Bekir né à Istanbul mais grandit en France , en quittant mon poste de directeur audiovisuel il se décide à partir à vélo. Un voyage de 45 jours où il parcours dix pays. De son périple naîtra un ouvrage Méfie-toi de tes rêves... car parfois ils se réalisent. Il était le 14 octobre à l'institut français d'Istanbul pour présenter son ouvrage, nous l'avons interrogé sur son ouvrage.


Merci Bekir de prendre le temps de répondre aux questions, Le petit journal vous aviez déjà donné une interview lors de votre voyage, pouvez-vous nous rappeler pourquoi ce périple?
J’aimais bien le vélo, mais comme tout le monde, je n’étais d’ailleurs pas particulièrement sportif. Au départ, j'avais pensé à la moto, mais comme j’ai une âme écolo j’ai opté pour le vélo. Il s' agissait d' être dans la lenteur, car ce qui nous manque à tous c’est le temps.
Comment s’est passé ce voyage ?
Ça a dépassé tout ce que j’imaginais! Tout d’abord ce sont les peurs qui se sont débloquées : peur de l ‘accident, de la blessure... Et puis le but de ce voyage c’était les rencontres : l’entraide, l’hospitalité, au-delà de nos différences religieuses, culturelles…Cette hospitalité je l’ai retrouvée dans tous les pays.
Quel pays avez -vous traversé?Quel pays vous a particulièrement marqué ?
L'Allemagne, la Suisse et l'Autriche puis j’ai traversé les Balkans pour arriver à Istanbul. J' ai continué 500 km au sud sur la côte égéenne avec comme destination finale mon village familial pour retrouver ma mère. Mon but principal était la rencontre, donc je n’étais pas en attente de découverte. Toutefois, une ville m’a percuté il s’agit de Budapest. Cette ville et son histoire, Buda qui a rejoint Pest une sorte de mariage impossible. La présence de l’empire ottoman, son architecture folle…
De quoi traite votre livre?
Au début, je n'avais pas l’intention d’écrire un livre. Je travaillais dans l’audiovisuel, j’avais emmené deux caméras et un drone. Mais l'écriture s’est imposée à moi : je publiais mes écrits sur les réseaux chaque soir. Ça a créé un fort engouement : des personnes se sont mises à me suivre, et me disaient qu’ils attendaient chaque matin mes écrits pour les lire pendant le petit-déjeuner! Un éditeur a découvert mes récits et m’a sollicité pour écrire un livre. Il a donc été écrit à 90 pourcent pendant le voyage.En faisant du vélo 6-8 à 10 heures par jour, on a une certaine inspiration, des choses peuvent jaillir du passé, du présent. Le livre est en fait une longue disgression. Il y a des passages poétiques, drôles, des conversations avec moi-même, et une retrouvaille avec mon père défunt.
Vous êtes né en Turquie de parents turcs, quel lien avec la Turquie avez-vous gardé?
Un lien de cœur. Ce livre m’a permis de plonger dans mon histoire familiale car mes ancêtres ont fait le même trajet que moi à la chute de l’empire ottoman. Mon grand-père, mon arrière-grand-père ont fui l’empire, ils se cachaient le jour et marchaient la nuit. Ce trajet, mes parents l'ont fait aussi pour venir en France, cette fois-ci ce n’était non pas la guerre mais une immigration économique pour une vie meilleure et moi j’en suis le fruit.
Comment a été reçu votre livre ?
Je tiens à préciser que ce n’est pas un récit de voyage, c'est un road movie littéraire et poétique. Son accueil était complètement fou. Dès sa sortie le 22 novembre 2025 j’ai été invité au salon du livre, à des conférences. “Ton livre part comme des petits pains” m’a dit mon éditeur, c'était la meilleure vente de cette maison d’édition. .La première semaine il était dans le top 5 des livres d’aventures En quatre mois il a été épuisé, il y a eu un deuxième tirage.
Comment les choses se déroulent depuis la sortie du livre ?
Je continue de transmettre. J’ai été invité par le lycée Saint Michel à Istanbul pour des ateliers d'écriture sur le thème du départ. Mon objectif quelque part c’est de réconcilier : par exemple, on m'avait dit en Serbie "retire ton drapeau turc à l’arrière du vélo, ils n'aiment pas trop les turcs". Je ne l’ai pas fait et j’ai été extrêmement bien reçu. J’ai même vu de nombreux gestes de solidarité. Par exemple, un homme a fait 400 kms en voiture pour me rendre mon passeport sans rien attendre en retour, il m’a simplement dit ‘’ good luck, good trip, good bye”. Il est reparti sans même que j’ai le temps de lui dire un merci. Là j’en suis à 40 conférences en moins d’un an, et avec des publics très variés, en festival de livre, en milieu carcéral, et dans des lycées.
D'autres projets?
Je prépare un documentaire et je vais faire un tour du monde cette fois-ci en famille avec ma fille et ma femme.

















