Du roman au musée, puis à l’écran, Le Musée de l’Innocence poursuit son dialogue avec Istanbul. L’adaptation en série interroge la mémoire d’une ville traversée par ses hiérarchies sociales et ses règles tacites, dans l’Istanbul des années 1970-1980.


Lire la société stambouliote à travers la fiction
Quinze ans après l’ouverture du musée à Çukurcuma, à Istanbul, le Musée de l’Innocence, œuvre de l’écrivain et prix Nobel de littérature Orhan Pamuk, devient une série Netflix. Réalisée par Zeynep Günay et diffusée à partir du 13 février, cette série en neuf épisodes replonge dans l’Istanbul des années 1970-1980.
À travers la bourgeoisie stambouliote, ses non-dits et ses conventions sociales, la série interroge comment la fiction peut devenir un outil de lecture d’une société fragmentée.

Couverture française du roman Le Musée de l’Innocence, d’Orhan Pamuk. Crédit : Gallimard.
Le roman, miroir de la société stambouliote
Publié en 2008, Le musée de l’Innocence raconte une histoire d’amour entre Kemal, issu de la bourgeoisie stambouliote, et Füsun, jeune femme d’origine modeste. À travers cette relation marquée par les normes sociales et les tabous, Orhan Pamuk dresse le portrait d’une société profondément inégalitaire, notamment dans la place réservée aux femmes.
Au-delà de la fiction amoureuse, le roman constitue un portrait minutieux de la haute bourgeoisie d’Istanbul à la fin du XXe siècle. Les objets du quotidien, les intérieurs domestiques, les rues et les quartiers permettent de lire les changements sociaux à l’œuvre dans l’Istanbul de l’époque. Pamuk y décrit une ville stratifiée. Lieux de sociabilité, appartements et vitrines disent la hiérarchie sociale de la bonne société stambouliote.
Les rues, les appartements et les objets décrits dans le roman témoignent des mutations rapides d’Istanbul dans les années 1970-1980, marquées par des bouleversements politiques, économiques et culturels.
Le musée, une histoire racontée par les objets
Cette dimension matérielle du roman prend forme en 2012, lorsque Orhan Pamuk inaugure le musée de l’Innocence dans le quartier de Çukurcuma, à Istanbul.
Installé dans une maison ancienne, le musée rassemble une collection d’objets associés aux personnages du roman : mégots de cigarettes, bijoux, photographies, ustensiles domestiques. La fiction quitte le livre pour habiter désormais un lieu, au cœur de la ville.

La série, Istanbul à l’écran
Réalisée par Zeynep Günay, l’adaptation en série place l’Istanbul des années 1970-1980 au cœur du récit.
La bande-annonce dévoilée le 6 janvier dernier offre un premier aperçu de la série. Selahattin Paşalı incarne Kemal, tandis qu’Eylül Lize Kandemir prête ses traits à Füsun. En moins de deux minutes, elle esquisse une histoire d’amour portée par la chanson « Seni Bana Katsam » de Neco, emblématique des années 1970-1980.
Après le roman et le musée, la série marque une nouvelle étape dans le parcours de cette œuvre. Elle prolonge l’histoire de Kemal et Füsun à l’écran, dans l’Istanbul des années 1970-1980.
Article rédigé par Hiba Bouazza
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