Édition internationale

Juliana Amato Lumumba veut replacer les citoyens au cœur de la Francophonie

Fille de Patrice Lumumba et ancienne ministre de la Culture de la République démocratique du Congo, Juliana Amato Lumumba a présenté une candidature profondément marquée par son parcours personnel. Devant les ministres de la Francophonie, elle a défendu une vision où les citoyens, les diasporas, les collectivités et la société civile deviennent les principaux acteurs du projet francophone.

Juliana Amato Lumumba Juliana Amato Lumumba
Juliana Amato Lumumba lors de son audition devant la 47e Conférence ministérielle de la Francophonie, dans le cadre de la sélection du prochain secrétaire général de l'OIF.
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 2 juillet 2026

 

 

Une histoire personnelle au service d'une vision politique

Juliana Amato Lumumba ouvre son audition par un récit intime. Elle revient sur l'assassinat de son père, Patrice Lumumba, sur l'exil de sa famille en Égypte et sur l'accueil que lui réservèrent plusieurs dirigeants africains au nom d'une solidarité dépassant les frontières nationales.

« Je suis congolaise, je suis africaine. Mon histoire m'a appris très tôt que l'on peut appartenir profondément à son pays tout en étant ouvert à plusieurs mondes. »

Elle raconte avoir grandi entre le français, l'arabe et plusieurs langues congolaises, convaincue que cette pluralité linguistique constitue une richesse.

Ce récit n'est pas une simple introduction biographique. Il constitue le fondement même de sa candidature. Pour Juliana Amato Lumumba, la Francophonie est d'abord une expérience humaine avant d'être une organisation internationale.

 

Une « Francophonie des peuples »

Cette expression revient tout au long de son intervention. Contrairement aux candidats qui mettent principalement l'accent sur la gouvernance de l'OIF ou sur son rôle diplomatique, Juliana Amato Lumumba part des citoyens. Son projet repose sur l'idée que la légitimité de la Francophonie se mesure d'abord à son impact sur la vie quotidienne.

« L'impact concret doit devenir le critère principal de l'action francophone. »

Elle appelle à une organisation capable d'améliorer l'accès à l'éducation, à l'emploi, au numérique, à la culture et à la mobilité, tout en associant davantage les collectivités, les diasporas, les femmes, les jeunes et la société civile à la définition des priorités.

À ses yeux, la Francophonie ne doit plus être perçue uniquement à travers ses sommets diplomatiques, mais comme un réseau vivant au service des populations.

 

Faire dialoguer le français avec les langues nationales

L'une des propositions les plus originales de sa candidature concerne la reconnaissance des « langues sœurs ». Elle cite notamment le lingala, le swahili, le bambara, le khmer, le créole ou encore le monégasque. Selon elle, promouvoir ces langues ne fragilise pas le français ; au contraire, cela renforce son rôle de langue commune.

« Le français n'est pas une langue de domination. C'est une langue qui nous relie. »

Cette approche rompt avec une vision parfois perçue comme concurrentielle entre le français et les langues nationales. Elle propose au contraire une relation de complémentarité, où la diversité linguistique devient l'une des forces de la Francophonie.

Dans cette logique, elle souhaite que les futurs outils numériques, les plateformes d'intelligence artificielle et les contenus culturels intègrent pleinement cette diversité.

 

Le représentant personnel du PM du Canada à l'OIF
Le représentant personnel du Premier Ministre du Canada  pose une question à Juliana Amato Lumumba

 

Le numérique comme levier d'émancipation

Comme plusieurs autres candidats, Juliana Amato Lumumba fait du numérique une priorité. Mais là où d'autres l'abordent principalement sous l'angle de la souveraineté technologique ou de la compétitivité, elle insiste avant tout sur son potentiel d'inclusion.

L'objectif est de permettre aux jeunes, y compris dans les territoires les moins connectés, d'accéder à des formations en cybersécurité, en intelligence artificielle, en entrepreneuriat et en création de contenus.

Elle propose également la création d'une Alliance francophone pour l'intelligence artificielle et les langues, destinée à développer des bases de données, des outils de traduction et des modèles capables de comprendre les accents, les expressions et les réalités des différents espaces francophones.

« Le français sera-t-il une langue qui produit le savoir ou une langue que l'on traduit après coup ? »

 

Renforcer les liens entre les sociétés francophones

Pour rapprocher les citoyens, la candidate propose la création d'une Biennale des rencontres interculturelles francophones. Cette manifestation réunirait artistes, entrepreneurs, chercheurs, collectivités et associations autour de projets mêlant création, innovation, patrimoine et industries culturelles.

L'objectif est de favoriser les collaborations entre les sociétés francophones plutôt que de limiter les échanges aux relations institutionnelles entre États.

Cette volonté se retrouve également dans ses propositions en faveur d'une mobilité renforcée des étudiants, chercheurs, enseignants, artistes, entrepreneurs et jeunes professionnels au sein de l'espace francophone.

 

Faire de la paix un chantier permanent

Interrogée sur les crises qui traversent plusieurs pays francophones, Juliana Amato Lumumba affirme que l'OIF ne peut rester indifférente.

Sans vouloir transformer la Francophonie en organisation de sécurité, elle propose la création d'une Académie francophone de la paix et du bien-être, chargée de former des médiateurs et des spécialistes du dialogue.

Elle annonce que la République démocratique du Congo est prête à accueillir cette structure et à lui consacrer un financement de 10 millions de dollars.

Elle plaide également pour le maintien du dialogue avec les États du Sahel ayant quitté l'OIF, estimant qu'aucune réconciliation durable ne peut se construire sans écoute ni respect mutuel.

 

Une économie au service du développement humain

À plusieurs reprises, les délégations interrogent la candidate sur le financement de son programme. Juliana Amato Lumumba répond en évoquant plusieurs leviers : le règlement des contributions en retard, les contributions volontaires et une mobilisation accrue du secteur privé.

Elle voit dans les industries culturelles et créatives — cinéma, musique, édition, jeux vidéo, traduction ou encore plateformes numériques — un potentiel économique encore insuffisamment exploité.

Elle souhaite également renforcer les partenariats avec les banques de développement, les chambres de commerce, les incubateurs et les diasporas afin de transformer les initiatives francophones en emplois, en investissements et en opportunités pour les jeunes.

 

 

Une candidature fondée sur la proximité

Au terme de son audition, Juliana Amato Lumumba apparaît comme la candidate qui place le plus résolument les citoyens au cœur du projet francophone.

Là où d'autres mettent principalement l'accent sur les États, les institutions ou les grands équilibres internationaux, elle défend une Francophonie construite à partir des sociétés, des territoires, des diasporas et des cultures.

Son programme accorde une place centrale à la mobilité, à la diversité linguistique, au dialogue interculturel, aux industries culturelles, à l'intelligence artificielle et à la société civile. Plus qu'une réforme de l'OIF, elle propose une évolution de la manière même d'envisager la Francophonie : non plus seulement comme une organisation intergouvernementale, mais comme une communauté humaine dont la vitalité repose avant tout sur les liens entre ses peuples.

 

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