Édition internationale

GUINÉE – Nuage de peur sur Conakry

Les fortes tensions entre la junte militaire et l'opposition politique guinéenne ont éclaté dans un bain de sang. La violence sans précédent des putschistes leur ont attiré les foudres de la communauté internationale. Si le chef de la junte tente de s'offrir une seconde chance, les "forces vives" appellent à l'aide

Un manifestant arrêté par la junte militaire (AFP) 

(Rédaction internationale) -
Le 23 décembre 2008, au lendemain du décès du président Lansana Conté, régnant d'une main de maître sur la Guinée depuis 1984, l'armée avait pris le pouvoir. La junte militaire s'était alors vantée de ne pas avoir versé de sang lors de ce coup d'Etat. Neuf mois plus tard, la situation est bien différente.

Un bain de sang
Lundi dernier, les militaires ont tiré sur une foule dans un stade de Conakry. Leur crime ? Participer à une manifestation pacifique contre la possible candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, à la présidentielle prévue en janvier prochain. La violence est telle qu'un médecin du Centre hospitalier universitaire de Donka ne pouvait contenir son effroi : "C'est la boucherie ! Un carnage". Les différents observateurs internationaux évaluent à plus de 150 le nombre de morts et à plus de 1.200 celui des blessés. Des viols, des actes de barbarie et de pillage complètent ce tableau sanglant. Les militaires, peu enclins au comptage des corps, en auraient d'ailleurs dissimulé certains dans leurs bases. "La peur règne aujourd'hui en Guinée. C'était simplement un rassemblement. Personne ne pouvait imaginer qu'il y aurait de la violence. Le message des militaires, c'est : 'nous n'acceptons pas de contradiction'", a indiqué Mamadi Kaba, président de la branche guinéenne de l'ONG Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho).

Des sanctions internationales
La réaction de la communauté internationale ne s'est pas fait attendre. La France, ancienne puissance coloniale, a condamné "avec la plus grande fermeté"cette "répression violente". Paris a également annoncé qu'elle suspendait sa coopération militaire avec la Guinée. L'Union européenne a décidé de mettre en place des "sanctions ciblées" contre les "auteurs des violences", qui prendraient la forme d'interdiction de séjour ou de gel d'avoirs. La communauté internationale maintient également la pression sur le chef de la junte qui avait promis de ne pas se présenter à la présidentielle guinéenne.  

Des excuses et des appels à l'aide
"Très franchement parlant, je suis très désolé, très désolé" a, quant à lui, déclaré le capitaine Camara, qui a assuré que les brebis galeuses seraient punies. Pour calmer les tensions, il a proposé la création d'une commission d'enquête internationale ainsi que d'un gouvernement d'union nationale gérant la transition politique. Les "forces vives" de Guinée, composées des partis d'opposition, des syndicats et de la société civile, ont, elles, rejeté l'appel au dialogue des putschistes faisant prévaloir les années de "mépris, diktat, humiliations, insultes et dérision de la part de la junte et de son chef". Elles interpellent en revanche les partenaires internationaux pour qu'une "force de paix"soit déployée pour protéger la population contre la récente montée de violence.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) vendredi 2 octobre 2009

En savoir plus

Notre brève, MANIFESTATIONS EN GUINEE - La répression dans le sang
Article l'Express, La junte propose un gouverne;ent d'unité nationale en Guinée
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