

Samedi soir. Benoît Magimel et Gérard Pirès sont heureux d'être à Athènes. Ils sont en harmonie avec l'humeur de notre ville, détendus. Le film qu'ils sont venus présenter, "Les chevaliers du ciel"fait salle comble à l'Attikon, et ils sont très disposés à discuter
LPJ : Gérard, vous êtes le réalisateur du film "Les Chevaliers du Ciel", un sujet très technique. Comment s'est passé le tournage ?
GP : Dans ce film, la mise en scène est totale, chaque plan a été dessiné à l'avance (il y en a 500 ou 600) et tous avaient leur place avant le tournage. On a d'abord filmé en vrac, emmagasiné du matériel, et après, au montage, on a fait un puzzle avec les plans. Pendant le tournage, chaque matin il fallait tenir compte du soleil, de l'altitude, de la distance par rapport aux nuages, par rapport à l'avion qui filmait ...
BM : C'est la première fois qu'on filme des avions de cette façon là. On a innové techniquement, on a créé des outils, on a équipé des avions ... toutes les prises de vues sont en l'air et c'est extraordinaire.
LPJ : Benoit, cette expérience vous a donné la passion pour l'aviation ?
BM : Ah non, pas du tout ! Moi je préfère les voitures !
GP : Il a quand même piloté un hélico et il se débrouillait pas trop mal ...
BM : Et un avion aussi ! C'est une expérience étonnante en tant qu'acteur, car vous avez la sensation de voler, sans l'angoisse, ni l'appréhension ... le pire c'est que, en plus, on doit jouer le mec blasé alors que l'on a qu'une envie c'est de dire "ouahh !!"c'est frustrant, j ai du me contenir !
LPJ : Vous avez certainement tournées des scènes en simulateur de vol ?
BM : Gérard a eu l'idée de recréer un cockpit sur vérin hydraulique, qui permettait de tourner à la vitesse d'un avion de chasse, en 1 seconde, on faisait 360 degrés, et ça, c'est formidable pour un acteur, car il n'a pas à subir physiquement les charges, la situation. On a tout de même fait un exercice de combat sur Mirage qui nous a beaucoup aidé à nous rendre compte des conditions en vol et essayer de jouer le plus justement possible, de rendre les réactions des pilotes crédibles.
LPJ : En Grèce, la plupart des films étrangers sortent en version originale. En France, ils sont presque tous doublés. Pensez vous que cela dénature le film, le jeu de comédien ?
BM : C'est une autre interprétation, on fait confiance au distributeur, à son choix d'acteurs. Les doublages sont de mieux en mieux fait aujourd'hui. Mais, c'est vrai qu'il m'est arrivé d'entendre une de mes voix anglaise qui ne me convenait pas vraiment ?
GP : C'est un véritable problème pour le metteur en scène. J'ai fait un film au Canada, tourné en anglais. Et dans la version en français, les mots ne sont pas justes. On est obligé de changer certains mots pour suivre le mouvement des lèvres, ce qui change parfois le sens.
LPJ : Benoit, vous dites souvent que vous avez peur des étiquettes. Ce n'est pourtant pas toujours négatif, cela permet de fidéliser son public ?
BM : En France, on aime les acteurs qui ont une personnalité, et on les enferme dans un genre. Moi j'ai envie de tout jouer pour le plaisir de jouer. Si je devais jouer ce que je suis dans la vie, je m'ennuierais. Je suis quelqu'un de laborieux, j'aime m'investir, m'adapter. Le plaisir pour moi, c'est de pouvoir faire les Chevaliers du ciel et de jouer dans le prochain Nicole Garcia.
En ce moment, quand je dis que je veux faire de la comédie, j'ai du mal à convaincre. Mais je peux devenir Pierre Richard, j'ai envie de le faire !
J'ai envie que le public grandisse avec moi, sans forcément m'identifier clairement.
LPJ : Quels sont vos projets ?
BM : J'ai composé un personnage burlesque pour Fair Play qui sortira en septembre. Et puis, le film de Nicole Garcia Selon Charlie qui sera en compétition à Cannes, sort fin août. J'ai aussi tourné un film de Frédéric Schoendoerffer, Truands. Je reviens dans l'univers des gangsters parce que, au fond, j'adore ça. Après Les voleurs de Téchiné, je m'étais dit qu'il fallait attendre un peu de vieillir, de prendre un physique pour être plus convaincant. Il y a des rôles qui demandent de la maturité ? il faut être patient dans ce métier, laisser son physique évoluer. On ne peut pas tout faire n'importe quand. Il faut faire avec ce que l'on a, et pas essayer de truquer. Je n'aime pas dire « rentrer dans la peau d'un personnage », je préfère inviter le personnage à rentrer en moi.
Propos recueillis par Delphine Millet Prifti (LPJ - Athènes) 4 avril 2006




































