

Le ministre turc de l'Intérieur Idris Naim ?ahin affirmait récemment que le gaz lacrymogène employé par les forces de l'ordre n'avait ?pas d'effets permanents? sur la santé. Critiqués par des médecins et des défenseurs des droits de l'Homme, ces propos font aussi la Une de l'hebdomadaire satirique Penguen cette semaine
Idris Naim ?ahin répondait à une question du député d'opposition Altan Tan (Parti de la paix et de la démocratie/BDP), qui l'interrogeait sur ?l'usage incontrôlé? des grenades lacrymogènes au cours des manifestations. Le ministre de l'Intérieur, après avoir rappelé l'adhésion de son pays à la Convention sur l'interdiction des armes chimiques et cité les résultats de tests en laboratoire, a soutenu que le gaz utilisé n'avait pas d'effets permanents sur la santé des personnes exposées.
La couverture de Penguen présente un Idris Naim ?ahin énervé, réclamant qu'on ne l'embête pas avec ces histoires de gaz nocif. ?Il ne me reste que le gaz lacrymogène, vous n'allez pas vous mêler de ça aussi?, dit en substance le dessin. Sous-entendu : un ministre critiqué de toutes parts, irrité par une polémique qui, selon lui, n'a pas lieu d'être. L'Union des médecins turcs (TTB) s'est empressée de le contredire.
?La mort? Quoi de plus permanent ??
?Le gaz lacrymogène nuit à la santé. Il provoque de graves maladies des yeux, asthme et ?dème pulmonaire, hypertension et insuffisance cardiaque, ainsi que des hémorragies cérébrales?, énumère l'organisation dans un communiqué. L'Union des médecins turcs cite les noms d'au moins sept personnes décédées, dit-elle, des suites d'une exposition au gaz lacrymogène. Le titre de son communiqué reprend d'ailleurs, avec ironie, les termes du ministre : ?La mort? Quoi de plus permanent ??
Autre ironie (du sort), le 10 avril, au lendemain de cette réponse, la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) condamne la Turquie à ce même sujet. L'affaire concernait les mauvais traitements, notamment l'aspersion de gaz lacrymogène, infligés par la police turque à un professeur qui participait à une manifestation contre le sommet de l'OTAN organisé à Istanbul en 2004.
CEDH : ?Traitements inhumains et dégradants?
Pour justifier sa décision, la Cour commence par relever que ?le gaz lacrymogène peut provoquer entre autres des problèmes respiratoires, des nausées, des vomissements, des irritations, des spasmes et des douleurs à la poitrine. A forte dose, il peut aussi abîmer les poumons ou provoquer des nécroses des voies respiratoires ou digestives ainsi que des hémorragies internes.?
La Cour observe ensuite que, ?bien que le gaz lacrymogène ne soit pas considéré comme une arme chimique par la Convention de 1993 sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction, le Comité du Conseil de l'Europe pour la prévention de la torture (le CPT) s'est déclaré préoccupé par l'utilisation de ce gaz par les forces de l'ordre.?
Elle conclut que ?l'aspersion injustifiée de gaz sur le visage de M. Gu?ne? (le requérant, ndlr) a dû causer à celui-ci de grandes souffrances physiques et mentales, et que celui-ci a donc subi des traitements inhumains et dégradants.?
Anne Andlauer (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 13 avril 2012





































