20 milliards de dollars pour aider l’Indonésie à réduire sa dépendance au charbon

Par Valérie Pivon | Publié le 27/11/2022 à 19:30 | Mis à jour le 02/01/2023 à 05:29
Photo : Signature du mécanisme pour la transition énergétique durant le G20 - 14/11/2022
G20 accord aide 20 milliars usd Indonesie

Lors du sommet du G20 qui s’est tenu à Bali les 15 et 16 novembre, un plan d’aide pour la transition énergétique de l’Indonésie de 20 milliards de dollars a été annoncé. Un groupe de pays riches, mais aussi des institutions internationales et des banques privées, se sont engagés à aider l’Indonésie dans sa marche vers une énergie non émettrice de CO2 à l’horizon 2050. François-Pascal de Maricourt, président directeur général de HSBC Indonésie, banque commerciale internationale, nous explique la démarche, le fonctionnement et les enjeux de ces financements.

 

François-Pascal, vous suivez ce projet d’investissements de 20 milliards de dollars pour l’Indonésie, pouvez-vous nous en expliquer la démarche ?

Cette initiative de partenariat pour une Juste Transition Énergétique (Just Energy Transition Partnership ou JETP en Anglais) a été initiée par le G7 en 2021. Un accord est alors signé avec l’Afrique du Sud, pays également très dépendant du charbon, et prévoit une enveloppe de 8,5 milliards de dollars. Cette somme permet d’accompagner le pays dans le remplacement des centrales à charbon et aussi de minimiser l’impact social.

 

En 2022, deux pays ont été identifiés pour ce type de partenariat pour une transition énergétique juste, le Vietnam et l’Indonésie. Pour l’Indonésie, les chefs de file de ce projet sont les États-Unis et le Japon. Depuis environ un an, ils travaillent sur ce partenariat de finance privée et publique. Ce projet a nécessité de longues négociations de part et d’autre. Le financement mixte permet de maximiser l’impact : les aides publiques permettent de diminuer le profil de risque des projets financés et d’attirer des capitaux privés. En échange, l’Indonésie s’est engagée à accélérer sa transition énergétique. C’est une initiative assez complexe.

 

Co2 par tonne par habitant

 

Moyenne des pays du G20 : 4,5 T/habitant

 

 

Qui finance ce projet ?

Les financements à hauteur de 20 milliards de dollars sur une période de trois à cinq ans se partagent à parts égales entre public et privé. Les États-Unis, la France, le Canada, le Royaume-Uni, l’Italie et la Norvège d’une part et d’autre part des institutions privées comme Bank of America, CitiBank, Deutsche Bank, HSBC, Macquarie, MUFG et Standard Chartered. Ce partenariat implique aussi les banques de développement.

 

Quel est le programme ?

L’Indonésie est le premier exportateur de charbon et le troisième consommateur de charbon. 83 % de l’énergie produite dans le pays est de l’énergie fossile (charbon et fuel) dont 60% à base de charbon.

L’objectif principal est de remplacer progressivement l’énergie produite à base de charbon par des énergies renouvelables ; le solaire, la géothermie, l’éolien, l’hydraulique.  Il existe déjà en Indonésie des compétences dans certains de ces domaines. Actuellement, 12 % de l’électricité produite en Indonésie est produite à partir d’énergie renouvelable, l’objectif du gouvernement est d’atteindre 25 % en 2030. Il faut donc accélérer le développement des énergies vertes, réduire la durée de vie des centrales à charbon, mais aussi développer les industries “vertes” notamment l’écosystème basé sur le nickel, la production de batteries et de véhicules électriques. Des investissements importants sont prévus en Indonésie dans ce cadre.

 

Le pays s’engage également à accélérer le déploiement des énergies renouvelables afin que la production d’énergie renouvelable passe à 34% de toute la production d’électricité en 2030.

Cet accord est une avancée pour la transition énergétique. Avec cet accord, l’Indonésie s’engage à limiter ses rejets de CO2 à 290 mégatonnes à l’horizon 2030, soit sept ans plutôt que ses engagements actuels.

« Cet accord est très positif pour l’Indonésie. Maintenant, il faut se mettre tous autour de la table pour travailler à sa mise en œuvre  »

Cet accord est une première étape, devant nous s’annonce un travail de trois à six mois pour établir les orientations, le cadre, les détails des projets, pour structurer les financements, identifier les impacts, avec des règles d’interventions qui doivent être claires, avec des standards d’intégrité élevés.

 

Une trentaine de centrales à charbon ont été identifiées et le gouvernement prévoit de les fermer. Comment fermer des centrales qui ne sont pas encore amorties ?

C’est justement là qu’intervient la juste transition énergétique. Pour raccourcir la durée de vie des centrales, il est possible de mettre en place un refinancement avec une durée de vie plus courte en utilisant les capitaux mobilisés par cette initiative, en s’assurant que les investisseurs ne soient pas lésés.

Actuellement Java est excédentaire en électricité, la production d’électricité est une chose, mais sa gestion et distribution en est une autre. Il y a dans ce domaine des investissements importants à apporter et des innovations à mettre en place.

« Je suis très optimiste sur ce programme de juste transition énergétique, c’est une initiative qui va être mise en œuvre progressivement, mais qui va accélérer la transition énergétique en diminuant l’usage du charbon et augmenter la production d’énergies renouvelable en Indonésie. »

Photo de une : 14 novembre 2022 : Signature du mécanisme pour la transition énergétique ( JETP) durant le G 20, en présence des ministres des Finances d'Indonésie, des États-Unis, de la France et d'Afrique du Sud.

 

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Valerie Pivon

Valérie Pivon

Responsable éditoriale, expatriée depuis 16 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
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