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Restaurants, bars, cafés : colère et désarroi des commerçants turcs

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 27/01/2021 à 03:30 | Mis à jour le 28/01/2021 à 10:13
Photo : Lundi après-midi devant l'opéra Süreyya à Kadiköy - Compte Twitter @beyogluesnafi
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"Il n’y a pas de commerce qui ferme"*. Ces mots prononcés par le président Erdoğan le 22 janvier ont provoqué la colère de nombreux commerçants, dont certains ont manifesté lundi 25 janvier dans plusieurs villes de Turquie, faisant part de leur détresse, et proposant des solutions pour la réouverture des cafés/bars/restaurants le plus rapidement possible.

Suite à l’appel de plusieurs syndicats et organisations, des manifestations ont eu lieu à Ankara, Antalya, Bursa, Istanbul et Samsun lundi 25 janvier dans l’après-midi.

Aux quatre coins du pays, les revendications sont les mêmes, "geçinemiyoruz" (nous n’y arrivons plus), "ölmek de batmak da istemiyoruz" (nous ne voulons ni mourir ni couler), "yaşayamıyoruz" (on ne peut plus vivre) ; les commerçants demandent à ce que leurs lieux de travail (fermés jusqu’à 140 jours pour certains d’entre eux depuis le début de la pandémie) puissent rouvrir avec les précautions requises : "tedbir alınsın, iş yerleri açılsın" (prenons les précautions requises et rouvrons nos commerces) scandent-ils depuis plusieurs semaines, avec comme mot d’ordre "hesabı biz ödemeyeceğiz" (nous ne paierons pas les pots cassés).

 

Manifestations Turquie bars restaurants
Compte Twitter @kafebardayanism

 

Les commerçants préconisent en effet la mise en place du code HES pour les cafés/bars/restaurants, comme c’est déjà le cas pour les transports en commun et les centres commerciaux. "Des congrès de partis politiques sont bien organisés, alors pourquoi pas la réouverture de nos commerces", questionnent-ils…

Arguant que la "seule facture qu’ils payent est celle de la pandémie", les commerçants regrettent profondément le manque d’aide financière du gouvernement. En effet, de nombreux employés, auxquels un "congé sans solde" est imposé, n’ont droit qu’à une indemnité de 39TL par jour, ce qui signifie 1170 TL par mois, une somme modique, qui ne leur permet même pas de survivre.

Et même si ce lundi 25 janvier, le ministre des Finances, Lütfi Elvan, a annoncé le report du paiement des impôts pour les personnes dont le commerce est affecté par la pandémie, les commerçants demandent tout simplement l’annulation de ces impôts.

Selon les données du ministère des Douanes et du Commerce, il y a en Turquie environ 180 000 commerces de type restauration/cafés-bistrots. Ainsi, si on compte, pour chacun de ces commerces, une moyenne de 5 employés, cela fait environ un million de personnes, dont en dépendent d’ailleurs souvent d’autres. Au bout du compte, ce ne serait pas moins de 5 millions de personnes touchées de près ou de loin par les difficultés économiques découlant de la fermeture de ces commerces.

Des images parvenues d’Uludağ le week-end dernier mettent encore plus le feu aux poudres. Alors que les membres du Conseil scientifique alertent sur le risque sanitaire pendant les vacances de semestre qui ont commencé vendredi 22 janvier en Turquie, des images d'un hôtel à Uludağ (destination de tourisme hivernal), où l’on voit de nombreuses personnes, sans masque et sans respect des mesures de distanciation sociale, danser et faire la fête, donnent un goût amer. Cas isolé ou non, ces images ont décuplé la colère des commerçants qui manifestaient lundi, et qui y voient une profonde injustice.

Mardi, on apprenait d’ailleurs que pas moins de 76 000 TL d’amendes ont été distribuées entre l’hôtelier et certains convives, et que l’hôtel en question a été condamné à fermer pendant une durée de 10 jours. Le ministère de l'Intérieur a par ailleurs envoyé mardi une circulaire aux gouvernorats des 81 provinces du pays, annonçant de nouvelles restrictions pour les hébergements (hôtels etc.) des stations de sports d'hiver.

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(*) Selon la TOBB (l’Union des chambres et des bourses de Turquie) près de 25 000 entrepreneurs individuels, et plus de 15 000 entreprises ont dû déposer le bilan en 2020.

 

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Albane Akyuz

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