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Indonésie - Sable, quand les plages disparaissent...

Par Joël Bronner | Publié le 22/02/2022 à 21:30 | Mis à jour le 23/02/2022 à 12:34
Photo : @Rapahelle S
Jakarta PIK sable

Le sable marin est massivement consommé par nos sociétés modernes, en particulier dans la construction. En Indonésie comme ailleurs, les stocks pourraient s’évanouir d’ici à la fin du siècle… et les plages avec eux.

 

Combien d’expatriés auraient renoncé à venir s’installer en Indonésie si les plages n’étaient plus là ? Combien de voyageurs visiteraient encore Bali si Kuta était rayée de la carte ? Aucune statistique officielle sur le sujet, certes, mais la question est bien moins farfelue qu’il n’y parait. Après l’eau - et l’air - le sable marin est aujourd’hui la ressource naturelle la plus consommée au monde… et il est tout sauf infini.

 

Depuis la fin du 20e siècle, l’état général de la planète suscite de vives inquiétudes. Après un premier cri d’alarme il y a 25 ans, pas moins de 15 000 scientifiques viennent de lancer un second « avertissement à l’humanité » traduit par Le Monde et ici en VO. « Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense (…) » soulignent notamment les signataires.

 

Le sable, ingrédient essentiel du béton armé

Ainsi en va-t-il par exemple de la question du sable. Melky Nahar travaille à Jakarta pour l’ONG JATAM, spécialisée dans la lutte contre l’exploitation excessive des ressources naturelles. « Le grand public pense souvent que l’exploitation et l’extraction du sable est quelque chose de mineur et que cela ne nuit que modérément à l’environnement et aux populations. Pourtant, cette perception est fausse. Et ici, cette industrie s’est déjà étendue à peu près partout dans l’archipel. C’est notamment une conséquence du développement des infrastructures. »

 

Une fois transformé, le sable se retrouve un peu partout dans nos vies quotidiennes, mais c’est surtout en tant qu’élément indispensable du béton armé qu’il réapparait en particulier dans toutes les tours qui nous entourent.

Et pour pouvoir gratter le ciel, ce sont d’abord la mer et les plages qui ont été creusées.

marchand de sable Indonesie
marchand de sable@joelBronner

 

À l’image de la province de Banten, à 3h de route de Jakarta, où l’exploitation intensive du sable au large des côtes a duré une décennie, de 2004 à 2013. Résultat, les habitants vivent aujourd’hui pratiquement les pieds dans l’eau, comme le déplore Fachruri, du syndicat des pêcheurs de Lontar. « L’érosion est un phénomène naturel provoqué par la mer. Mais ceux qui exploitent le sable ont fait gravement empirer les choses. En retirant le sable, la mer devient plus profonde, les vagues plus grosses et elles viennent donc davantage rogner sur les terres. Il y a dix ans, les terres cultivables s’étendaient au-delà des mangroves, à une vingtaine de mètres d’ici. Maintenant, comme vous le voyez, ces terres ont laissé place à la mer. Il n’y a plus que la mer ...»

 

Autres installations très gourmandes en sable, les aménagements sur l’eau qui permettent l’extension de territoires terrestres. C’est le cas notamment des iles artificielles du projet de développement de la baie de Jakarta ou bien de la progression du territoire de Singapour, dont la superficie a augmenté de 20% ces 40 dernières années.

 « Géographiquement, une partie des besoins en sable de Singapour est comblé par les iles indonésiennes Riau. Cela pose des questions de souveraineté, qui en font un sujet très sensible » analyse Arifsyah Nasuntion, en charge de la question des océans pour Greenpeace. Il poursuit. « Bien sûr que Singapour a le droit de de se développer, mais c’est une équation très compliquée à laquelle il faut faire face. Lorsqu’une ile disparait en partie d’un pays pour grosso modo réapparaitre dans un autre, ce n’est plus uniquement un problème environnemental, cela devient aussi un problème politique. »

 

À Lontar, loin de toute considération géopolitique, tandis que la mer lèche les pieds du marché aux poissons, Fachruri conclut, non sans dépit. « Juste ici, nous avions une bande de plage de sable blanc, qui s’étendait sur 6 kilomètres à partir du port où nous sommes. C’était vraiment magnifique. Et puis le sable marin a été exploité. Regardez le résultat, la plage a tout simplement disparu. Comme vous voyez, à la place, il n’y a plus que la mer. »

 

Article parut en 2017 mais toujours d'actualité...

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Joël Bronner

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Après Islamabad puis Kaboul, Jakarta est la 3e ville où j’expérimente l’expatriation. Au paradis du macet, je suis notamment le correspondant de Radio France Internationale (RFI)
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