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Papouasie occidentale : les derniers glaciers d’Océanie vivent leurs ultimes années

Vous avez bien lu le titre de l'article. Il y a des glaciers en Indonésie ! À près de 4 900 mètres d’altitude, au sommet du Puncak Jaya, dans les montagnes de Papouasie occidentale, subsistent les derniers glaciers tropicaux d’Océanie. Ces reliques de glace, perchées au-dessus des forêts équatoriales, vivent aujourd’hui leurs dernières années. Longtemps surnommés « neiges éternelles », ils sont devenus le symbole d’un réchauffement climatique qui atteint désormais jusqu’aux tropiques les plus humides.

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Le Puncak Jaya (4,884m) en Papouasie occidentale, est le plus haut sommet d'Océanie et abrite les derniers glaciers d'Asie du Su-Est.. Photo : Klaus Thymann/Project Pressure
Écrit par Lepetitjournal Jakarta
Publié le 29 mai 2026, mis à jour le 2 juin 2026

Depuis 2018, les glaciers de Papouasie occidentale ont diminué des deux tiers

Le spectacle est saisissant : quelques langues de glace accrochées à la roche cernées par les reliefs abrupts du massif de Sudirman. Oui vous avez bien lu. Nous sommes en Indonésie dans la partie occidentale de la Papouasie et il y a bien des glaciers. Mais là où s’étendait encore au XIXe siècle une calotte glaciaire d’environ 19 kilomètres carrés, il ne reste plus qu’une fraction infime.

Les chiffres donnent la mesure de l’effondrement. Selon les travaux récents menés à partir d’images satellites haute résolution, la surface glaciaire du Puncak Jaya a diminué de plus de 99 % depuis 1850. Plus spectaculaire encore : entre 2018 et 2024 seulement, les glaciers ont perdu près des deux tiers de leur superficie restante. En 2024, l’ensemble des glaces encore présentes ne couvrait plus que 0,165 km². Les scientifiques considèrent désormais leur disparition comme inéluctable.

Si le rythme actuel se maintient, les derniers glaciers papous pourraient disparaître autour de 2030. Et encore, il s'agit déjà d'un sursis car on pensait les voir s'éteindre dès 2026.

Cette fonte accélérée n’est pas nouvelle. Les archives photographiques et les premières expéditions aériennes du XXe siècle montraient déjà une réduction rapide de la glace. Le glacier Meren a disparu entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, tandis que les glaciers Southwall et West Northwall ont disparu au cours des années suivantes. Aujourd’hui, seuls subsistent des fragments du East Northwall Firn et du glacier Carstensz.

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Le galcier East Northwall Firn en Papouasie occidentale. Photo : Klaus Thymann/Project Pressure

Le changement climatique d’origine humaine à l’origine de cette catastrophe

Les causes sont bien identifiées. Les glaciers tropicaux, particulièrement sensibles aux variations de température et aux changements d’humidité, réagissent rapidement au réchauffement atmosphérique. Dans cette région d’Asie du Sud-Est, l’augmentation des températures s’ajoute aux effets d’oscillations climatiques comme El Niño, qui favorisent la fonte et réduisent l’accumulation de neige. Une étude publiée en 2019 concluait déjà que la disparition des derniers glaciers du « Western Pacific Warm Pool », vaste région chaude du Pacifique occidental, était imminente.

Au-delà des chiffres, ces glaciers constituent aussi une archive climatique précieuse. La glace tropicale conserve des traces chimiques et isotopiques permettant de reconstituer l’histoire atmosphérique de la région sur plusieurs siècles. Chaque année de fonte efface donc une partie de cette mémoire naturelle.

L’organisation Project Pressure documente cette disparition 

C’est précisément pour documenter cette disparition qu’intervient l’organisation Project Pressure. Fondée par l’explorateur et photographe danois Klaus Thymann, cette initiative internationale mêle recherche scientifique et documentation visuelle des glaciers menacés.

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L’expédition s’est appuyée sur la photogrammétrie par drone, les relevés GPS et l’imagerie satellite pour produire des modèles tridimensionnels des glaciers. Photo : Klaus Thymann/Project Pressure

Au printemps 2026, Project Pressure a conduit une nouvelle mission au Puncak Jaya afin de mesurer avec précision l’état des glaces restantes. L’expédition s’est appuyée sur la photogrammétrie par drone, les relevés GPS et l’imagerie satellite pour produire des modèles tridimensionnels des glaciers encore présents. L’objectif est double : affiner les mesures scientifiques de la fonte et constituer une archive numérique de paysages appelés à disparaître. Project Pressure a ainsi publié un modèle 3D du glacier en recul, précis au centimètre près, réalisé grâce à la technologie de positionnement Trimble. 

Les premières conclusions sont sans appel. Le principal glacier encore présent aurait perdu environ 95 % de sa surface depuis 2002. Les chercheurs décrivent une disparition désormais visible à l’échelle humaine : d’année en année, les fronts glaciaires se fragmentent et se retirent vers les plus hautes altitudes.

Pour Klaus Thymann, il ne s’agit plus de savoir si ces glaciers disparaîtront, mais quand. Leur agonie, dit-il, représente une forme de « destruction planétaire accélérée ».

La disparition des glaciers de Papouasie occidentale n’aura qu’un effet limité sur le niveau mondial des mers. Mais leur portée symbolique est immense. Voir fondre de la glace sous l’équateur rappelle brutalement que le changement climatique ne connaît plus de refuge, pas même sur les plus hauts sommets des tropiques.

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