Avoir un enfant à besoins spécifiques à Hong Kong

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 11/10/2022 à 14:00 | Mis à jour le 12/10/2022 à 03:54
Photo : L'apprentissage des sons (Crédit: Freepik, user18526052)
physiotherapiste enfant

Grâce à l’accès facilité au dépistage et aux bilans psychologiques et comportementaux, les familles et le monde de l’éducation prennent conscience de l’ampleur du phénomène : on estime que plus de 12 % des enfants ou jeunes ont des besoins spécifiques (EBS). Comment s’organiser quand on réside à Hong Kong ?

Qu’est-ce qu’un enfant à besoins spécifiques ?

Le terme d’EBS recouvre des situations très variées: déficience physique (ex. : un enfant amputé), sensorielle (surdité, cécité), intellectuelle (ex. : trisomie 21), trouble du développement (ex. : paralysie cérébrale, syndrome de Gilles de la Tourette, spectre de l’autisme), trouble du déficit de l’attention (TDAH), trouble d’opposition, trouble de langage ou trouble d’apprentissage (dysphasie, dyspraxie).

Certains enfants souffrant de trouble anxieux ou d’une maladie chronique (ex. : diabète, fibrose kystique, maladie de Crohn) ont aussi des besoins particuliers dans leur vie quotidienne et scolaire.

On considère parfois les enfants à hauts potentiels comme EBS.

La limite est en effet floue entre les enfants à hauts potentiels et les enfants souffrant d’autres troubles. On connaît ainsi l’anecdote de Thomas Edison enfant, rentré chez lui avec une lettre cachetée de son enseignant le qualifiant d’attardé, à qui sa mère en pleurs a fait croire que l’enseignant le qualifiait de surdoué. C’est seulement au seuil de sa vie qu’il a découvert la supercherie, et remercié sa mère décédée depuis longtemps. Sans doute un des EBS les plus brillants de l’histoire. Le jugement de son enseignant, s’il l’avait connu, l’aurait certainement démoralisé et privé le monde d’une intelligence hors du commun.

Si l’accompagnement d’un EBS dans son pays d’origine pose des difficultés, il est encore plus délicat de gérer une expatriation et une scolarisation à l’étranger. A Hong Kong, cela est-il possible ?

Thomas edison
Thomas Edison, EBS et serial inventor (Crédit: libras.com.br)

Comment poser le diagnostic à Hong Kong ?

La première étape en tant que parent, quand vous avez des doutes, est de faire un dépistage. Celui-ci permettra le diagnostic. A Hong Kong, sur le site du Consulat général de France, vous trouverez des informations sur les médecins francophones de nombreuses spécialités.

Les praticiens suivants paraissent les plus à même de vous aider sur des EBS qui ne souffrent pas de déficiences physiques ou sensorielles. La liste complète est mise à jour régulièrement par les services du consulat:

  • Maggy DALMAT: Psychologue Clinicienne en français et anglais, Hypnothérapeute, Évaluation psychoéducative d’enfants et d’adolescents de 6 à 16 ans.
  • Sandra LAUJIN: Rééducation neuropsychologique - rééducation du trouble de l’attention, de la mémoire, du raisonnement, Examen psychologique et neuropsychologique - évaluation de la précocité intellectuelle, du trouble de l’attention, des troubles de l’apprentissage, du langage, de la mémoire, etc.

Pensez aussi aux listings des associations françaises :

Si une consultation en anglais est possible pour votre enfant, vous pouvez élargir votre spectre à l’aide de ce site.

En filtrant sur le critère Developmental-Behavioural Paediatrics, nous avons identifié deux praticiennes :

  • Sylvia Doo,
  • Lam Wai Fan, Fanny.

Il semble très difficile de se faire rembourser un dépistage, les frais seront souvent à votre charge.

Si vos doutes étaient fondés, il n’en reste pas moins que le diagnostic peut être un choc. Leur deuil fait, les parents doivent rapidement se poser la question de l’accompagnement possible.

vision dyslexique
Le monde vu par un dyslexique (Crédit: Wikimedia, Willard5)

L’accompagnement du monde éducatif

En France, un EBS peut espérer être encadré par une équipe de spécialistes : orthophonistes, ergothérapeutes, psychoéducateurs, travailleurs sociaux, physiothérapeutes, etc. La couverture territoriale est certes bien imparfaite (déserts médicaux). Beaucoup reste à faire dans la formation des enseignants et le soutien assuré par les écoles. Mais les parents résidant dans leur pays d’origine apprennent à naviguer leur administration et comprennent à quelles portes frapper pour trouver des ressources. L'école est impliquée dans les protocoles avec ces spécialistes et dispose, parfois, de référents. Des formations sont aussi prévues pour le personnel éducatif.

Qu’en est-il des parents résidant à l’étranger ? La circulaire MENJS - DGESCO A1-3 - MEAE - DFAE - AEFE/Mlf datée du 13 août 2021 précise les modalités de prise en compte des élèves à besoins éducatifs particuliers scolarisés dans un établissement de l'enseignement français à l'étranger.

Les dispositifs prévus dans cette circulaire (PAP, PAI, SAPAD, PPS…) doivent être discutés entre les familles et l’établissement scolaire de l’enfant. Le Lycée français international, choix naturel des familles françaises, indique :

Les parents dont les enfants ont des besoins particuliers sont encouragés à discuter directement avec le service des Admissions du LFI des besoins spécifiques de leurs enfants ainsi que du type de soutien que l’école peut apporter lors du processus d’admission et de la scolarité de leur enfant, avant de poser leur candidature.

Plus d’information est disponible sur les moyens à disposition de l’établissement en section française.

Notons toutefois qu’au quotidien, le dispositif passe souvent par le soutien d’un-e Auxiliaire de Vie Scolaire (AVS).  Or, le nombre d’Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS) à Hong Kong est très restreint et en trouver un-e est un défi.

Pour les enfants français qui ne sont pas scolarisés dans un des établissements agréés AEFE à Hong Kong, les dispositifs de type français ne sont pas applicables.

Nous n’avons pas étendu le champ de nos recherches aux enfants francophones mais non Français, chaque pays ayant ses dispositifs particuliers.

Nous devons conclure cette partie sur le fait que peu importe le pays, une partie des EBS ne peut être scolarisée dans des établissements traditionnels, même avec des protocoles adaptés. Si vous êtes concernés, il vous faudra peut-être envisager le retour au pays pour assurer une scolarisation.

signe de l'autisme
Ces signes qui peuvent alerter sur le spectre autistique (Crédit: Freepik, Macrovector)

L’accompagnement hors du monde éducatif

En dehors de l’école, s’occuper d’enfants et de jeunes EBS est un défi. Un enfant avec un handicap physique peut avoir besoin de l’aide de ses parents pour s’habiller, pour manger et pour se laver même s’il grandit. Un enfant qui a une déficience intellectuelle ou un trouble comme la dyspraxie ou le TDAH peut mettre plus de temps à s’habiller (en raison de difficultés motrices ou de difficultés d’attention) ou vivre plus de frustrations dans les moments de transition (ex. : l’enfant résiste quand il doit mettre fin à une activité qu’il aime pour faire une tâche obligatoire qu’il aime moins).

De nombreux parents d’EBS souffrent d’isolement social (en cause, un malaise de l’entourage), de fatigue (rendez-vous supplémentaires à gérer, inquiétudes sur l’avenir de l’enfant…). Dans les pays occidentaux, des groupes de parents, le soutien de la famille élargie, des associations, peuvent prendre le relai. Les pages de ce site montrent le type de ressources pratiques auxquelles il faut penser.

Qu’en est-il à Hong Kong ?

La vie à Hong Kong étant tout sauf un long fleuve tranquille, il faut surtout éviter de vous enfermer. Vous aurez encore plus de choses à gérer que les autres parents, n’hésitez pas à faire jouer la solidarité.

Hong Kong ayant l’anglais comme langue officielle, il existe tout un réseau de soutien en langue anglaise (liste non exhaustive):

Autism Partnership – 30 years of clinical research and ABA treatment for children with autism

Autism Spectrum Disorder | 陪我講 Shall We Talk

Attention-Deficit / Hyperactivity Disorder | 陪我講 Shall We Talk

HOME | Dyslexia Association (dyslexiahk.com)

Support for Dyslexia - Heep Hong Society

GNGC_What_is_Giftedness.pdf (hkage.org.hk)

Si votre enfant n’est pas à l’aise dans cette langue, vous serez plus limité dans l’accès au tissu associatif. Il vous faudra commencer par les associations françaises usuelles (déjà citées plus haut).

Hormis ces associations, si le groupe Facebook dont vous rêvez n’existe pas, créez-le.

Enfin, une particularité joue à Hong Kong en votre faveur : les Helpers. Entourez-vous d’une ou plusieurs Helpers en fonction de votre situation personnelle. Elles sont des soutiens précieux, généreux et…très économiques. Leur manque de formation théorique ne signifie pas qu’elles n’ont pas d’expérience de vie similaire à la vôtre. Et surtout, elles sont là, elles ont la disponibilité dont vous manquez. Elles pourront parfois vous aider pour les soins au quotidien, parfois vous aider pour les devoirs, parfois devenir votre confidente. Des soutiens de proximité via Helpers et amis ne sont ainsi pas incompatibles avec des soutiens experts. Attention, si un membre de la famille est considéré comme handicapé d'après la définition hongkongaise, vous devez le déclarer dans le contrat de votre Helper.

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Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et à la randonnée. Elle contribue à Lepetitjournal.com sur le volet culturel, entre autres...
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