A la découverte du monastère Tsz Shan à Hong Kong

Par Claudia Delgado | Publié le 25/11/2021 à 14:15 | Mis à jour le 25/11/2021 à 14:15
Photo : Photo@Claudia Delgado
statue bouddhique monastère Hong Kong

Entouré de collines verdoyantes avec vue sur mer, ce monastère se dresse sous l’œil bienveillant de Guanyin : déesse de la miséricorde, la deuxième plus haute statue du monde dédiée à cette divinité. On nous accueille dans ce coin tranquille en nous rappelant l’injonction de garder le silence, car c’est avant tout, un endroit de recueillement et de prière. Bienvenue au Tsz Shan Monastery.  

 

C’est un lundi de novembre qu’on franchit la petite colline qui nous mène à ce monastère de Tai Po. Un air froid souffle et une légère bruine saupoudre les environs, c’est donc sans problème qu’on respecte la consigne d’avoir épaules et jambes couvertes pour y accéder. On montre notre réservation en échange d’un badge visiteur et nous nous engageons dans une allée en pente.  

 

Quota des visiteurs journaliers limité au monastère

Le monastère accueille 400 visiteurs par jour et à cette heure matinale, il n’y a pas beaucoup de monde, quelques visiteurs à peine. Nous montons pour avoir une vue imprenable sur le port et sur l’île inhabitée de Yeung Chau, avec en toile de fond les montagnes Pat Sing.

Partout dans le monastère, trois couleurs s’imposent : le marron foncé du bois, le gris blanc du granit, et le vert vif des arbres qui longent le chemin jusqu’à la première porte. Deux sentinelles gardent l’entrée, ce sont des statues Vajrapani dites « protecteurs du Bouddha ». On franchit la dénommée « triple porte » qui fait allusion aux trois méthodes bouddhiques de libération : sagesse, opportunité et compassion ; et face à nous s’ouvre un grand espace qui conjugue les mêmes couleurs en toute harmonie.

 

Tsz Shan Monastery
Photo@Claudia Delgado

 

Nous sommes accueillis par quelqu’un qui nous propose de télécharger une application afin d’avoir une explication plus détaillée de chaque élément. Il nous invite également à une séance de calligraphie en nous rassurant sur celle-ci : nul besoin de comprendre le chinois pour y participer. On le remercie et on continue notre visite.

Aux dires de l’audioguide, l’architecture est inspirée du style de la dynastie Tang, datant du VIIe siècle. Le guide nous informe également que les arbres placés dans chaque coin de la grande cour sont des arbres de la Bodhi, un figuier sacré dans le bouddhisme.  

 

Tsz Shan Monastery
Photo@Claudia Delgado

 

Au fond de la cour, on aperçoit la première salle appelée Maitreya, où une statue dorée entourée d’offrandes nous souhaite la bienvenue. Les panneaux affichés çà et là nous rappellent qu’il ne faut pas prendre des photos à l’intérieur des salles.

Le monastère se compose de trois bâtiments principaux placés le long d’un axe central, si l’on continue sur cet axe on arrive dans la grande salle de Bouddha, où trois figures dorées s’alignent. À l’intérieur se tient la séance de calligraphie à laquelle nous sommes invités sur le champ. On nous conduit vers une extrémité de la salle où des tables et des chaises sont disposées.

 

Tsz Shan Monastery
Photo@Claudia Delgado

 

La calligraphie pour saisir une « vérité existentielle »

Les instructions sont affichées sur chaque table :

– Calmez votre esprit et votre corps. Faites attention à votre respiration.

– Copiez le sutra avec grand respect.

– Restez silencieux tout au long de l’activité de calligraphie zen. Soyez dans le moment présent afin de calmer votre esprit et votre cœur.

De façon générale, le terme sutra désigne l’écriture d’un enseignement sacré. On reçoit donc le texte sacré écrit en chinois qu’il faut recopier. Je me dis que le texte est assez long, mais j’essaie de focaliser mon attention sur ma respiration et je commence à reproduire les caractères.  

 

 

Dans la philosophie chinoise, l’acte calligraphique permet de saisir une « vérité existentielle » et le travail du copiste est censé s’apparenter à la méditation. Pour l’instant je me concentre sur mon geste et sur ma position, mais je lance des regards furtifs à mon voisin, est-ce que je suis assez rapide ? Ou au contraire, faudrait-il ralentir pour être au diapason ?

Et puis, on se laisse bercer par le bruit des branches qui gigotent, remuées par le vent, on s’habitue au son des pas feutrés des gens qui tournent autour de nous, et l’on se rend compte qu’on a avancé, à force de reproduire ce texte que l’on ne peut pas déceler. Lorsqu’on a la vue fatiguée, on lève les yeux pour voir le profil de l’un des imposants Bouddhas et l’on se remet à la tâche. Ceux qui ont des connaissances de chinois pourront lire le texte une fois recopié, ceux qui comme moi, n’ont pas compris un traître caractère, pourront demander la traduction en anglais.

Je ne sais pas si j’ai réussi à « calmer mon esprit et mon cœur » mais cela ne vient peut-être pas si facilement aux néophytes. On repart avec notre parchemin dûment estampillé et la sensation d’avoir appris à reconnaitre la beauté et la difficulté des gestes calligraphiques.  

 

Tsz Shan Monastery sutra
Photo@Claudia Delgado

 

Guanyin, déesse de la miséricorde

Nous continuons d’un pas grelottant notre visite, tout en regrettant que ce ne soit pas l’heure des séances de méditation du thé, car une tasse de thé chaud serait la bienvenue au milieu de ce crachin qui, allié au vent, nous fait frissonner. C’est l’heure du déjeuner et nous cheminons vers l’espace réservé à cela ; puisque le restaurant est temporairement fermé, il faut apporter son plat végétarien, la viande étant bannie. Un gardien s’approche, le regard soupçonneux, il nos accoste et nous dit quelque chose qu’on a du mal à saisir, il veut s’assurer qu’il n’y a pas de viande dans notre déjeuner, il repart rassuré.  

Une fois rassasiés, nous voilà prêts pour aller à la rencontre de Guanyin, la dame blanche qui veille sur nous. Deux fois plus grande que le grand Bouddha de Lantau, la statue de Guanyin a une hauteur de 76 mètres, comprenant la statue de 70 mètres de haut et une plateforme en bronze de 6 mètres. Dans sa main droite, elle tient une perle de sagesse et dans sa main gauche un vase, qui est symboliquement versé dans « l’étang des mille vœux ». Sous la statue de Guanyin se trouve le musée d’art bouddhiste, qui a ouvert ses portes en 2019.

 

Tsz Shan Monastery Guanyin
Photo@Wikipedia commons

 

Un monastère parrainé par le milliardaire Li Ka-shing

Entièrement financé par le magnat Li Ka-shing, la construction du monastère qui s’étend sur 46 500 m2, a commencé en 2003 et a été achevée 12 ans plus tard. Selon son site web, « le Tsz Shan est un monastère bouddhiste établi pour la préservation de l’héritage du Dharma prêché par le Bouddha Śākyamuni. À ce jour, la fondation Li Ka-shing a versé plus de 3,1 milliards de HKD pour couvrir les coûts d’acquisition de terrain et de construction, ainsi que les frais de fonctionnement du monastère ». Le monastère est ouvert au public depuis 2015.

On fait le tour du Tsz Shan, qui comprend plusieurs salles entourées des jardins, à leur tour entourés de montagnes. Le monastère organise des lectures, des séances de calligraphie, des méditations du thé, des marches zen, ainsi que d’autres pratiques spirituelles, culturelles et éducatives.

 

Tsz Shan Monastery
Photo@Claudia Delgado

 

La religion alliée au luxe

Néanmoins, tout n’est pas accessible, notamment les dortoirs qui peuvent accueillir jusqu’à 80 moines (ou nonnes) dont une caractéristique détonne dans ce lieu de recueillement. L’un des dortoirs destinés à accueillir des moines et invités importants venus du monde entier a la particularité d’être équipé de fenêtres pare-balles, ce qui tranche particulièrement avec l’esprit du lieu.

Je repars en ruminant sur le fait de consacrer une telle somme d’argent à un endroit censé prêcher le renoncement, mais je constate également que, quelle que soit la religion, le monde est rempli de cathédrales majestueuses, de mosquées sublimes, d’époustouflantes synagogues, de temples magnifiques et de monastères à couper le souffle… et bien que les trois statues plaquées or 24 carats qui trônent au milieu de la grande salle aient certainement couté une fortune, il en va de même pour toutes ces constructions et tous ces monuments, religieux ou non, face auxquels on s’émerveille.

 

Tsz Shan Monastery
Photo@Claudia Delgado

 

Informations pratiques pour visiter le monastère Tsz Shan

Pour visiter le Tsz Shan monastery, une réservation est obligatoire, le nombre de visiteurs journaliers étant limité, les quotas sont rapidement atteints. L’ouverture des réservations se fait un mois à l’avance et l’entrée est gratuite.

Pour arriver au monastère il faut descendre à la station de métro Tai Po Market avant de prendre le bus 20T, le seul bus direct pour le monastère.

Il convient de lire attentivement les règles à observer. Vous y trouverez aussi la liste des bus qui desservent les alentours du monastère.

 

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Mexicaine de langue française, Claudia est traductrice. Cela fait quelques mois qu’elle habite à Hong Kong et rédige des articles pour le Petit Journal
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