Asya Djoulaït professeur de lettres, était le 7 octobre à la bibliothèque de l’institut français dans le cadre de ses deux mois à la résidence Annie Ernaux. L’autrice de ibn explore dans ses œuvres la spiritualité, la quête d’identité. Pendant plus d’une heure trente elle a expliqué son œuvre et répondu aux questions.


C’est devant un public franco-turc et français expatrié qu’Asya Djoulaït a échangé. Elle est la troisième résidente de la Villa Annie Ernaux à Istanbul, qui accueille les auteurs avec pour contrainte d’écrire des textes sur la ville.
Asya Djoulaït commence à écrire après avoir découvert La Place d’Annie Ernaux, qui lui fait comprendre qu’elle « a la sienne en littérature ». Lorsqu'elle devient enseignante en banlieue parisienne, elle constate à quel point la littérature est éloignée de la réalité de ses élèves. C’est donc avec le souci de parler à cette jeunesse qu’elle publie son premier roman, Noire précieuse, chez Gallimard. Ce livre est en partie inspiré de ses étudiants dont la majorité, d’origine ivoirienne, lui font découvrir le nouchi, un dialecte du français né en Côte d'Ivoire.
Ibn, le second roman d'Asya Djoulaït
En 2020, alors qu’est organisée une minute de silence pour Samuel Paty, une de ses élèves lui lance : « Personne ne fait une minute de silence pour nous ». Son second roman, Ibn, est alors une réponse à cette élève. Il retrace l’histoire d’un jeune adolescent, Issa, devenu orphelin après avoir retrouvé sa mère morte sur un tapis de prière. Il décide d'enterrer le corps seul selon le rite musulman de peur que le cadavre soit renvoyé en Algérie. Un récit qui permet de repenser un rapport à la spiritualité, thème trop peu exploré dans la littérature contemporaine.
Face à un public curieux de la vie littéraire, l’autrice a pu évoquer les coulisses de la vie d’écrivaine et de l’édition. Entre la rédaction et la publication de son ouvrage s’est écoulé un an et demi, une période pas toujours facile pour un auteur qui doit défendre son texte et ses spécificités.
En effet, son univers est marqué par le plurilinguisme : « Les gens parlent aujourd’hui en mélangeant les langues », s’amuse-t-elle. Le titre de son roman, Ibn, signifie en arabe « le fils ». Tout au long de son œuvre, l’autrice enrichit son langage grâce à des mots et expressions intraduisibles comme « écoute tes os », qui signifie « écoute tes ancêtres ».
Une femme dans le public s’empresse de demander : « Vous avez trouvé des expressions turques ? » L’écrivaine répond alors qu’elle a été particulièrement inspirée par la structure de la langue turque qui place les verbes en fin de phrase.
L’autrice prépare ainsi un troisième roman où elle continue, avec ses thèmes actuels, d'explorer son intérêt pour les objets, la spiritualité et le Moyen-Orient. Toutefois, elle souhaite aussi explorer d’autres formats. Si ses élèves apprécient ses romans, ils ont du mal à se retrouver dans la littérature. « Leurs désirs sont ailleurs, dans des formats plus visuels », affirme l’autrice.
La rencontre s’est conclue après avoir évoqué des thèmes divers et variés comme l’intelligence artificielle en littérature. Grâce à cette résidence, les Stambouliotes peuvent rencontrer une écrivaine de la scène littéraire française.
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