Ancien Premier ministre roumain et ancien commissaire européen, Dacian Cioloș est le seul candidat européen à briguer le poste de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Devant les ministres des États membres, il a présenté une vision qui entend faire de l'OIF un acteur du dialogue international, du développement économique et des grandes transitions numériques.


Une candidature européenne qui assume la centralité de l'Afrique
Dès le début de son intervention, Dacian Cioloș choisit d'aborder l'une des principales interrogations suscitées par sa candidature : peut-on être Européen et diriger une organisation dont l'avenir démographique et politique se joue largement en Afrique ?
Loin d'éluder la question, il la place au cœur de son propos.
« Je viens d'Europe de l'Est, de la Roumanie, qui est un pays francophone par choix. La Francophonie a pratiquement changé ma vie. »
Il rappelle que la Roumanie entretient depuis longtemps des relations étroites avec de nombreux pays africains et asiatiques et insiste sur un principe qu'il reprendra tout au long de son audition.
« L'Afrique est au centre de la Francophonie. C'est une évidence. »
Pour autant, il estime que la force de l'organisation réside précisément dans sa diversité continentale, capable de relier l'Afrique, l'Europe, les Amériques, l'Asie et l'océan Indien autour d'un projet commun.

Repenser le multilatéralisme
Pour Dacian Cioloș, la Francophonie se trouve aujourd'hui à un moment charnière. Face aux crises internationales, à la montée des tensions géopolitiques et aux bouleversements technologiques, il estime que les formes traditionnelles du multilatéralisme doivent évoluer.
Il défend ce qu'il appelle un « multilatéralisme éclairé », fondé sur le dialogue, la coopération entre États souverains et la recherche de solutions communes plutôt que sur les rapports de force.
Selon lui, l'OIF dispose d'un atout rare : elle réunit des pays issus de plusieurs continents, aux réalités très différentes, mais liés par une langue commune et une histoire de coopération.
À ses yeux, cette diversité peut faire de la Francophonie un laboratoire d'un multilatéralisme renouvelé, capable de rapprocher les continents plutôt que de les opposer.
Une gouvernance qui s'appuie sur tout l'écosystème francophone
Cette vision s'accompagne d'une conception élargie de la gouvernance. Pour Dacian Cioloș, la Francophonie ne peut reposer uniquement sur les États. Elle doit mobiliser l'ensemble de son écosystème : parlementaires, universités, collectivités territoriales, entreprises, organisations de jeunesse et société civile.
Cette approche constitue l'une des spécificités de sa candidature. Là où plusieurs candidats mettent avant tout l'accent sur les gouvernements, il voit dans la diversité des acteurs francophones une force susceptible de renforcer l'influence de l'OIF.
Selon lui, le secrétaire général doit être capable d'animer ce réseau et de créer des passerelles entre ses différentes composantes.

Faire de la Francophonie un espace économique
L'un des marqueurs les plus forts de sa candidature demeure la coopération économique. Sans remettre en cause les missions historiques de l'OIF autour de la langue, de la culture ou de l'éducation, Dacian Cioloș estime que la Francophonie doit désormais franchir une nouvelle étape.
« Il est temps de mieux mettre en évidence notre potentiel de coopération économique et commerciale. »
Il imagine une Francophonie où les échanges économiques deviennent un levier de rapprochement entre les États, les entreprises et les territoires. Investissements, chaînes de valeur francophones, innovation et partenariats commerciaux participent, selon lui, à la construction d'un espace francophone plus intégré.
Interrogé par Djibouti sur le risque de dispersion des priorités, il répond que l'OIF ne doit pas se substituer aux grandes organisations internationales comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou la FAO, mais devenir un accélérateur de projets adaptés aux besoins des États francophones.
L'intelligence artificielle, nouveau terrain de coopération
Comme plusieurs autres candidats, Dacian Cioloș accorde une place importante aux transformations numériques. Son approche se distingue toutefois par son insistance sur la gouvernance des données.
Selon lui, les États francophones doivent investir ensemble dans la production de métadonnées, de contenus francophones et dans la présence du français au sein des futurs systèmes d'intelligence artificielle.
Il évoque également la découvrabilité des contenus culturels francophones, appelant à développer des algorithmes capables de mieux valoriser les productions de l'espace francophone.
Là encore, il privilégie une logique de coopération entre les États plutôt qu'une multiplication d'initiatives nationales.
Une Francophonie au service des jeunes
Tout au long de son audition, Dacian Cioloș revient à une idée simple : l'avenir de la langue française dépendra du choix des jeunes.
« Les jeunes choisiront le français si cela leur apporte quelque chose de positif dans leur vie. »
Il plaide pour une « Francophonie d'opportunités », offrant davantage de mobilité, de formations techniques, de débouchés professionnels et de coopération économique.
Cette logique concerne également les femmes, qu'il considère comme des actrices essentielles du développement des sociétés francophones.
Restaurer la confiance entre les États
Les nombreuses questions des délégations africaines portent sur sa capacité à comprendre les réalités du continent.
L'ancien commissaire européen répond en mettant en avant son expérience de négociation internationale, ses collaborations de longue date avec des responsables africains et son engagement à consacrer une large partie de sa première année de mandat au continent.
Il annonce notamment son intention de visiter chacun des États africains durant sa première année de mandat.
Autre engagement remarqué : proposer la nomination d'une administratrice africaine à la tête de l'administration de l'OIF afin d'assurer un meilleur équilibre dans la gouvernance de l'organisation. Une proposition qui répond directement aux interrogations exprimées par plusieurs délégations africaines sur la représentation du continent au sein de la direction de l'OIF.
Pour lui, le secrétaire général ne doit pas gouverner depuis son cabinet.
« Il est au service des États membres. »
Cette conception se traduit par une volonté de renforcer les consultations permanentes avec les gouvernements, mais aussi avec les opérateurs de la Francophonie et l'ensemble des acteurs de son écosystème.
Une candidature tournée vers l'influence
Au terme de son audition, Dacian Cioloș apparaît comme le candidat qui met le plus explicitement l'accent sur le rôle international de la Francophonie.
Son projet dépasse le cadre des politiques linguistiques ou culturelles pour faire de l'OIF un espace de coopération entre continents, capable de favoriser les échanges économiques, d'accompagner les transitions numériques et de contribuer au renouvellement du multilatéralisme.
Une ambition nourrie par son expérience des institutions européennes, mais qu'il cherche à inscrire dans une Francophonie où l'Afrique occupe, selon ses propres mots, une place centrale.









