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CARICATURE - Des universités turques plus "nationales" que d'autres?

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 17/01/2018 à 19:04 | Mis à jour le 17/01/2018 à 19:04
Photo : Le magazine satirique Uykusuz a fait affiché son scepticisme en une.
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Recep Tayyip Erdoğan a récemment critiqué les universités turques qui, à ses yeux, ne s'appuieraient pas assez sur les "valeurs nationales". Le chef de l'Etat turc a surtout évoqué l'université anglophone de Boğaziçi, mais a également cité l’université francophone de Galatasaray. Sa volonté : développer ces "valeurs nationales" avec l'aide d'un nouvel allié, le parti nationaliste MHP

Selon Recep Tayyip Erdoğan, l’université de Boğaziçi, l’une des plus prestigieuses de Turquie, ne parviendrait pas à se démarquer sur la scène internationale car "elle ne s’appuie pas suffisamment sur les valeurs nationales"... sans toutefois préciser ce qu'il entend par là.

Ce discours, tenu le 7 janvier lors de la 14ème assemblée générale de l’Association des universités de Boğaziçi, n’est pas passé inaperçu dans le milieu universitaire. Dans la foulée, Mehmet Özkan, le recteur de l’université pourtant nommé par le président turc en novembre 2016, s’est empressé de partager sur son compte Twitter la position notable de son université dans les classements mondiaux. Selon le Times Higher Education (THE), par exemple, l’université de Boğaziçi figure parmi les 500 meilleures au monde, aux côtés de quatre autres établissements turcs.  

"Valeur nationale"

Selon Recep Tayyip Erdoğan, la Turquie est loin du "centre mondial des sciences et des arts qui se situait jadis sur notre zone géographique". Pour appuyer ses propos, le président turc a fait référence à de grands savants musulmans. Plusieurs observateurs se sont toutefois interrogés sur le choix des noms cités : "Que ces noms confirment sa 'vision nationale' n’est pas immédiatement évident", souligne Semih Idiz dans Hurriyet Daily News, précisant que certains des savants cités n’étaient pas Ottomans. C'est le cas d'Avicenne (ou Ibn-i Sina), un scientifique persan. 

En outre, Semih Idiz rappelle que l'ancien Premier ministre Ahmet Davutoğlu est lui-même diplômé de l’université de Boğaziçi. Le président Erdoğan laissait entendre dans son discours que l’établissement tenait notamment à l'écart les musulmans pieux en raison de leurs croyances, indépendamment de leur réussite académique potentielle.

Le discours du président turc a inspiré le magazine satirique Uykusuz, qui affiche son scepticisme en une. La caricature s’amuse du concept de "valeur nationale" comme l’entend Recep Tayyip Erdoğan.

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Un professeur de physique-chimie explique à ses élèves : "Nous poussons l’objet avec un coefficient de frottement égal à zéro, pourtant il n’avance pas…"
Une étudiante pense alors : "Parce qu’il s’appuie sur les valeurs nationales… " 

Galatasaray également citée

Avec Boğaziçi, l’université francophone de Galatasaray a également été citée par  Recep Tayyip Erdoğan. "Sous la République, de nombreux nids de savoir ont été créés (...) L'université de Boğaziçi, l'université Galatasaray sont de ceux-là, a déclaré le président turc le 7 janvierL'université Boğaziçi, parce qu'elle n'est pas totalement appuyée sur les valeurs de cette nation, n'a pas pleinement rempli ses objectifs", a-t-il ajouté, précisant que "le fait que cette université soit liée à une institution éducative étrangère n'est toutefois pas un obstacle" à ce qu'elle corresponde aux "valeurs nationales", ainsi qu'il les entend.

Dans sa volonté de consolider son assise en s’appuyant sur les valeurs nationalistes et ainsi courtiser l’électorat d’extrême-droite, le président Erdoğan a conclu le 9 janvier une alliance avec le leader du Parti d'action nationaliste (MHP), Devlet Bahçeli. Ce dernier a annoncé que son parti ne présenterait pas de candidat à l'élection présidentielle de 2019 et qu’il soutiendrait, à la place, la réélection de Recep Tayyip Erdoğan. 

C’est la première fois  dans l’histoire politique de la République de Turquie qu’un parti d’opposition accorde ainsi son soutien total au parti au pouvoir. Cette alliance avait commencé à voir le jour au lendemain de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016. Et s’est confirmée durant la campagne menée en faveur du "oui" au référendum d’avril 2017, ouvrant la voie à l'instauration d'un régime présidentiel. 

Devlet Bahçeli a précisé que ce soutien serait effectif durant au moins cinq ans après les élections de 2019, pour "consolider un gouvernement national". Une alliance que le leader du MHP a qualifiée "d’alliance du peuple", tandis que le président Erdoğan évoque... "une alliance nationale". 

Solène Permanne (http://lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 18 janvier 2018

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