Istanbul a connu les plus fortes précipitations enregistrées depuis 1942. Au 17 octobre, on compte 6 morts et au moins trois personnes portées disparues. Au-delà du phénomène météorologique, de nombreux observateurs mettent l’accent sur les problèmes d’infrastructures dans une ville vulnérable aux catastrophes.


L'avenue Istiklal d’ordinaire si mouvementée paraît bien vide, en ce mercredi 14 octobre. On n’entend même plus les chants des marchands de glace en costume ottoman alpaguant les touristes pour leur faire des tours de passe-passe. Même les vendeurs à la sauvette n’ont pas pu braver la tempête et ont laissé s’envoler leur parapluie. Jusque dans le métro, les travailleurs essaient d’éponger les énormes flaques d’eau, tandis que les touristes attendent avec leur valise et hésitent à s’aventurer dans l’avenue pour gagner leurs hôtels.
Sur les réseaux sociaux tournent en boucle des vidéos tout aussi spectaculaires les unes que les autres : une femme emportée par le torrent alors qu’à la fenêtre une riveraine appelle au secours, la police arrivera à temps. Mais la fin sera plus tragique pour un jeune homme de 14 ans, que l’on voit tomber et mourir électrocuté.
Inondations à Istanbul : des infrastructures mises à l’épreuve
Pour certains, la pluie n’est pas la seule responsable des drames. D’après Pelin Pinar Girtiltoglu, urbaniste et professeure à l’université d’Istanbul interrogée par le média DW, l’ampleur des dégâts s'expliquerait en grande partie par des infrastructures défaillantes.
Elle pointe du doigt la bétonisation, qui s’est particulièrement accélérée ces dernières années, en raison des plans de construction et rénovation (Kentsel dönüşüm) de logements conformes aux normes sismiques. La bétonisation de la ville, et l’absence d’espaces verts empêchent l’eau de s'infiltrer dans le sol et accélèrent le courant.
Par ailleurs, la chercheuse pointe l'inadaptation des infrastructures à la densité de population à Istanbul. Dans plus de douze arrondissements, dont Şişli et Beşiktaş, on a assisté à des coupures de courant et d’eau.
Turquie : se préparer aux inondations et au changement climatique
L’urbanisation des ruisseaux (dere yatakları ) est mise en cause par la Chambre des ingénieurs civils d’Istanbul. Le rétrécissement des lits de cours d’eau et leur bétonnage augmentent le risque d’inondations. À Ayazağa, dans l’arrondissement de Sariyer, la montée des eaux a bloqué la circulation, des ouvriers d’un chantier ont dû être secourus.
Pourtant en 2022, le muhtar (le responsable du quartier) Mustafa Karaman, alertait la municipalité d’écoulement d’eau, et appelait à une réhabilitation du cours d’eau affirmant “ à cause de la pluie, l’eau déborde. Ce n’est pas sûr pour les habitants”.
À la suite des inondations, le 16 octobre le Ministre de l'environnement Murat Kurum a annoncé des travaux de réaménagement et réhabilitation afin de limiter les débordements d’eau.
Le ministre avertit par ailleurs “ nous vivrons ce genre d’évènement plus souvent en raison du réchauffement climatique” et de ce fait, lutter contre le réchauffement climatique n’est “ pas un choix mais une nécessité”
La Turquie qui accueillera la COP à Antalya est plus que jamais consciente des dégâts causés par le réchauffement climatique. Et elle se retrouve face à un défi d’ampleur de réduire son empreinte écologique tout en renforçant sa résilience face à des futures catastrophes.
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