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"PROJETS FOUS", 4/4 – Le 3ème aéroport d'Istanbul, le plus grand du monde

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 24/07/2013 à 22:03 | Mis à jour le 08/02/2018 à 13:03

Istanbul, plaque tournante mondiale : telle semble être la vision du gouvernement de l'AKP (Parti de la justice et du développement). Il se donne les infrastructures de ses ambitions. Nous terminons notre série consacrée aux "çılgın projeler" (projets fous) avec le troisième aéroport d'Istanbul. Conçu pour être le plus important au monde et faire de la ville un hub international, il est vivement critiqué du fait de ses conséquence sur l'environnement.

Le projet d'un troisième aéroport à Istanbul est apparu dans la presse française au moment de son appel d'offres, le 3 mai dernier. Parmi les entreprises en lice figurait TAV Airports, détenu à 38% par Aéroports de Paris (APD). Il lui a été préféré un consortium d'entreprises turques du BTP mené par le groupe Limak. Une concession de 25 ans lui a été accordée. Le PDG d'APD, Augustin de Romanet, reconnaît le coût que représente cette élimination d'un contrat de 22,1 milliards d'euros. En effet, cet aéroport doit être le plus important au monde et accueillir 150 millions de passagers par an à terme. L'actuel numéro un mondial est l'aéroport d'Atlanta, avec 90 millions de passagers par an.

Faire d'Istanbul un hub international

A l'origine de cette initiative gouvernementale se trouve le même argument que pour le troisième pont, les deux tunnels sous le Bosphore et le Kanal : le trafic. En 2012, 60 millions de passagers ont utilisé les deux aéroports d'Istanbul. Ce chiffre est en croissance et il n'apparaît pas possible d'étendre les terminaux déjà existants. Ils sont entourés par la ville. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a donc lancé la construction d'un troisième aéroport loin du centre, au nord. L'objectif est triple : en premier lieu, répondre à cette demande croissante ; ensuite, attirer une nouvelle clientèle en faisant d'Istanbul un hub aéroportuaire au niveau régional, voire mondial, comme l'est Atlanta pour les USA. Enfin, préparer la ville aux Jeux Olympiques de 2020, auxquels elle est candidate.

Dans cette optique, il est prévu que la première phase des travaux soit terminée en 2017. L'aéroport devrait alors pouvoir accueillir 90 millions de passagers. Ce n'est qu'une fois les six pistes construites que la capacité de 150 millions de passagers sera atteinte. Cinq mille personnes vont travailler sur ce chantier. Le ministre des transports, Binali Yıldırım, a annoncé que 100.000 emplois seraient créés grâce à l'aéroport. L'argument économique est mis en avant par le gouvernement. Plusieurs experts posent néanmoins la question de la rentabilité du projet, elle-même fonction du nombre de passagers. Les professeurs Seyfettin Gürsel et Tuba Toru-Delibaşı, de l'Université de Bahçeşehir, soulignent que le destin du troisième aéroport dépend avant tout de la croissance turque. Si celle-ci ralentit au cours des années à venir, la demande en passagers pourrait avoisiner 100 ou 120 millions par an, au lieu des 150 prévus.

Impact environnemental

Les débats portent également sur l'impact environnemental de l'aéroport. Le terrain sur lequel il doit être construit représente une surface de plus de 7.500 hectares, entre les villages de Yeniköy, Akpınar et Ağaçlı. A titre de comparaison, le quotidien Hürriyet Daily News souligne que l'aéroport d'Atlanta occupe 1.900 hectares. Il cite également des études selon lesquelles un terrain de 3.500 hectares serait suffisant pour atteindre les objectifs gouvernementaux. Sur les 7.659 hectares visés par le projet, 6.172 sont constitués de forêts abritant un total de 2,4 millions d'arbres. Six cent mille vont être coupés et 1,8 million déplacés. Le nombre de sources d'eau asséchées est estimé à 70 par le rapport remis au gouvernement en avril 2013 par la Direction de l'évaluation des effets sur l'environnement.

Dans le quotidien Radikal, Çağlar Yurtseven, professeur à l'Université de Bahçeşehir s'inquiète de la pollution des sources d'eau : "Les rivières qui alimentent les barrages de Terkos et d'Alibey (réservoirs d'eau potable d'Istanbul) vont désormais charrier de l'eau sale. Plus de 100.000 voitures et 2.000 bus feront quotidiennement l'aller-retour vers cet aéroport." Et de conclure sur le rapport remis au gouvernement : "Dans n'importe quel pays civilisé, au vu des dommages exceptionnels que ce projet fait peser sur l'environnement, l'étape suivante aurait été son annulation pure et simple. Sauf que, chez nous, ce rapport n'a eu aucun effet."Le quotidien Today's Zaman cite d'autres sources d'inquiétudes environnementales : la destruction d'une route de migrations pour les oiseaux, de la biodiversité animale et des équilibres météorologiques.

Le 2 juin 2013, le CHP (Parti républicain du peuple, principale formation d'opposition) a annoncé qu'au vu de ces conséquences néfastes, il déposerait un recours en annulation du projet devant le Conseil d'État. Par la suite, la crise du Gezi Parkı a mis sur le devant de la scène les préoccupations environnementales. Le consortium en charge de l'aéroport a déclaré craindre que des manifestations similaires ne viennent entraver la construction. Son porte-parole, Nihat Özdemir, a annoncé vouloir construire un "aéroport vert", qui s'inspirerait de celui de Singapour, réputé en la matière.

Conclusion de la série

Le troisième aéroport sera situé près de l'embouchure du Kanal, dont les bords doivent accueillir de nouvelles zones urbaines. S'y rendre sera possible grâce au périphérique qui partira du troisième pont sur le Bosphore. Les "çılgın projeler" du Premier ministre ne sont donc pas indépendants les uns des autres. Au contraire, ils s'articulent du commencement à la fin. Ils s'articulent tout d'abord par le motif de leur construction : le trafic. De plus en plus de personnes circulent dans Istanbul, ou bien transitent par cette ville. La réponse du gouvernement à ce constat est la construction de nouvelles infrastructures, principalement destinées aux véhicules privés.

Ces projets s'articulent ensuite par leur mode d'exécution : de haut en bas, sous le contrôle des ministères concernés, et sans tenir compte des plans produits par la municipalité du Grand Istanbul. Celui de 2009 énonçait par exemple les deux points suivants : pour être viable, Istanbul ne doit pas s'étendre au nord sur ses dernières zones naturelles. Et sa population ne doit pas dépasser 16 millions d'habitants.

Le gouvernement de l'AKP semble faire des choix contraires, en ouvrant à l'urbanisation la région au nord d'Istanbul, ce qui attirera probablement de nouveaux migrants. Des constructions sont prévues le long du Kanal, le long du périphérique qui partira du troisième pont, ainsi qu'autour du troisième aéroport. Le dernier point commun qui rassemble ces différents projets a trait à leurs conséquences : à l'exception de Marmaray, tous sont abondamment critiqués pour leurs effets néfastes sur leurs environnements naturels, et d'ores et déjà urbains – dans le cas d'Avrasya Tüneli.

Joseph Richard (http://lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 25 juillet 2013

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