En français, « tante » et « oncle » regroupent plusieurs liens de parenté. Le turc les distingue plus précisément : du côté de la mère ou du père, par le sang ou par alliance, les mots changent… Et certains dépassent le cadre familial pour exprimer la proximité, le respect… ou même l’influence. Cette richesse du vocabulaire peut être mise en relation avec la place accordée à la famille élargie en Turquie : les liens entre générations, l’entraide et le partage y occupent une place importante et chaque lien de parenté possède une appellation précise. En France, le modèle familial est davantage centré sur la famille nucléaire et l’autonomie individuelle.


- “Teyze, hala, yenge”, là où le français dit « tante », le turc précise le lien. “Teyze” désigne la sœur de la mère, tandis que “hala” désigne celle du père. En français, ce sont des « tantes ». Avec “yenge”, la traduction dépend du lien familial : la femme d’un oncle est une « tante » et dans certaines régions, celle d’un frère une « belle-sœur ». Ce dernier emploi est limité à certaines régions. Selon les habitudes socioculturelles, on peut aussi s’adresser à sa belle-sœur en l’appelant “abla”, littéralement « grande sœur ».
- “Dayı, amca, enişte”… la même distinction existe du côté des oncles : “dayı” est le frère de la mère, “amca” (ou“emmi”, en milieu rural) celui du père. “Enişte” désigne le mari d’une tante et dans certaines régions, celui d’une sœur : il correspond donc, selon le cas, à « oncle » ou à « beau-frère ». Là encore, l’emploi pour le mari d’une sœur est régional. Dans certaines familles, on peut également s’adresser à son « beau-frère » en l’appelant “abi”, « grand frère ».
- Et les enfants de nos tantes ou de nos oncles ? Ce sont nos “kuzen(ler)”, nos « cousins et cousines » ! En turc, le mot kuzen s’emploie sans distinction de sexe. Pour préciser le lien familial, on utilise aussi des expressions comme “teyze oğlu”, « le fils de la tante maternelle », ou “amca/emmi kızı”, « la fille de l’oncle paternel » etc. Ces formulations sont plutôt réservées aux milieux ruraux.
Dans la vie quotidienne, ces mots peuvent aussi sortir du cadre de la famille. “Teyze” sert notamment à s’adresser à une femme sensiblement plus âgée : “teyze, burada boş yer var” ; « madame, il y a une place libre ici ». L’appellation peut être chaleureuse et respectueuse, mais elle marque aussi une différence de génération : tout le monde n’apprécie donc pas forcément de l’entendre… On peut avoir l’impression de prendre un coup de vieux ! “Abla” peut alors paraître moins vieillissant, sans pour autant signifier que la personne est jeune : ce terme associe familiarité et respect envers une femme généralement plus âgée que soi. De manière comparable,“amca” (ou“dayı”, en milieu rural) peut servir à interpeller un homme plus âgé que l’on ne connaît pas : “amca, saat kaç” ; « monsieur, quelle heure est-il ? ». Quant à “abi”, il évoque plutôt la figure du « grand frère » et marque une distance générationnelle moins grande qu’“amca”!
“Yenge” ou “enişte”, devenir des appellations familières pour la conjointe ou le conjoint d’une personne de son cercle amical. C’est une manière de faire entrer symboliquement cette personne « dans la famille ». Selon le contexte socioculturel et le degré de proximité, cette familiarité peut être appréciée… ou sembler un peu excessive. Quant à “dayı”, ses usages figurés nous emmènent un peu plus loin. Le mot peut servir à interpeller un homme dans certains échanges familiers, mais on le retrouve aussi dans des expressions liées à la protection et à l’influence… L’occasion de saluer chaleureusement -sevgiyle- Sarah Goldenberg, ancienne rédactrice en chef du Petit Journal Istanbul.
“Dayısı mı var?”… Littéralement : « Est-ce qu’il/elle a un oncle maternel ? » Mais, selon le contexte, il faudrait plutôt comprendre : « est-ce qu’il ou elle a du piston ? » L’oncle représente alors une personne bien placée, capable d’intervenir ou d’ouvrir des portes. Dans cet emploi figuré, “dayı” évoque un protecteur influent ; l’expression ne renvoie pas à un véritable lien de parenté ! D’autres expressions, comme “dayılanmak” ou “dayılık taslamak”, évoquent une attitude auto ne attitude de défi ou d’intimidation : « jouer les durs », « faire le caïd »,
accordée à la famille élargie en Turquie : les liens entre générations, l’entraide et le partage y occupent une place importante et chaque lien de parenté possède une appellation précise. En France, le modèle familial est davantage centré sur la famille nucléaire et l’autonomie individuelle. Ces différences offrent néanmoins un éclairage sur les usages sociolinguistiques :
- “Teyze, hala, yenge”, là où le français dit « tante », le turc précise le lien. “Teyze” désigne la sœur de la mère, tandis que “hala” désigne celle du père. En français, ce sont des « tantes ». Avec “yenge”, la traduction dépend du lien familial : la femme d’un oncle est une « tante » et dans certaines régions, celle d’un frère une « belle-sœur ». Ce dernier emploi est limité à certaines régions. Selon les habitudes socioculturelles, on peut aussi s’adresser à sa belle-sœur en l’appelant “abla”, littéralement « grande sœur ».
- “Dayı, amca, enişte”… la même distinction existe du côté des oncles : “dayı” est le frère de la mère, “amca” (ou“emmi”, en milieu rural) celui du père. “Enişte” désigne le mari d’une tante et dans certaines régions, celui d’une sœur : il correspond donc, selon le cas, à « oncle » ou à « beau-frère ». Là encore, l’emploi pour le mari d’une sœur est régional. Dans certaines familles, on peut également s’adresser à son « beau-frère » en l’appelant “abi”, « grand frère ».
- Et les enfants de nos tantes ou de nos oncles ? Ce sont nos “kuzen(ler)”, nos « cousins et cousines » ! En turc, le mot kuzen s’emploie sans distinction de sexe. Pour préciser le lien familial, on utilise aussi des expressions comme “teyze oğlu”, « le fils de la tante maternelle », ou “amca/emmi kızı”, « la fille de l’oncle paternel » etc. Ces formulations sont plutôt réservées aux milieux ruraux.
Dans la vie quotidienne, ces mots peuvent aussi sortir du cadre de la famille. “Teyze” sert notamment à s’adresser à une femme sensiblement plus âgée : “teyze, burada boş yer var” ; « madame, il y a une place libre ici ». L’appellation peut être chaleureuse et respectueuse, mais elle marque aussi une différence de génération : tout le monde n’apprécie donc pas forcément de l’entendre… On peut avoir l’impression de prendre un coup de vieux ! “Abla” peut alors paraître moins vieillissant, sans pour autant signifier que la personne est jeune : ce terme associe familiarité et respect envers une femme généralement plus âgée que soi. De manière comparable,“amca” (ou“dayı”, en milieu rural) peut servir à interpeller un homme plus âgé que l’on ne connaît pas : “amca, saat kaç” ; « monsieur, quelle heure est-il ? ». Quant à “abi”, il évoque plutôt la figure du « grand frère » et marque une distance générationnelle moins grande qu’“amca”!
“Yenge” ou “enişte”, devenir des appellations familières pour la conjointe ou le conjoint d’une personne de son cercle amical. C’est une manière de faire entrer symboliquement cette personne « dans la famille ». Selon le contexte socioculturel et le degré de proximité, cette familiarité peut être appréciée… ou sembler un peu excessive. Quant à “dayı”, ses usages figurés nous emmènent un peu plus loin. Le mot peut servir à interpeller un homme dans certains échanges familiers, mais on le retrouve aussi dans des expressions liées à la protection et à l’influence… L’occasion de saluer chaleureusement -sevgiyle- Sarah Goldenberg, ancienne rédactrice en chef du Petit Journal Istanbul.
“Dayısı mı var?”… Littéralement : « Est-ce qu’il/elle a un oncle maternel ? » Mais, selon le contexte, il faudrait plutôt comprendre : « est-ce qu’il ou elle a du piston ? » L’oncle représente alors une personne bien placée, capable d’intervenir ou d’ouvrir des portes. Dans cet emploi figuré, “dayı” évoque un protecteur influent ; l’expression ne renvoie pas à un véritable lien de parenté ! D’autres expressions, comme “dayılanmak” ou “dayılık taslamak”, évoquent une attitude auto ne attitude de défi ou d’intimidation : « jouer les durs », « faire le caïd », chercher à s’imposer. Ces emplois relèvent du sens figuré : ils ne disent évidemment rien du caractère des oncles maternels !
Les mots de parenté en turc : entre liens familiaux et relations sociales
Les mots de parenté ne se contentent pas de désigner les membres d’une famille, mais façonnent aussi les relations du quotidien. Appeler quelqu’un “abla”, “abi” ou “dayı” (pour reprendre le titre de l’article) peut être une manière de créer de la proximité, de témoigner du respect ou de marquer une différence d’âge.
Avec “dayısı mı var”, le vocabulaire familial évoque même les réseaux d’influence. Ces mots n’ont toutefois pas une portée unique : selon le ton, la situation et les interlocuteurs, une même appellation peut sembler chaleureuse, distante ou déplacée. Pour les comprendre, il faut donc écouter autant la relation qui se construit que le mot lui-même !
Mais cet univers de mots s’étend bien au-delà des liens du sang. Avec le mariage, de nouvelles relations se nouent et tout un vocabulaire entre en scène : “gelin, damat, kayınvalide, kayınpeder, kayınço, baldız, görümce, elti, bacanak”… Qui désigne qui, et comment s’adresse-t-on aux membres de sa belle-famille en Turquie ? Ce sera l’occasion de poursuivre, dans un prochain article, cette exploration des mots de parenté et de leurs usages du pays concerné.



















