Kei Lam, illustratrice, nous raconte sa vie de Hongkongaise qui a grandi en France

Par Chloé Salmon | Publié le 21/11/2022 à 15:10 | Mis à jour le 21/11/2022 à 15:10
Photo : @KeiLam
Kei Lam et son second livre, Les saveurs du béton

Kei Lam née à Hong Kong est arrivée à Paris à l'âge de 6 ans. Illustratrice et autrice de talent elle a publié Banana Girl et Les Saveurs du Béton, des romans graphiques qui retranscrivent l'expérience de la nouvelle génération de la diaspora chinoise en France.

"Hong Kong correspond bien à ce que je suis"

Vous avez déménagé en France quand vous étiez encore petite, vous souvenez vous de votre vie à Hong Kong ?

"Oui bien sûr, notamment dans Banana Girl, et les Saveurs du Béton je parle de ces souvenirs. Je me souviens de la foule et de la nourriture partout. (rires) Je crois que c’est ce qui est le plus caractéristique de Hong Kong. Je me souviens bruncher ou manger des dim sums tous ensemble avec ma famille. J’ai énormément de souvenirs de Hong Kong. Alors, est-ce encore le Hong Kong d’aujourd’hui, je ne saurai dire. J’adore Hong Kong, c’est une ville qui je pense représente bien celle que je suis. C’est un endroit particulier, un peu en bordel mais sauvage et naturel. C’est rare, je pense qu’il y a peu de villes au monde qui regroupent à la fois la ville, la mer, la montagne… ça reste un endroit qui m’est cher."

En quoi pensez-vous que votre vie de Hongkongaise de naissance qui a grandi en France se rapproche-t-elle de celle des Français expatriés à Hong Kong?

Le point commun majeur que je vois c’est le déracinement. Ces cultures complètement opposées créaient forcement une forme de dépaysement des deux côtés. Et ce déracinement je pense qu’il peut amener à une forme de solitude par moment parce qu’il y a peu de gens qui la comprennent. Mais ça reste très joyeux et d’une grande richesse !

"Je voulais m'intéresser à la vision des jeunes d'aujourd'hui."

Banana girl et Les saveurs du béton sont des romans graphiques très autobiographiques, pourquoi publier quelque chose de si personnel ?

Alors moi, je ne trouve pas que ça soit si personnel que ça. Dans le sens où pleins de gens partagent mon expérience, et que ce récit de vie s’inscrit dans une époque où les migrations se multiplient. Aujourd’hui on est de plus en plus nombreux à être déracinés. C’est pour moi, l’enjeux majeur des années à venir, et cette tendance a déjà commencé. J’ai le sentiment que pleins de gens vivent ces situations là et que c’est juste peu écrit ou médiatisé. En France j’ai connu très peu de récits qui parlent de ma génération, je n’ai vu que des représentations de celle de mes parents. Je voulais m’émanciper de cet encrage historique et m’intéresser à la vision des jeunes d’aujourd’hui. Je trouvais peu de modèles de représentation. Par pudeur et timidité j’ai décidé d’utiliser mon expérience avec celle de mes parents en tant que témoin de l’histoire.

Vous parlez dans vos romans beaucoup de vos parents, sont-ils fiers de vos livres ?

J’ai la particularité d’avoir un père artiste peintre donc je pense que déjà ça a facilité les choses. Ils sont très encourageants. Et comme j’ai reçu un prix cette année à Angoulême avec le musée de l’Histoire de l’immigration, ils sont très fiers. Ils savent qu’il y a peu d’histoires comme ça.

"Jaune à l'extérieur blanche à l'intérieur"

Votre père est artiste. Vous aussi avez voulu suivre ses pas ?

Alors pas du tout. Justement parce que mon père était artiste j’ai vu toutes les galères que ça entrainait, je savais que c’était un métier difficile fait seulement pour les passionnés. Au départ je voulais faire de la physique chimie, j’ai même travaillé en tant qu’ingénieure urbaine. J’ai étudié les transports pendants 6 mois à Shanghai. Je n’étais alors pas du tout destinée à l’art. Mais cette envie d’écrire un livre est restée en moi. Et je me suis lancée.

Pourquoi ces titres ? Pourquoi Banana Girl et Les saveurs du béton ?

Banana Girl était pour moi une évidence. La banane c’est jaune à l’extérieur et blanc à l’intérieur, donc c’était pour moi l’incarnation du métissage que j’ai connu. En France on me ramenait souvent à mes origines, on me demandait d’où je venais, mais moi je me sens française. Banana girl pour moi ça incarne n’appartenir à aucune histoire, à aucune culture et aux deux en même temps.

Les saveurs du béton, c’était plus une réflexion. Mais c’est un titre que j’affectionne beaucoup. Pour moi le béton représente la banlieue parisienne et son aspect un peu froid. Et les saveurs au pluriel, c’était pour en souligner ses nuances. Cette banlieue est dure mais aussi joyeuse, je voulais montrer ces nuances qui sont trop souvent oubliées au cinéma.

"Paris pour quelqu'un qui rêve d'être peintre c'est le paradis"

Par rapport à votre dessin en lui-même. Quelles sont vos sources d’inspirations ? Vos influences ?

Je vais beaucoup dans les musées je lis beaucoup, c’est un petit peu obsessionnel chez moi l’intérêt que je porte à certains sujets. Mes inspirations sont dans les gens que je rencontre, les conversations que j’ai, le cinéma… C’est constant ça ne s’arrête pas.

Dans vos romans graphiques vous expliquez que vous avez déménagé à Paris suite au rêve de peintre de votre père. Le Paris que votre père a rêvé, vous le comprenez après y avoir grandi ?

Complètement. Je conçois que Paris puisse faire rêver. Quand tu vas au musée d’Orsay, les Arts déco… tu vois que l’histoire est extrêmement riche, alors pour quelqu’un qui rêve de devenir peintre c’est le paradis. A Hong Kong je n’ai pas trouvé énormément de choses au niveau artistique comparé à Paris. Donc oui je le comprends.

"Quand on a envie de raconter des histoires, peu importe le support"

Pour nos lecteurs qui ne vous ont pas encore lus, pouvez vous décrire vos livres en trois mots ?

C’est dur de les limiter à trois mots (rires). Mais je dirai, qu’ils sont légers, multiculturels et sont des témoignages.

Lequel de votre tome est votre préféré ?

Je dirai que ça va être mon prochain. Mes envies d’écriture aujourd’hui ont changé, et je vois ce que je dois améliorer.

Quels sont donc vos prochains projets ?

Je travaille sur un troisième livre, moins autobiographique. C’est une parenthèse qui me permet de tester autre chose. Et en ce moment je me tourne vers le cinéma. Quand on a envie de raconter des histoires, peut importe le support. J’ai envie d’explorer le monde du cinéma que je connais peu. Et voir ce que mon regard peut lui apporter mais aussi comment ce nouvel aspect créatif peut m’enrichir en tant qu’artiste. Je ne sais pas encore où je vais pour le moment. Mais j’ai compris qu’il faut s’amuser et apprendre, plus que se fixer des objectifs concrets de résultats.

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Chloé Salmon

Chloé est une jeune étudiante en science politique. Elle est passionnée par l’écriture et suit de près l’actualité locale et mondiale.
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Didier Pujol

Rédacteur en chef de l'édition Hong Kong.

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