Indonésien à avoir fait l’ENA. Mon prédécesseur, Monsieur Sapta Nirwandar, l’a fait il y a presque 30 ans, promotion Liberté-Egalité-Fraternité (1987-1989) avec Monsieur Jean-François Copé. Il a été vice-ministre du Tourisme et de l’Economie créative sous la présidence de SBY. L’écart est moins grand entre moi et les prochains car j’ai deux compatriotes qui sont sortis récemment en juillet 2015 et avril 2016.

Etre étudiant étranger à l’ENA, ça représente quoi comme défi ? 

Lors d’un de mes stages, j’ai été affecté à la Représentation permanente de la France auprès de l’UE, en charge des questions africaines : autrement dit, regarder l’Afrique depuis l’Europe avec des lunettes françaises par des yeux indonésiens, c’était une expérience quadridimensionnelle intéressante… En France,  j’ai dû non seulement parler français mais penser en français et surtout agir à la française. Et je peux vous assurer que ce n’est pas du tout comme la pensée et la façon d’agir indonésienne ! 

Pourquoi avoir eu envie de faire vos études en France ? 

Mon rêve était de faire du jazz, de devenir musicien de jazz. Mais je n’ai pas reçu l’approbation familiale et mon père, diplomate a trouvé un compromis : étudier les lettres françaises à Universitas Padjadjaran de Bandung. Je ne parlais pas un mot de français mais j’aimais les langues, je parlais déjà l’anglais et l’espagnol car je suis né au Mexique – d’où mon prénom, et j’ai plus tard passé mon bac en Argentine. Les études de français m’ont paru naturelle car mes auteurs préférés, mes philosophes préférés étaient déjà français : Descartes, Montesquieu, Sartre, Foucault. J’ai fait mon mémoire sur Erik Orsenna « La grammaire est une chanson douce ». 

Des études littéraires, ce n’est pas forcément la voie royale. Vous avez l’impression d’avoir pris un risque ? 

Pas du tout ! La littérature mène à tout, c’est l’imagination qui s’ouvre. Et puis le français me donnait un avantage comparatif par rapport à ceux qui ne parlent qu’anglais. Le français est parlé dans 77 pays dans le monde, ce n’est pas rien. 

Durant vos études, comment s’est développé votre projet professionnel ? 

Mes parents sont tous deux diplomates et si au départ ce métier était pour moi synonyme de séparations familiales, je me suis rendu compte qu’il permettait de parler plusieurs langues. C’est un métier de contacts humains, de partage de cultures. Durant mes études, j’ai créé mon réseau en étant interprète espagnol, porte-parole de l’association des étudiants franco-indonésienne, vacataire au centre culturel français de Bandung et jeune ambassadeur pour l’ASEAN. D’où mon envie de travailler dans l’environnement européen, car l’ASEAN regarde du côté de l’Europe. Si l’organisation ne se construit pas de la même façon, elle s’en inspire grandement. 

Mais vous voici maintenant chez Airbus, loin de la diplomatie…

Quand j’ai fini l’ENA, cela a coïncidé avec la décision de Jokowi de geler les embauches de fonctionnaires pendant toute la durée de son mandat. Donc pas question pour moi de rejoindre la voie diplomatique indonésienne. Mais ici, je pratique tout ce que j’aime et en particulier les langues : mon entretien d’embauche s’est déroulé en espagnol et je parle le français tous les jours. 

Quelles sont vos ambitions personnelles aujourd’hui ? 

Je voudrai devenir un professionnel international, être un citoyen du monde responsable qui œuvre à rassembler les gens. Finalement, les avions ça sert à ça ! Et puis, notre pays a du potentiel mais pas assez de représentations internationales. Alors si je peux servir à cela aussi, c’est une chance. 

Quel regard portez-vous sur votre pays ? 

J’aurai pu rester en France après l’ENA mais je suis très optimiste pour mon pays et je voulais être ici pour participer à cet élan, pour participer à l’émergence de l’Indonésie. Nous sommes plein de promesses. Le rêve de ma génération c’est de bien placer l’Indonésie dans le monde. On a tous les bons ingrédients pour cela à commencer par le multiculturalisme qui nous donne un grand savoir-faire dans le monde d’aujourd’hui.

Et de votre point de vue quels sont les grands défis de votre pays ? 

Comme tous les pays émergents, il faut que nous luttions contre la corruption. Et puis, nous devons nous ouvrir plus largement à la mondialisation et ne plus avoir peur des produits étrangers, tout en restant competitif. 

Vous devez également avoir un regard sur la France d’aujourd’hui, quel est-il ? 

Je vois la France comme un pays en pleine transformation sociale. Les attentats – j’étais à Nice sur la Promenade des Anglais le 14 juillet dernier –, ce sont des tests de la mixité. Et je pense que les Français y ont répondu positivement. La France porte une voix différente, originale. Il y a une vraie énergie attractive de la France. 

Votre vie de tous les jours, à quoi ressemble-t-elle ? 

Je viens de me marier avec une indonésienne qui parle français bien sûr, nous partageons cette passion-là. Nous vivons dans un studio pas trop loin de mon travail où je me rends en 
« Gojek ». Le week-end, nous allons à Bandung voir la famille de mon épouse ou nous profitons de ma famille enfin réunie à Jakarta. Et puis mes années en France m’ont donné des dettes envers mes amis restés ici… Alors je me rattrape. 

Amélie Heim (www.lepetitjournal.com/jakartamercredi 2 novembre 2016

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