Première candidate auditionnée pour le poste de secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Coumba Bâ a présenté un projet articulé autour d'une idée centrale : renforcer l'efficacité de l'organisation. Gouvernance, diplomatie, économie, intelligence artificielle ou langue française sont abordées avec une même exigence de résultats et d'impact.


Une Francophonie qui assume davantage son rôle politique
Dès les premières minutes de son intervention, Coumba Bâ inscrit sa candidature dans le contexte international actuel. Conflits armés, remise en cause du multilatéralisme, tensions géopolitiques : selon elle, la Francophonie dispose d'un atout unique, celui de réunir des États aux histoires, aux cultures et aux intérêts très différents autour d'une langue commune.
« Aujourd'hui, la Francophonie est une puissance fédératrice dans ce monde fragmenté. »
Pour l'ancienne conseillère de plusieurs présidents mauritaniens, l'Organisation internationale de la Francophonie doit désormais assumer pleinement sa vocation politique. Elle défend une diplomatie de prévention, capable d'accompagner les États confrontés aux crises sans se substituer à eux, tout en restant fidèle aux principes de la Charte de la Francophonie, de la Déclaration de Bamako et de l'Esprit de Saint-Boniface.
Chez Coumba Bâ, cette ambition politique s'accompagne toutefois d'une logique de méthode : l'influence de la Francophonie passe, selon elle, par une organisation mieux coordonnée et davantage tournée vers les résultats.

Une gouvernance fondée sur la culture du résultat
Cette exigence irrigue l'ensemble de son projet. La candidate promet une réforme du fonctionnement interne de l'organisation. Dans les cent premiers jours de son mandat, elle souhaite présenter une feuille de route assortie d'objectifs mesurables et mettre en place un « pacte de performance et d'impact ».
L'objectif est de renforcer la coordination entre les opérateurs de la Francophonie — TV5MONDE, l'Agence universitaire de la Francophonie, l'Assemblée parlementaire de la Francophonie et les autres institutions — afin d'éviter les doublons et d'améliorer la lisibilité de leur action.
« Chaque ressource dépensée doit répondre à un triptyque simple : pertinence, transparence, impact mesurable. »
Interrogée notamment par le Gabon et le Luxembourg, elle rappelle que cette exigence de résultats ne relève pas du seul secrétaire général, mais de l'ensemble de l'organisation et de ses États membres.
Faire du français une langue d'opportunités
L'un des axes majeurs de son projet concerne la langue française. Pour Coumba Bâ, le défi n'est plus seulement de promouvoir le français, mais de lui conserver toute sa place dans un environnement numérique dominé par d'autres langues.
Elle alerte notamment sur les conséquences du développement de l'intelligence artificielle.
« Si les modèles d'intelligence artificielle sont alimentés sans contenu francophone suffisant, alors la place du français dans le monde sera sérieusement compromise. »
Elle propose ainsi un vaste « programme-cadre de reconquête linguistique », combinant formation des enseignants, production de contenus numériques, développement de ressources francophones pour l'intelligence artificielle et renforcement de la présence du français dans les organisations internationales.
Elle reprend également deux notions qui prennent une place croissante dans les débats francophones : la découvrabilité et la trouvabilité des contenus culturels.
Une Francophonie économique au service du rayonnement de la langue
Autre priorité clairement affichée : renforcer la dimension économique de l'espace francophone. Pour Coumba Bâ, la vitalité du français dépend aussi de sa capacité à créer des opportunités concrètes.
« Une langue demeure vivante lorsqu'elle ouvre des portes et des horizons prometteurs. »
Elle rappelle que l'espace francophone représente près de 16,5 % du PIB mondial et souhaite renforcer les échanges entre économies développées, émergentes et pays du Sud.
Interrogée sur le financement futur de l'organisation, elle plaide d'abord pour une meilleure priorisation des programmes avant d'envisager une mobilisation accrue du secteur privé, des investisseurs et des contributions volontaires.
Les jeunes et les femmes au cœur des priorités
Comme plusieurs autres candidats, Coumba Bâ fait de la jeunesse et de l'égalité entre les femmes et les hommes des axes structurants de son projet.
Elle souhaite renforcer l'employabilité des jeunes dans les secteurs de la transition numérique, écologique et des industries culturelles, tout en créant un dispositif d'observation du leadership féminin afin de mieux mesurer les progrès réalisés.
Selon elle, l'autonomisation économique des femmes constitue un facteur essentiel de stabilité, de développement et de cohésion dans l'espace francophone.
Une candidature nourrie par l'expérience de la haute administration
Médecin de formation et spécialiste de santé publique, Coumba Bâ met en avant un parcours marqué par la haute administration mauritanienne.
Elle rappelle avoir conseillé cinq chefs d'État successifs, une expérience qui, selon elle, lui a appris la continuité de l'action publique au-delà des alternances politiques, la recherche du consensus et la conduite de réformes dans la durée.
À plusieurs reprises durant les échanges avec les ministres, elle insiste sur la nécessité de construire une « Francophonie des passerelles », capable de maintenir le dialogue même lorsque les désaccords sont profonds.
Une candidature fondée sur la méthode
Au terme de son audition, Coumba Bâ apparaît comme la candidate qui accorde la plus grande place à la gouvernance de l'Organisation internationale de la Francophonie.
Son projet associe une ambition politique affirmée, une coopération économique renforcée et une défense active de la langue française, mais toujours dans une logique de pilotage, d'évaluation et de résultats.
Plus qu'une multiplication de nouveaux programmes, elle propose une méthode de gouvernement fondée sur la coordination des acteurs, la mesure de l'impact et une organisation qu'elle souhaite plus lisible, plus efficace et davantage en mesure de répondre aux attentes de ses États membres comme des populations francophones.











