Édition internationale

À Ottawa, les coulisses d'une nouvelle réflexion sur la découvrabilité francophone

À la Maison de la Francophonie d'Ottawa, une rencontre a ouvert une fenêtre sur les recherches qui pourraient transformer la manière dont les contenus culturels francophones rejoignent leur auditoire.

Participants à la rencontre proposée par la Maison de la Francophonie d'Ottawa sur la découvrabilitéParticipants à la rencontre proposée par la Maison de la Francophonie d'Ottawa sur la découvrabilité
La rencontre, organisée à la Maison de la Francophonie d'Ottawa, a réuni des participants en présentiel et en ligne autour des enjeux de la découvrabilité francophone. - Photo LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 10 juillet 2026

 

 

Dans la salle du Conseil de la Maison de la Francophonie d'Ottawa, les échanges ne portaient ni sur l'intelligence artificielle, ni sur une nouvelle plateforme numérique. Du moins, pas directement.

Autour de la table avaient pris place des représentants de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, de l'Université d'Ottawa, de l'Alliance française d'Ottawa, de la Maison de la Francophonie, ainsi que plusieurs acteurs engagés dans la vie culturelle et communautaire franco-ontarienne. Invité à présenter ses travaux, le chercheur québécois Brice Armel Simeu a rapidement vu sa présentation se transformer en une véritable séance de réflexion collective. Les questions se sont multipliées, les expériences de terrain ont nourri les échanges et chacun a cherché à comprendre comment les cultures francophones peuvent retrouver une place plus visible dans l'univers numérique.

Très vite, la discussion s'est éloignée de la simple démonstration technologique. La question centrale est devenue beaucoup plus fondamentale : pourquoi certaines cultures restent-elles si difficiles à découvrir en ligne, alors même qu'elles produisent une offre riche et dynamique ? Comment expliquer qu'un artiste puisse rester pratiquement inconnu dans sa propre ville alors que ses œuvres sont pourtant accessibles sur Internet ?

 

 

Bien plus qu'une question d'algorithmes

Depuis plusieurs années, la découvrabilité est devenue un thème récurrent dans les milieux culturels francophones. Mais, à Ottawa, ce mardi, le mot a pris une dimension beaucoup plus large.

Et si le véritable défi n'était pas le manque de contenus francophones, mais notre incapacité collective à les découvrir ?

Au fil de sa présentation, Brice Armel Simeu a expliqué que la découvrabilité ne consiste pas uniquement à améliorer le référencement d'un site web ou à mieux utiliser les réseaux sociaux. Elle interroge la façon dont les contenus circulent, dont ils sont proposés aux internautes et, finalement, dont une culture peut continuer à exister dans un environnement numérique largement façonné par de grandes plateformes internationales.

 

Le chercheur du LATICCE, Brice Armel Simeu

 

La question n'est plus seulement de produire davantage de contenus francophones, mais de permettre qu'ils rencontrent enfin leur public. Ces interrogations ne sont pas nouvelles. Elles constituent depuis plusieurs années le cœur des recherches menées au Laboratoire de recherche sur la découvrabilité et les transformations des industries culturelles à l'ère du commerce électronique (LATICCE), à l'Université du Québec à Montréal, où chercheurs et doctorants explorent les mécanismes qui influencent la visibilité des œuvres culturelles à l'ère des plateformes numériques.

 

Repenser la place des territoires

Un des aspects les plus marquants de cette rencontre tient à l'importance accordée aux territoires.

Pour les chercheurs, la découvrabilité ne se résume pas à faire émerger une chanson ou un film parmi des millions d'autres contenus. Elle consiste aussi à permettre aux citoyens de retrouver les artistes, les organismes culturels, les événements et le patrimoine de leur propre ville ou de leur propre communauté.

Cette approche inverse, en quelque sorte, la logique habituelle des grandes plateformes. Au lieu de partir des contenus les plus populaires à l'échelle mondiale, elle propose de replacer les territoires, les langues et les communautés au cœur de l'expérience numérique.

 

 

Une réflexion qui dépasse largement une plateforme

Depuis plusieurs mois, LePetitJournal.com suit les travaux de Brice Armel Simeu. Cette rencontre à Ottawa marque une nouvelle étape : derrière les outils se révèle désormais le travail de recherche qui les a fait naître.

Les lecteurs du Petit Journal connaissent déjà OuiTogether, l'infrastructure numérique née de plusieurs années de recherche universitaire au LATICCE. Ces travaux, soutenus par différents programmes québécois de recherche et d'innovation, ont progressivement donné naissance à des solutions concrètes destinées à améliorer la découvrabilité des contenus culturels. Pourtant, la rencontre d'Ottawa a montré que celle-ci n'est que la partie visible d'un travail scientifique beaucoup plus vaste.

Pendant près de deux heures, il a été question de diversité culturelle, de systèmes de recommandation, d'économie de l'attention, de politiques publiques, mais aussi du rôle que pourraient jouer les villes, les institutions culturelles et les citoyens dans la circulation des œuvres francophones.

Autant de sujets qui dépassent largement la seule question des outils numériques.

 

 

Une réflexion appelée à se poursuivre

Cette rencontre a également confirmé que la découvrabilité est en train de devenir un véritable champ de recherche à part entière, à la croisée de la culture, de l'intelligence artificielle, des politiques publiques et de la francophonie.

Elle marque aussi un changement de perspective. Derrière les outils numériques se dévoile désormais le travail de recherche qui les a rendus possibles, avec ses concepts, ses hypothèses et ses expérimentations.

Au cours des prochaines semaines, LePetitJournal.com proposera plusieurs articles pour mieux comprendre les travaux menés au sein du LATICCE. Nous reviendrons notamment sur les concepts qui structurent ces recherches, les raisons pour lesquelles certains contenus échappent aux logiques de recommandation des plateformes, le rôle des territoires dans la circulation des œuvres francophones et la manière dont ces travaux se traduisent progressivement en solutions concrètes.

Car derrière le mot « découvrabilité » se cache une question beaucoup plus fondamentale : dans un univers numérique mondialisé, comment une culture peut-elle continuer à trouver son auditoire et à rejoindre les publics auxquels elle s'adresse ?

C'est cette réflexion que LePetitJournal.com propose d'explorer, cet été, en donnant la parole aux chercheurs, mais aussi aux artistes, aux institutions culturelles, aux collectivités, aux médias et aux acteurs de la francophonie qui vivent ces enjeux au quotidien.

Vous développez une initiative, menez des recherches ou êtes confronté à ces questions dans votre organisme, votre institution ou votre pratique professionnelle ? La rédaction du Petit Journal sera heureuse de découvrir vos expériences et de les intégrer à cette réflexion collective.

 

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