À 25 ans, on n’entre pas vraiment dans la vie adulte en Turquie : on y est déjà. Travail, famille, arbitrages quotidiens, avenir flou. Un âge où l’on apprend surtout à composer, dans un pays où tout demande d’idare etmek, faire avec.


Avoir 25 ans et « devoir être installé »
À 25 ans, en Turquie, l’âge adulte n’arrive pas comme une étape à franchir. Il est souvent déjà là, posé sur les épaules. Être « installé » ne renvoie pas seulement à un emploi ou à un statut. C’est une attente diffuse, familiale, sociale, parfois implicite, pourtant bien réelle : gagner sa vie, ne plus dépendre, prendre part.
Cette injonction se heurte à une réalité économique peu indulgente. L’entrée dans la vie active est souvent précoce, parfois fragmentée. À 25 ans, beaucoup savent déjà compter, arbitrer, renoncer. Les loisirs, les voyages, les parenthèses sont relégués à plus tard, quand « ça ira mieux ». Sauf que ce « plus tard » reste flou. La stabilité promise par les diplômes s’est érodée, et l’écart entre normes sociales et conditions matérielles s’est creusé.
Dans de nombreuses familles, l’âge adulte se définit aussi par la responsabilité envers les autres. Être l’aîné, contribuer au foyer, aider des parents vieillissants : autant de réalités qui accélèrent le passage à l’âge adulte, sans transition. La jeunesse n’est pas niée, elle est raccourcie. À 25 ans, il ne s'agit plus de se chercher, mais de tenir, d’assumer, d’idare etmek.
Avoir 25 ans et travailler (ou chercher)
À 25 ans, le travail n’est pas seulement un horizon. C’est un point d’équilibre fragile. La plupart des jeunes Turcs ne débutent pas une carrière au sens classique. Ils cherchent surtout à construire quelque chose de viable : un salaire, un rythme, un statut, parfois deux emplois, souvent des compromis. L’idée d’un premier poste qui lance et qui stabilise se heurte à un marché où l’entrée est étroite et la sortie incertaine.
Les indicateurs donnent un cadre, sans résumer les trajectoires. En 2024, le taux de chômage des 15-24 ans s’établit à 16,3 % selon les statistiques nationales de TurkStat. Sur le papier, ce chiffre dit l’attente, les candidatures, les « on vous rappellera ». Dans la vie quotidienne, il se traduit aussi par l’acceptation d’emplois en dessous du niveau de diplôme, les périodes « entre deux », le temps perdu en transports et le recours aux réseaux familiaux pour décrocher une place, même précaire.
Mais le chômage n’épuise pas la réalité. Sur l’âge 15-24, la part des NEET (ni en emploi, ni en études ni en formation) atteint 22,9 % en 2024 d’après des données Eurostat relayées et analysées par des économistes turcs. L’OCDE pointe, sur l’âge 18-24, une part encore plus élevée, autour de 31,1 %. Derrière ces chiffres, une même réalité : sortir du radar n’est pas toujours un choix.
À 25 ans, beaucoup travaillent, d’autres cherchent, certains s’éloignent. Tous apprennent très tôt une compétence devenue centrale : tenir, ajuster, faire avec, idare etmek.
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Avoir 25 ans et se projeter autrement
À 25 ans, en Turquie, l’avenir se pense à court terme. C’est souvent un exercice plus modeste, plus prudent. Un projet à terminer, une compétence à acquérir, une opportunité à saisir quand elle se présente. Moins de promesses, plus de décisions au jour le jour.
Cette retenue n’est pas qu’une résignation. Elle est aussi une forme de lucidité. Beaucoup apprennent à avancer par étapes, à tester, à bifurquer. Les trajectoires sont moins linéaires, mais parfois plus inventives : reconversions progressives, activités parallèles, formations courtes, mobilités internes. À défaut de certitudes, certains apprennent à s’adapter, à se réinventer.
Il demeure aussi des attaches fortes. L’attachement au pays, à la langue, aux proches, à la famille. La diversité des territoires, la possibilité de circuler, de changer de décor sans changer de vie. Pour certains, rester n’est pas un renoncement, mais un choix raisonné. Le quotidien y est exigeant mais l’entraide permet encore de tenir, idare etmek.
À 25 ans, l’espoir n’a pas disparu. Il s’est transformé. Il tient dans la capacité à faire avec, à saisir ce qui est possible, à composer, encore, avec un présent dense et un avenir qui se construit pas à pas.
Avoir 25 ans et regarder ailleurs
À 25 ans, regarder ailleurs ne signifie pas forcément partir. C’est souvent déplacer son regard. S’ouvrir à d’autres horizons, comparer, comprendre. L’étranger devient une possibilité, parfois un projet, souvent une référence. Une manière de prendre du recul, même sans franchir de frontière.
Cette ouverture passe pour beaucoup par l’information. Pour certains, se forger une opinion suppose de multiplier les sources, de croiser les points de vue. La parole publique est mesurée, les discussions restent prudentes.
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Alors on lit, on écoute, on cherche ailleurs. Les médias internationaux, majoritairement en anglais, deviennent des repères. L’anglais, s’impose donc comme un outil. Pour travailler, pour étudier, pour circuler, mais aussi pour comprendre le monde. À 25 ans, apprendre une langue étrangère n’est pas seulement une ambition professionnelle. C’est une façon d’accéder à d’autres récits et de situer sa propre expérience dans un contexte plus vaste.
L’anglais en Turquie : entre défi linguistique et ouverture sur le monde
Grandir en Turquie, c’est aussi vivre dans un pays situé au croisement des continents, des histoires et des tensions géopolitiques. Cette proximité avec les lignes de fracture du monde façonne, chez beaucoup, une attention particulière aux équilibres régionaux, aux rapports de force, aux héritages du passé. La géographie n’est pas abstraite, elle est vécue. Elle nourrit une curiosité, parfois une lucidité, qui pousse à regarder au-delà des frontières.
Regarder ailleurs, enfin, n’est pas toujours synonyme de départ. C’est souvent une manière de tenir, idare etmek. De comprendre sa place, ici, en lien avec ce qui se joue plus loin. Continuer à avancer, en composant.
Avoir 25 ans, idare etmek
À 25 ans, la jeunesse turque ne se raconte ni en slogans ni en trajectoires toutes tracées. Elle se construit à travers des choix, en composant avec des contraintes économiques, sociales, informationnelles.
Ce que révèle cet âge-charnière dépasse pourtant la seule jeunesse. Beaucoup d’adultes, plus âgés, partagent ce même rapport prudent au futur, ce sens aigu des contraintes du quotidien et cette nécessité de tenir. À 25 ans comme après, devenir adulte relève surtout de cette capacité à tenir et à faire avec. Idare etmek.
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